Conêtitutional History of England, t. II, p. b'SQ
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L'agitation qu'elle entretenait, sous l'inspiration trhommes tels que Shiel et O'Connell, était légale sans doute; elle n'en appelait à d'autre force que celle de l'association pacifique; elle n'employait d'autre arme que la parole; elle ne prétendait pas viser à la subversion de l'État; en demandant l'abrogation de lois qui refusaient la jouissance des droits civils aux cinq sixièmes de la population irlandaise, elle n'allait pas au delà des vœux exprimés par les hommes d'État les plus éminents de l'Angleterre : j'accorde tout cela. Mais n'était-ce pas le sentiment de l'indépendance nationale qui grondait au fond des cœurs? N'était-ce pas en réalité à ce sentiment que s'adressait O'Connell lorsque, en 1843, il écrivait au peuple Irlandais : « Hommes d'Irlande, simplifiez votre foi politique; elle doit consister tout entière en ceci : 1° Que le rappel de l'union est le seul remède possible aux maux de l'Irlande; 2° qu'il est en votre pouvoir d'obtenir le rappel de l'union, si vous avez le patriotisme de le vouloir, et si vous savez vous concerter dans ce but? » Déjà, en 1^82, le célèbre Grattan avait formulé sa profession de foi dans les termes que voici : « En dehors du roi, des lords et des communes d'Irlande, il n'est pas de puissance au monde qui ait le droit de faire pour elle des lois dont le caractère soit obligatoire. j> Qui pourrait ne pas reconnaître, en de telles paroles, le sentiment d'une nationalité qui n'abdique pas?
Et l'on se tromperait fort, si l'on croyait qu'il ne reste plus rien en Irlande du sentiment qui les dictait. Il y a un an à peine, dans un banquet qui lui était donné à Cahirciveen, un personnage parlementaire, M. O'Donoghue, excitait une scène de frénétique enthousiasme, en s'écriant : « Le but à atteindre, c'est l'indépendance du pays, ni plus ni moins. » Tout récemment encore, dans un meeting tenu à Dublin, au sujet de l'importation du bétail anglais, que repoussait vivement l'Irlande, par
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crainte de la contagion, n'entendait-on pas M. Pope Hennessy prédire que a si Tépizootie entrait en Irlande, elle y détruirait, non pas seulement le bétail, mais le gouvernement » ? Et lord Naas ne déclarait-il pas, de son côté, qu'il « était temps d'examiner si la forme actuelle du gouvernement convenait aux intérêts du pays » ?
C'est donc aller bien loin que parler du fénianisme comme d'un produit purement « exotique », puisqu'il a sa racine dans un sentiment éclairé ou non, mais essentiellement irlandais d'indépendance nationale.
On répondra que le mouvement est combattu par le clergé. — Raison de plus pour qu'on ne ferme pas les yeux à ce qu'il a de spontané. Pour que des catholiques irlandais, surtout parmi le peuple, agissent en dehors de leurs prêtres, malgré eux, contre eux, il faut que la passion qui les anime soit bien forte !
J'aurai peut-être à rechercher les causes et à donner l'explication de l'attitude du clergé catholique d'Irlande à l'égard du fénianisme. En ce moment, je me borne à la constater.
Il ne s'agit pas, du reste, de savoir si, après tout ce que l'Angleterre a fait pour elle dans ces dernières années, l'Irlande a contre l'Angleterre des griefs légitimes. Elle n'en a que deux, à mon avis, en tant que partie d'un tout: l'absence du « Tenant Right )> et l'existence de «l'Eglise établie ». Mais le vrai tourment de l'Irlande, c'est celui qui se rapporte à son inextinguible désir d'être l^rlande tout court. 11 peut être fort déraisonnable, ce désir, il peut être imprudent; mais il est réel, du moins en ce qui concerne la majorité des Irlandais, et le fénianisme, quelque peu important qu'il soit comme essai de révolte, n'en est-il pas un des symptômes? Convenons qu'en inscrivant sur leurs drapeaux les mots : Respect quand même à V indépendance des nationalités, et en proclamant le droit d'un peuple à rompre, quand bon lui
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semble, et pour quelque cause que ce soit, les liens qui le gênent, les Anglais, partisans du Sud, ont commis une^ singulière bévue !