LB GABLE TRANSATLANTIQUE
18 août.
Hier, il m'arrîva cfaceorapagner ua ami chez un marchand auquel il s'adressait pour une empiète importante. Qu^nd nous entrâmes, cet homme paraissait fort préoceapé ; use expression de tristesse était répandue sur son mage; c'est à peine s'il répondit à nos questions. Un de ses voisins étant venu à passer devant la porte, il l'appela, et, d'un air consterné, lui dit : The cable has failed.
Cette scène me frappa; elle peint mieux que tout ce que je pourrais dire l'émotion dont chacun en Angleterre a été saisi, à cette nouvelle : ^ Le câble a manqué » {The cable has failed f)
C'est qu'en effet les Anglais attachaient une importance extraordinaire au succès de l'expédition du vaisseau géant, le Great Eastern. Unir les deux mondes ! les unir par •le plus étroit comme par le plus merveilleux des liens! eous-entendre l'Océan! supprimer l'espace! rapprocher à ce point l'Amérique et l'Europe, que la main de l'une, sans cesse appliquée sur-le cœur de l'autre, en pût compter chaque battement! Qu'imaginer de plus glorieux? Les Anglais n'en dormaient pas. Ils semblaient regarder leur honneur national comme engagé dans ta réussite d'une telle entreprise. C'était leur isthme de Suez, à eux. Jugez de leur désappointement!
Elle n'avait pourtant rien d'inattendu, la terrible nouvelle. Dès la matinée du 2 août^ les signaux était devenus très confus; puis, vers le milieu du jour, ils avaient cessé complètement, et, à dater de cette époque, le posteHélé-
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graphique établi en haut de la falaise de Yalentia avait crié vainement : « Anne, ma sœur Anne, ne vois- tu rien venir? »
Il était clair qu'on avait un accident à déplorer, mais lequel? La câble s était-il rompu? l'enveloppe isolante avail-eile fléchi en quelque endroit? On ne sait à quelle conjecture s'arrêter. Tantôt, fatiguée de caver au pire, l'opinion publique aimait à se payer d'hypothèses favorables et se reposait de l'inquiétude par l'espérance; tantôt c'était le découragement qui reprenait le dessus. Le 8 août, la compagnie qui était chargée de poser le câble n'ayant pas encore parlé, celle qui était chargée de fournir les fonds tint un meeting. Le langage des orateurs y témoigna d'un certain abattement; mais la conclusion fut énergique; on résolut de persévérer, et les directeurs furent autorisés à lever une seconde somme de 800 dbO liv. st. à 8 p. 100. Enfin, le voile est déchiré; le Great Eastern est revenu pour raconter lui-même l'histoire de son désastre.
11 paraît qu'une demi-heure après la transmission du dernier message reçu à Valentia, un défaut fut découvert, alors que déjà plus de 1 200 milles de câble avaient été immergés, et dans une profondeur de 3 900 yards. Les expériences électriques indiquant la présence du défaut à une distance d'environ six milles, le vaisseau s'arrêta pour relever le câble, qu'on dut faire passer de l'arrière à l'avant du navire. On en avait déjà repêché deux milles, lorsqu'il s'écorcha contre la poupe, ce qui l'endommagea au point que, co'ntinuant à être tiré, il se rompit. Il va sans dire que le bout du câble disparut aussitôt dans l'abîme.
Le cas était grave. Cependant les hommes de l'expédition ne perdirent pas courage. Ils se mirent à l'œuvre sans perdre de temps, jetèrent des grappins, parvinrent à ressaisir le câble à une profondeur d'environ deux milles,
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et repêchèrent le tiers de la longueur qui les séparait du défaut à corriger. Malheureusement, le cordage dont ils se servaient pour cela ne se trouva pas assez fort pour résister au poids qu'il s'agissait de soulever : il cassa. On marqua la place au moyen d'une bouée, et, pendaat les trois jours qui suivirent, toute tentative ultérieure fut rendue impossible, soit par les brouillards, soit par les vents contraires.
Le 10 et le 11, on recommença et le câble fut de nouveau ressaisi; mais, cette fois, il fallut abandonner l'opération, faute d'une quantité de corde suffisante.
Que résulte-t-il de là? Que l'impuissance à réparer l'accident n'a eu, dans cette occasion, rien de fatal, d'inévitable. Se procurer une corde suffisamment forte et se la procurer en quantité suffisante n'est certainement pas chose impossible. Si l'on a pu ressaisir le câble à une profondeur de deux milles, et en repêcher une portion aussi considérable que celle dont il vient d'être fait mention, pourquoi se hâterait-on de jeter le manche après la cognée? Est-ce que, dans les affaires humaines, le succès ne se compose pas presque toujours d'une série d'insuccès? Persévérer, c'est réussir.
Ainsi parlent les optimistes, et c'est là le sens général du rapport puBlié par les hommes de l'expédition. Mais je dois dire que, sur la valeur pratique des conditions de leur odyssée, les avis sont très partagés. Il ne manque pas de gens qui trouvent les explications du rapport fort médiocrement claires et la confiance qui s'y étale présomptueuse.
Aux actionnaires de voir qui a raison. Il y va de l'intérêt de leur bourse, ce qui est en Angleterre la considération dominante.
Au surplus, l'argent dépensé jusqu'à ce jour en expériences ayant pour but rétablissement du télégraphe transatlantique, ne dépasse pas le chiffre de 1 200000 liv. st.
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Dans une question oi il ne s'agît pas de moins que de supprimer la mer, i SOOOOO liv. st., drnsés en un très grand nombre. d'actions, ne sont pas... la mer à boire.