‹ Dix ans de l'histoire d'Angleterre (volume 2)Chapitre 86 sur 131 · LA CONVENTION AUSTRO-PRUSSIENNE · texte numérisé non relu

LA CONVENTION AUSTRO-PRUSSIENNE

que les partisans du prince d'Augustenbourg sont en force ; c'est là que la Prusse trouvait le plus de difficultés à asseoir sa domination. En y cédant la place à TAutriche, elle ne fait que s'épargner les ennuis d'une occupation odieuse et troublée.

Ce n'est pas tout. Parmi les clauses de la convention figurent la dissolution du gouvernement actuel du pays, et d'autres mesures sur lesquelles on ne s'explique pas. Quelles sont ces mesures? Très probablement celles dont la Prusse, dans ses négociations récentes, a poursuivi l'adoption par l'Autriche avec tant d'ardeur, celles qui tendent à couper court à l'agitation entretenue en faveur du prince d'Augustenbourg.

Si tel est le cas, comme il est aisé de le deviner, si Ton a arrêté à Gastein les bases d'une politique commune, ayant pour objet d'en finir avec les prétendants, de décourager toute idée de souveraineté locale, de faire prévaloir la doctrine du œndominium^ et de mettre à la raison, ainsi que la Prusse en a déjà donné l'exemple, les députés en les expulsant, les journalistes en les emprisonnant, il n'y aura plus à le nier: la Prusse se sera servie de l'Autriche pour tirer les marrons du feu, et M. de Bismark pourra réclamer dans l'histoire la place que Bertrand occupe dans la fable.

De pareils résultats justifient assez l'accueil fait en Angleterre par l'opinion publique à la convention austroprussienne. La confédération germanique a été trompée; l'Autriche ayant au pied son boulet de Venise, a dû consentir à être jouée ; et, quant au peuple des duchés, comment se défendre à son égard d'un profond sentiment de commisération? La domination du Danemark ne pouvait lui convenir sans doute, puisqu'il est allemand et brûlant de rentrer dans la grande famille allemande ; mais il ne demandait certes pas à être livré aux caporaux de M. de Bismark, et il est impossible de ne pas le plaindre d'avoir,

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selon l'expression populaire, échangé son cheval borgne contre un cheval boiteux, quand on songe que le Danemark est un pays décidément engagé dans la route du progrès, un pays où les ministres sont responsables, on la presse est libre, où le suffrage universel fonctionne sans entrave, et où le pouvoir n'a pas besoin d'être tyrannique pour être obéi.

Ah ! les choses auraient tourné autrement si Tindipendance du Schleswig-Holstein avait été, conformément au vœu des démocrates allemands les plus éclairés, l'ouvrage de volontaires répondant au seul appel de l'enthousiasme patriotique. Mais on a souffert que l'élan de l'Allemagne fit place aux combinaisons égoïstes d'un H. de Bismark; et ce qui s'en est suivi, on le voit. Puisse cet exemple servir de leçon aux peuples qui se reposent sur le despotisme du soin de leur honneur national, au lieu d'en attendre le triomphe du viril et glorieux épanouissement de la liberté!

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