M. ADAMS ET LORD RUSSELL
13 octobre.
J'ai sous les yeux la correspondance à laquelle ont donné lieu entre lord Russell et le ministre. américain, M. Adams, les déprédations commises, pendant la guerre d'Amérique, par YAlabama^ le Shenandoah, et autres vaisseaux d'origine et de construction anglaises. Cette correspondance e^t d'un caractère très sérieux : Dieu Yeuille qu'elle ne conduise à aucune complication redoutable î
Je n'ai pas besoin de retracer ici l'histoire de YAlabama : qui ne la connaît? Qui n'a entendu parler des sauvages exploits de ce navire qui, transformant la guerre en brigandage, ne cessa de promener sur l'Océan la ter-
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reur, le pillage et l'incendie, jusqu'au jour où, rencontrant enfin devant lui un navire d'une force égale à la sienne, il fut vaincu et coulé bas? Malheureusement, le châtiment s'était trop fait attendre. Que de vaisseaux marchands atteints par l'implacable corsaire, et pillés et brûlés en pleine mer! que de richesses détruites! que d'opérations fécondes, ou entravées, ou ruinées, ou prévevenues! Pour peu que VAlahama et ses pareils eussent vu se prolonger leur existence d'oiseaux de proie, c'en était fait du commerce des États-Unis : il disparaissait de la surface des mers.
Pendant ce temps, que se passait-il en Angleterre? En Angleterre, les actes de brigandage commis par r^toftamfl étaient généralement réputés des actes d'héroïsme ; à la nouvelle de chaque vaisseau américain pillé et incendié, ce n'étaient, de ce côté de l'Atlantique, que cris de joie ou d'admiration. Le capitaine Sommes se présentait à l'imagination charmée des Anglais sudistes sous l'image d'un héros. Je n'exagère pas en disant que, lorsque le Kearsage le mit enfin à la raison, toute l'Angleterre aristocratique et marchande prit le deuil.
A cela, il y avait trois raisons : d'abord, l'immense sympathie que toutes les classes ici, à l'exception de la classe ouvrière, ressentaient pour le Sud ; puis le bénéfice que les Anglais tiraient de déprédations tendantes à faire passer des mains des Américains dans les leurs le commerce de transport, et enfin l'affection nationale inspirée à ces mêmes Anglais par un navire construit dans les chantiers de Liverpool, sorti du port de Liverpool, et monté par un équipage à l'avenant.
Cela posé, — et ce sont là autant de faits absolument incontestables, — le gouvernement des États-Unis est-il fondé à demander une indemnité au gouvernement anglais? Telle est la question soulevée par la correspondance que je vous signale. M. Adams dit oui, et lord Russell dit non.