‹ Dix ans de l'histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 106 sur 106 · LA PAROLE EST A LA POTENCE · texte numérisé non relu

LA PAROLE EST A LA POTENCE

les Irlandais qu'irrite la domination anglaisé, ou rtiême à tous ceux que la contagion du fénianisme a gagnés, serait sans doute injuste et absurde ; mais quelle cause ne souffrirait pas de Temploi d'aussi affreux moyens, quelque étroit que soit d'ailleurs le cercle où s'agitent les forcenés qui les emploient?

Le sentiment qu'un attentat de ce genre éveillera eti Angleterre, on le devine. Je n'entends qu'un cri, et c'est un cri d'horreur. La statue de la Miséricorde va être Voilée, cela va sans dire. Déjà les journaux parlent de la nécessité d'une politique inexorable. Le bourreau reprend crédit. Et pourtant, si quelque chose démontre son impuissance, n'est-ce pas l'attentat de Clerkenwell, suivant de si près l'exécution de Manchester? La peine de mort, c'est le tonneau des Dana'fdes, avec cette différence que l'eau ici est remplacée par du sang.

Au mal qiil se révèle par tant de terribles symptômes, il faudrait évidemment d'autre remèdes. Mais lesquels? Hélas! la question est plus facile à poser qu'à résoudre. Il est si profond, le mal dont il s'agit! Et, sur la nature des procédés à mettre en usage pour le combattre, l'Angleterre est si lamentablement incertaine !

Il y a huit jours, j'écrivais une lettre sur la procession de Cork. J'y vantais ce que la tolérance du gouvernement anglais me semblait avoir de sage à la fois et d'intrépide* Homme libre, parlant d'un pays libre, j6 faisais ressortir l'importance de l'exemple que ce pays donnait au monde ; Français dont la pensée est «ans cesse tournée vers la France, je comparais et je m'affligeais. Et voilà que ma lettre paraît dans un moment où l'interdiction lancée contre les processions funéraires vient tout à coup donner à mes éloges le caractère de l'ironie I

Oui, je dois l'avouer, je m'étais un peu trop pressé de croire que l'Angleterre a dans la liberté une conliance absolue, héroïque. Le gouvernement anglais n'a point osé

jouer jusqu'au bout le rôle de la force calme et fiëre; il n'a pas osé jusqu'au bout conformer sa conduite à cette belle parole du Daily News : « Ce n'est pas étouffer un sentiment que d'en étouffer la manifestation; c'est seulement éteindre la lumière qui nous guiderait, j»

Toutefois n'exagérons rien, et soyons justes. — Il est certain que le mouvement auquel il a été enfin jugé nécessaire de couper court avait pris une extension extraordinaire, et menaçait de devenir vraiment formidable. Ce n'était plus à Cork seulement ou à Limerick qu'une cérémonie funèbre avait été célébrée en l'honneur des trois suppliciés : c'était à Dublin, la capitale de rirlande. Des processions ayant le même but, suggérées par le même esprit, étaient publiquement annoncées, pour dimanche prochain, à Kilkenny, à Ënnis, à Clonmell, à Queenstown, à Youghal, à Killarney. Leeds devait avoir sa démonstration irlandaise, |Liverpool la sienne. Que dire encore? On parlait de Belfast. De Belfast! Là, le fanatisme de deux races ennemies, compliqué du fanatisme de deux croyances rivales, aurait probablement amené le retour de scènes qui sont, aujourd'hui encore, l'effroi du souvenir.

Yoilà ce dont il est équitable de tenir compte, dans l'appréciation des mesures récemment adoptées. Le pouvoir voyait venir la guerre civile ! Il l'a cru, du moins.

Reste à savoir si le gouvernement d'Irlande est bien inspiré en se préparant, comme on l'assure, à poursuivre les principaux organisateurs de la manifestation de Dublin. Dieu préserve TÂngleterre du malheur de glisser sur la pente de cette théorie de la complicité morale, que la France n'a que trop souvent descendue !

Et il ne faut pas non plus que ceux qui, à Varsovie, proscrivirent les larmes et appelèrent la douleur révolte, se justifient en disant : « Voyez comment on traite l'Irlande, qui est la Pologne de l'Angleterre. >

D'ailleurs, Tlrlande n'est pas seulement de ce côté de l'Atlantique. Elle vit, elle se souvient, elle s'agite, elle se ronge le cœur par delà l'Océan, loin, trop loin, pour que le bras de l'Angleterre, quelque long qu'il soit, puisse l'atteindre. A New- York aussi, les fénians ont honoré par une cérémonie funéraire la mémoire d'Allen, d'O'Brien et de Larkin; et, à New-York, d'une voix plus retentissante qu'à Dublin, ils ont dit, par l'organe de leur orateur, M. Savage : « Gloire aux martyrs! Riche est la race qui les possède. Grand sera le peuple qui a résolu de les imiter. »

A cela que peut l'Angleterre? La parole est à la potence : qu'elle réponde.

LES FÊTES DE NOiSL EN ANGLETERRE.

26 décembre.

Pourquoi penser en ce moment à l'Irlande, qui est en deuil ; — au fénianisme, qui conspire ; — à l'ère des aventures abyssiniennes, qui s'ouvre ; — à Tincome-tax, qui s'accroît; — au Théâtre de Sa Majesté, qui est en cendres; — à la potence, qui ne chôme pas; — à la guerre, qu'on craint; — au commerce, qui languit; — à la confiance, qui est morte ; — à la misère, qui grelotte ; — aux workhouses,qui se remplissent? Oublions, oublions! Voici Ghristmas : vive la joie!

N'avoir pas vu les boutiques et les étaux de ce pays, — les étaux surtout, — la veille de Noël, c'est n'avoir rien vu. Ma foi, s'il est vrai, comme l'assurent des âmes croyantes, qu'aux approches de Noël, les animaux acquièrent soudain le don de la parole, leurs conversations

sur le sort que Chrislmas leur réserve doivent être singulièrement lamentables, et ils doivent se communiquer l'un à l'autre de bien tristes réflexions sur l'oubli où tout un peuple met, le 25 décembre, cette sage maxime de Sénèque : a Un ventre bien réglé constitue une partie notable de la liberté, (magna pars libertatis est bene mora-tus venter,) » Quels énormes quartiers de viande, dieux bons! quelles montagnes de chair saignante! quel luxe d'imposants comestibles 1 quel culte du bœuf! Et comme on comprend bien qu'un roi d'Angleterre ait conféré l'ordre de la chevalerie à l'aloyau! Oui, je dis bien : l'aloyau ici est chevalier, il a le titre de sir Loin, et il le tient de Charles II, qui, en le lui donnant, se montra, juste appréciateur des titres de noblesse. Y a-t-il des légumistes en Angleterre? J'espère que non. Ils seraient traîtres à la patrie. En tout cas, le 21 décembre est une date qui les couvre de honte. Car c'est par myriades qu'on vous compte, orgueilleusement étalés sur le passage de la race la plus Carnivore qui soit au monde, ô selles de mouton, têtes de veau, hures de sanglier, dindons, canards, poulets, cochets, oies, coqs de bruyère, perdrix, faisans, pluviers, lapins, sarcelles, bécasses, macreuses, et vous, poissons de toute espèce et de toute grosseur^ dont rénumération aurait fatigué le patient génie d'Homère.

Mais le brouillard de Christmas se lève. C'est le jour de la goinfrerie générale, le grand jour, le jour où l'indigestion fait partie des institutions nationales. Pour s'y préparer dignement, les plus prévoyants ont eu soin de se munir des pilules digestives annoncées dans tous les journaux par MM. les apothicaires. Maintenant, l'ennemi peut venir; par Jupiter, on ne le craint pas !

Si l'on danse aujourd'hui, à Christmas, avec le même entrain qu'au temps jadis ; si la « bûche de Noël :> joue son rôle d'autrefois ; si le gui de chêne, sous lequel on a

le droit d'embrasser les dames, protège autant de doux larcins que s'en permettaient les bons ancêtres, je n'oserais l'affirmer. Peut-être, non. Mais, en ce qui concerne les hommages rendus au bœuf, au dindon, au mince-pie et au vénérable plum-pudding, la tradition n'a rien perdu de son empire ; les fils sont dignes de leurs pères. Ce qu'on dévore de plum-puddings en Angleterre, à une heure donnée, étonnerait Gargantua lui-môme.

Mais Christmas, hàtons-nous de le dire, a son c61é«délicat et charmant : c'est celui qui touche aux affections de famille. Ce jour-là, il pleut des joujoux, et les enfants sont maîtres de la situation. A leur tour, de commander. Fiers de leur royauté reconnue par les vieux parents, et les mains pleines de trésors, ils ont toute sorte de jolies raisons pour croire qu'on les aime encore plus qu'à l'ordinaire ; ils en profitent et font bien.

Après les grandes joies, les petites tribulations; après Christmas, le Boxing day britannique, plus redouté des maîtresses de maison que le premier jour de l'an français. ce terrible Boxing dayf On frappe à la porte. Qui, est là? Le facteur, qui vous souhaite un merry Christ^ mas. Très bien; on sait ce que cela veut dire. Puis vient le porteur de lait; puis, le garçon du boulanger; puis, le garçon du boucher; puis, le garçon de l'épicier; puis, le ramoneur de cheminée; puis, le balayeur du coin; puis, le premier venu à face blême. Et ceux-là aussi osent se présenter, la main tendue, qui, pendant toute une semaine ont trouvé fort plaisant et fort dévot de vous réveiller en sursaut, après minuit, en faisant de la musique sous vos fenêtres. Dieu sait quelle musique! Mais n'importe : il faut que tout le monde vive ; et si, comme Chamforl l'assure, et comme je le crois, la société est composée de deux classes : ceux qui ont plus de dîners que d'appétit, et ceux qui ont plus d'appétit que de dîners, de quoi les premiers ont-ils à se plaindre? N'est-il pas manifeste

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que le conlentement du pauvre ajoute à Topulence du riche?

D'ailleurs, le soir du Boxing day^ les pantomimes commencent. C'est l'heure du fou rire; et nulle part, à époque fixe, on ne rit autant qu'en Angleterre. Adieu tragédies et comédies, drames et mélodrames! adieu Shakespeare! Pendant six semaines, dans tous les théâtres d'Angleterre possibles et imaginables, il n'y aura place qu^pour les prouesses élégantes d'Arlequin, les pirouettes de Colombine, les grosses espiègleries de notre ami Paillasse, les coups de pied prodigués au vieux Pantalon; — le tout précédé d'une représentation féerique, où l'on ne verra que processions de masques gigantesques, cavernes de diamants, forêts enchantées, déesses suspendues entre ciel et terre, tout ce que l'intelligence humaine peut pro* duire de plus adorablement bête, et la science du déco* rateur de plus fantastiquement magnifique. Ce spectacle, toujours le même, toujours nouveau, a pour les Anglais un attrait dont je ne saurais mieux comparer la puissance qu'à ce charme mystérieux, souverain, éternel qui s'attache au spectacle de Polichinelle. Pendant six semaines, vous dis-je, les théâtres regorgeront de monde, et l'on s'écrasera aux portes. Certains grands-pères et certaines grand'mères ont voulu me faire croire qu'ils allaient là pour leurs enfants; mais je les ai surpris, les hypocrites, s'amusant pour leur propre compte, — très patriotiquement, du reste, attendu que les pantomimes ont un caractère national, absolument comme le plum-pudding.

Voilà ce que c'est que Christmas. Ne pas avoir de quoi faire un bon dîner, le 25 décembre, est le pire des maux. J'ai sous les yeux une lettre qui me fut adressée avanthier, par un pauvre diable, sans feu ni lieu. Des mille et une raisons, toujours excellentes, hélas! qu'il avait à présenter, pour qu'on appliquât en sa faveur la sainte maxime : « Aidez-vous les uns les autres, » celle qui lui

avait paru la plus palhélique, la seule décisive, était celle-ci : « Christmas sera pour moi sans joie et sans dîner, si vous ne me venez en aide (if you do not assist me, this will be for me a cheerless and dinnerless Christmas). » La force d'un pareil argument est si bien comprise en Angleterre, que c'est merveille de voir avec quel empressement, à Noël, les bourses se délient. Toujours très charitables, les Anglais le sont doublement à cette époque. J'ignore s'il y a une générosité de l'estomac; mais ce que je sais bien, c'est que, de ces tables de Christmas, il tombe, chaque année, d'abondantes miettes pour Lazare.

Malheureusement, la charité privée ne saurait suffire à tout. Si cet âge de changements reste fidèle à la tradition qui veut qu'à Noël le grand-père raconte une longue histoire à sa famille groupée autour d'un bon feu, en voici une que racontera peut-être un jour, à pareille époque, un jeune homme d'aujourd'hui, devenu alors grand-père.

Il y avait une fois, dans une contrée célèbre, un homme nommé Georges Pritchard. Il exerçait une profession modeste, mais avait amplement de quoi vivre. C'était un généreux cœur. Un ami ayant eu besoin de sa signature pour 3000 livres sterling, il la donna, fut ruiné du coup, et tomba dans la plus affreuse misère. Le pays était si riche, si riche, qu'on l'aurait cru arrosé par les eaux du Pactole; ce qui n'empêchait pas que beaucoup de gens y mourussent littéralement de faim. Pritchard avait une femme et cinq enfants. Il se mit à vendre de la poudre pour nettoyer l'argenterie, et fallait offrir de porte en porte. Triste ressource! La misère allait croissant. La ration de pain diminuait de jour en jour. Toutes les bardes que la famille possédait, et jusqu'à la dernière robe de la mère, furent successivement mises en gage. L'hiver ^tait venu, et qui n'a pas de pain n'a pas de feu. Conduite par la faim et le froid, la mort approchait. Le

malheureux Pritchard pensa au workhouse. Il y avait, en effet, dans le pays en question des établissements où Ton recevait sous le même toit les gens sans travail, les ma-» lades, les vieillards, les vagabonds, les fous; mais, comme il en coûtait énormément pour maintenir ces réceptacles de toutes les misères humaines réunies, et qu'il fallait tenir autant que possible le paupérisme à distance, rem-* pêcher de pulluler surtout,, le père, dans le workhouse, était séparé de sa femme, la mère séparée de ses enfants. On racontait, en outre, sur la manière dont les indigents étaient traités dans quelques-unes de ces maisons, des choses à faire frémir; si bien que le workhouse était plus redouté pour certains pauvres que la mort, Pritchard aurait pu s'adresser à la paroisse; mais alors, lui et lesi siens descendaient au rang de paupers, chosQ estimée dégradante, horrible, dans un pays dont la constitution sociale reposait sur une distinction inexorable des classes, et où les économistes avaient fait prévaloir cette idée, qu'il fallait se garder, comme de la peste, de descendre d'une classe dans une classe inférieure. Ajoutez à eeU qu'on met longtemps à mourir de faim. Quelque argent était du à la famille ; elle attendait. Mais la mort, elle, n'attendit pas. Un jour, — c'était au commencement de décembre, — près de sa femme mourante, et au milieu de ses enfants affamés, Pritchard tomba la face contre terre et ne se releva point. Les enfants crurent qu'il dormait. La mère était sans connaissance. Vingt-trois heures s'écoulèrent. Le père dormait toujours. Survint un visitaur» nommé Ellis. Il trouva, autour d'un homme mort, quatre enfants au visage décharné, et, dans un coin, près d'un <L baby £ enveloppé dans quelques guenilles, un paquet de haillons. Il allait marcher sur ce paquet, lorsqu'un des enfants lui cria : « Prenez garde! ça, c'est ma mère, » Il courut chercher dp l'eau-de^vie \ du feu fut allpmé, La petite Adi^ 4^1^!^^'^ ^\ ç^ qu'elle ne cessait 4^ répétâf

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dans son délire, c'était ceci : dc Donnez à manger âu baby. » Quand elle eut repris ses sens, et vit qu'il y avait du feu, elle demanda si, avec un os, loul rongé, et qui, faute de feu, n'avait pas été cuit, on ne pouvait pas faire de bouillon pour sa mère. La pauvre femme était dans un tel état d'insensibilité, qu'elle n'avait aucune idée de oe qui s'était passé. Si elle eût été secourue une heure plus tard, c'en était fait d'elle, selon la remarque du médecin. L'enquête du coroner eut lieu, et le verdict fut que Georges Pritchard était mort d'une pleuro-pneumonie. C'est, paraît-il, le mot scientifique qui exprime le fait de mourir de faim. Ceci, quelques jours avant les réjouissances de Noël I

LE FÉpflANISME) ET CURfSTMAS.

98 décembre.

Sans parler de la sombre incertitude qui plane sur les résultats de l'expédition d'Abyssinie, sans parler des traces qu'a laissées cette longue et lugubre scène de faillites qui a marqué l'année dont nous touchons la fin; sans parler du commerce qui ne veut pas revivre et de la con»* fiance qui ne veut pas renaître ; l'Angleterre n'a-t-elle pas à compter avec ce terrible gâte-joie : le fénianisme?

Lefénianisme! il n'est plus question ici que de cela, le spectre du fénianisme se dresse devant toutes les imaginations. Est-ce bien un spectre? L'horrible attentat de ClerkenwelJ dit assez qu'il ne s'agit pas d.'une affaire de fantômes !

La vérité est qu'on s'attend chaque matin à la non-" yejle da quelaue affreuj^ complot, réussi. I^e goijvernô'»

ment est assiégé de lettres, les unes authentiques, les autres supposées, où on lui annonce de prochaines et redoutables a taques. On craint des incendies. On assure que les usines à gaz sont partout menacées, et il est certain qu'à Warrington, un projet de les faire sauter a été découvert. Il a fallu mettre sous une protection spéciale tous les établissements d'utilité publique, il a fallu organiser autour des docks une surveillance active; il a fallu armer les policemen, et les renforcer, dans cinquante villes, par des citoyens de bonne volonté, enrôlés sous le nom de « spécial constable » ; le nombre de ceux qui, à Guildhall, se sont offerts, dépasse déjà le chiffre de trois mille. On fait, cela va sans dire, arrestations sur arrestations; et les manifestations populaires anglaises ne manquent pas non plus. Jeudi dernier, un corps de policeconstable a été salué, dans le district de police de la Tamise, par des cris d'ardent enthousiasme. A l'entrée d'Arbour street, ce corps ayant rencontré un bataillon de volontaires, la musique a aussitôt joué le God save the queen « Chapeaux bas! ^ crie une voix; et tous les fronts de se découvrir. La musique cesse ; trois fois les applaudissements pour la reine recommencent, suivis de trois grognements pour le fénianisme et ses suppôts.

Vous le voyez, il ne sera pas facile à Arlequin, à Colombine et à Paillasse de faire longtemps diversion à de telles émotions, à de telles alarmes ; et ceux-là même qui ne se pressent pas de cuver leur vin seront bientôt obligés de penser aux « affaires sérieuses ».

Le mal est que la question est enveloppée d'ombre. Que l'heure ait sonné de tenter le possible et l'impossible pour gagner l'Irlande, pour la satisfaire, pour l'arracher à l'influence . d^s fénians, pas d'Anglais qui, à Theure qu'il est, n'en soit convaincu. Le fénianisme, sur ce point, a ramené beaucoup d'esprits rebelles. Il en a été toujours de la sorte, en ce qui concerne cette malheureuse \x^

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lande. Pour s'occuper de panser ses plaies, l'Angleterre a toujours attendu que quelque grande calamité ou quelque grand péril lui en imposât l'absolue nécessité.

C'est ainsi que les mesures qui eurent pour objet d'améliorer le sol de l'Irlande, d'y couper court au ruineux système des tenures dérivatives, et d'y faciliter la vente des terres grevées d'hypothèques ne vinrent qu'à la suite de cette épouvantable famine de 1845-1846, pendant laquelle on vit tant de cadavres entassés dans les cottages, faute de vivants pour .les enterrer, et dont l'histoire est résumée dans celle de ce père qui se présenta aux portes d'un workhouse, portant deux paniers, Tun sur sa poitrine, l'autre sur son épaule, et, dans chacun d'eux, un enfant mort !

Ce que put la famine que je rappelle, le fénianîsme le pourra probablement, il rendra présente à tous les esprits l'impérieuse obligation de faire droit aux griefs de rirlande.

En 1843, O'Connell écrivait au peuple irlandais :

a Hommes d'Irlande, simplifiez votre foi politique ; elle doit consister tout entière en ceci : 1** que le rappel de l'union est le seul remède possible aux maux de l'Irlande; 2<» qu'il est en votre pouvoir d'obtenir le rappel de l'union, si vous avez le patriotisme de le vouloir, et si vous savez vous concerter dans ce but. »

Ces paroles du grand agitateur vibrent, aujourd'hui encore, dans le cœur des Irlandais. Ce que beaucoup d'entre eux veulent, c'est plus que l'abolition de l'Jiiglise établie, plus que l'établissement du tenant Bright : c'est l'indépendance nationale. Ils aspirent au moment où l'Irlande sera aux Irlandais. Là est l'insurmontable difficulté ; là est la gravité formidable de la situation, attendu que l'Angleterre, plutôt que de faire droit à un grief de ce genre, essayerait, si elle le pouvait, de pousser l'Irlande au fond de la mer.

Que faire alors, et comment sortir de cette obscure impasse? Ab! l'Angleterre de nos jours paye cher les iniquités commises à Tégard de l'Irlande par l'Angle* terre d'Elisabeth, et l'Angleterre de Cromwell, et l'Angleterre de Guillaume d'Orange ! Gomme pour les individus, il y a une Némésis pour les peuples.

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