LE BILL DE RÉFORME PROPOSÉ PAR LE MINISTÈRE
fond en comble; et cependant, le ministère va son train, l'opposition fait la morte, et la seconde lecture de ce bill dont personne ne veut vient d'être votée.
Est-ce à dire qu'il passera, tel que le cabinet l'a conçu? Oh! pour cela, non. Il est décidément trop mauvais et trahit trop bien, de la part des ministres, 1 intention de retenir de la main gauche ce qu'ils sont forcés d'offrir de la main droite.
Qu'importe que ce bill appelle à l'exercice du droit de suffrage quiconque occupe une maison, si humble qu'elle soit, dès que ce droit est refusé à quiconque ne paye pas personnellement la taxe des pauvres? Dans un pays, un pays comme celui-ci, en vertu d*un acledu parlement intitulé Small Tenements Acty il y a plus de 450000 personnes occupant une maison {hou8eholders)y qui payent la taxe des pauvres par la main du propriétaire et sous forme d'augmentation de loyer, c'est-à-dire d'une manière fort réelle quoique indirecte, dans un pareil pays, c'est se moquer vraiment que de dire, après avoir établi une restriction qui emporte le principe : « Le household suffrage est accordé aux bourgeois. »
Pour ce qui est des comtés, le ministère, en admettant sur la liste des électeurs tous ceux qui occupent une maison ou un terrain à 15 livres sterling, se montre moins libéral que ne le fut la Chambre des communes, dans la session dernière, car, qu'elle fût toute prêteà adopter un cens moins élevé, personne ne le nie. Par conséquent, à l'égard des comtés, les grands réformateurs du cabinet marchent vers le progrès, non pas même à la façon des tortues, mais à la façon des écrevisses.
Il est vrai, qu'ils veulent bien donner un vote àl'avocati au médecin, au prêtre, à l'avoué, au maître d'école. Belle largesse, quandon songe que lesavocats, les médecins, etc., sont déjà presque tous électeurs, à d'autres titres! Et puis admirez avec quel art le moyen est adapté au but ! Le but
avoué, officiellement avoué, est de faîce à la classe ou^ vrière sa part dans la représentation de tous les intérêts, et le moyen qu'on propose est de grossir la part, déjà très considérable, de la classe moyenne ! Cela rappelle le mot de Figaro : Il fallait ua ouvrier, ce fut un avocat qui Tob^ tint.
Et que dire du titre d'électeur pompeusement conféré à quiconque possède 50 livres sterling, soit dans les caisses d'épargne, soit dans les fonds publics ? Beaucoup de valets de grande inaison sont incontestablement dans ce cas, et je ne doute pas que l'idée ne soit fort bien reçue dans les antichambres; mais, comme ce n'est pas précisément d'ouvrir l'arène politique à MM. les footmen qu'il s'agit, peut-être aurait-on pu mieux rencontrer. Il ne faut, d'ailleurs, qu'un peu de bon sens pour deviner ce qu'une clause de ce genre livrerait de pouvoir aux corrupteurs^ de profession. Pour ces hommes opulents et, en matière d'élection, très libres de scrupules, qui, en Angleterre, se comptent par milliers, quoi de plus facile que de placer 50 livres sterling au nom de Pierre, de Jacques, de Paul, de François, et de créer ainsi des électeurs dont les votes;, bien entendu, seraiejnt le prix du]mensonge qui les aurait créés?
Et ce serait bien pis encore, si Ton maintenait la clause du bill qui donne un vote atout individu payant 20 shellings de contributions directes, A ce compte, disait plaisamment M. Gladstone dans la séance du 18 mars, un homme qui posséderait une méchante haridelle n'aurait qu'à en faire passer la propriété de main en main pour manufacturer, à son profit, 365 électeurs, et il ajoutait : « La clause en question équivaut à une proclamation par laquelle on apprendrait au public que, désormais, quiconque aura la poche bien garnie, pourra se procurer un vote, moyennant 20 shellings par an.
Ce n'est pas tout, — et c'est ainsi qu'éclate le génie ré-