LA CONVENTION AUSTRO-PRUSSIENNB
24 août.
La convention austro-prussienne, dont on connaissait déjà la teneur d'une manière générale, mais dont les termes précis sont, aujourd'hui seulement, sous les yeux de tous, est accueillie en Angleterre avec une sorte de satisfaction amère et railleuse à l'égard soit du Schleswig-Holstein, soit de la confédération germanique, avec indignation à l'égard de la Prusse, et je dirais avec mépris à l'égard de l'Autriche, si je ne craignais que le mot ne fût un peu trop gros pour la chose.
Ou je me trompe fort, ou le Morning Star exprime avec fidélité le sentiment public, quand il annonce cette convention sous le nom de swindle {escroquerie) \ et, de
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son côté, le Times ne dit rien que chacun ne pense, lorsque, d'un ton ironique, il s'écrie : « Pour tout le monde, excepté la confédération germanique et les duchés, la question du Schleswig Holstein est devenue aussi amusante qu'une comédie. >
Commençons par les duchés.
Que voulaient-ils?
Former un État allemand, et, en cette qualité, s'appartenir. C'était pour cela qu'ils s'étaient mis depuis si longtemps en état d'hostilité ouverte contre le Danemait, pour cela qu'ils avaient essayé d'une insurrection, pour cela qu'ils avaient appelé l'Allemagne au secours, et pris le monde entier à témoin. Eh bien, leur souveraineté, (« l'escamote en un tour de main, et, à la place, on leur donne quoi? Le condominium. Qu'ils se consolent! oa les opprimera en mauvais latin.
Que voulaient-ils?
Un prince de leur choix. Malheureusement, la cour de Berlin avait son candidat, qui était un Oldenbourg, et la cour de Vienne avait le sien, qui était un Àugustenbourg. Que faire? Oh! mon Dieu, rien de plus simple : les mettre l'un et l'autre de côté. Aussi n'est-il pas plus question d'eux dans la convention prussienne que s'ils n'avaient jamais existé. Les duchés ne seront donc pas gouvernés par un prince, ce qui serait un petit malheur si on les laissait du moins se gouverner d'une autre manière* Mais non.
Que voulaient-ils encore?
Constituer un seul État, être le Schleswig- Holstein avait un trait d'union. Qui ne se souvient, en effet de tout ee qui fut dit, écrit, imprimé sur l'indivisibilité absolue du Schles* wig et du Holstein, avant, pendant et après la guerre de Denemark? Que de manuscrits poudreux déterrés à ce sujet ! que de textes invoqués ! Jamais l'érudition allemande n'avait fait pareil étalage de trésors. Jamais la fameuse
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LA CONVENTION AUSTR0-PRUS3IBNNB. S7f
formule : <( République une et indivisible » n'avait eu plus d'importance aux yeux des révolutionnaires français que n'en avaient aux yeux des patriotes allemands les mots Schleswig-Holstein avec un trait d'union. Adieu le trait d'union tant désiré! En vertu d'un provisoire qu'on saura bien rendre définitif, n'en doutons pas, le Schleswig sera prussien, et le Holstein autrichien. L'indissoluble nœud est défait, que dis-je! coupé, et, chose curieuse, coupé par une épée allemande. L'érudition d'outre-Rhin en aura été pour ses frais.
Passons à la confédération germanique.
Quel était son but, à elle, quand elle proposait si véhémentement la question du Schleswig-Holstein dans tous ses livres et dans tous ses journaux? quand elle étourdissait l'Europe de ses cris, quand elle enfantait des bataillons d'ardents volontaires?
Son but était d'agrandir, non pas la Prusse, non pas l'Autriche, mais la patrie allemande. Eh bien, le traité de Salzbourg) c'est tout simplement l'Allemagne dé* pouillée d'une de ses provinces.
Il est vrai que les deux grandes puissances annoncent leur intention de proposer à la diète l'établissement d'une flotte allemande et la conversion de Kiel en u» port fédéral; mais, en attendant, — et l'on risque d'attendre, — en attendant que cette promesse se réalise, lo port sera fortifié par la Prusse et gardé par ses soldats.. Or^ un tu le ti^m vaut mieux que deux tu Vauras^ comme s'exprime la sagesse des nations.
Il est vrai aussi que les deux grandes puissances proposeront à la diète, — on ne nous apprend pas à quelle époque — de faire de Rendsbourg une forteresse fédérale Mais, jusqu'à ce que l'aiguille marque cette heure solennelle sur le cadran de l'histoire, l'Autriche et la Prusse feulent bien prendre la peine de tenir garnison dans Rendsbourg, et d'y commander à tour de rôle. Le com-
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mandenmnt suprême changera de mains, dit la convention, le 1*'' juillet de chaque année. Voilà un régime provisoire qui ressemble terriblement à un régime définitif. Évidemment, la patrie allemande est, en ce qui concerne Rendsbourget Kiel, renvoyée aux calendes grecques.
Qui donc gagne à ce jeu? Pour le savoir, il suffit de jeter les yeux sur la convention austro-prussienne.
Aux termes de cette convention, c est rAutriche qui est appelée à occupée le Holstein, et il est bien certain que le Holstein est, des duchés dont il s'agit, le plus riche, le plus peuplé, le plus important. D'après le recensement de 1860, la population du Schleswig s'élève à 409907 âmes seulement; et, comme celte population est en général livrée aux travaux de l'agriculture, c'est à peine si le nombre des habitants des villes dépasse le chiffre de 72000. Le Holstein au contraire, d'après le recensement ci-dessus mentionné, contient une population de 544 419 âmes, dont une portion considérable réside dans les villes. Sous ce rapport, il semble que TAulriche soit mieux partagée que sa rivale. Mais qu'on y regarde de près : ne résulte-t-il pas du traité que la partie holsteinoise de la route militaire et postale qui unit Lubeck et Kiel appartiendra aux Prussiens; qu'il en sera de même de celle qui unit Hambourg et Rendsbourg ; que la Prusse établira sa ligne télégraphique entre Kiel et cette dernière place; qu'elle sera autorisée à construire un canal dans le Holstein, entre l'Océan germanique et la Baltique; que c'est elle qui aura le contrôle de ce canal; et enfin que l'Autriche, en échange d'une indemnité pécuniaire, abandonnera à la Prusse ses droits sur le duché de Lauenbourg, lequel n'entrera pour rien dans le payenient des frais de la guerre de Danemark?
Ces avantages sont décisifs.
Et puis c'est dans le Holstein que l'influence de la Prusse a été le plus violemment combattue; c'est là
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