‹ Dix ans de l'histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 45 sur 106 · L*IRLANDE ET LA CHAMBRE DBS LORDS · texte numérisé non relu

L*IRLANDE ET LA CHAMBRE DBS LORDS

Catholiques romains 4 50.5 265

Membres de TÉglise éublie 6*J3 357

Presbytériens 523 291

Méthodistes 45 590

Indépendants 4 532

Baptistes 4257

Quakers 3 685

Juits 393

Cultes divers 15 16i

Ainsi, le nombre des catholiques romains, en Irlande, est au nombre des membres de l'Église établie comme 4 505 265 est à 693 357.

Et cependant, de quoi vivent les prêtres catholiques irlandais? Du peu que rapportent, au milieu d'une population de meurt-de-faim, les mariages, les baptêmes, les messes, tandis que les ministres de TÉglise anglicane jouissent d'un revenu de livres sterling 580418 (14512 450), revenu qui n'a d'autre source que la conquête, Tabus de la force, la spoliation.

Suivant lord Cairns, les 111 151 acres de terre queTEglise établie possède dans TUlster, en vertu de l'acte de 1662 connu sous le nom de 1** Ad of seulement furent enlevés par cet acte à dos particuliers et non à l'Église catholique. Fort bien, mais n'étaient-ce pas des irlandais, n étaient-ce pas des catholiques que ces particuliers dont les dépouilles servent aujourd'hui à assurer une grasse existence aux ministres d'un culte exotique et violemment imposé? D'ailleurs, pourquoi lord Cairns ne parle-t-il que de l'Ulster? Est- ce que TUIster est toute l'Irlande? L'étendue du terrain alloué, en Irlande, aux archevêques et évêques de l'Église protestante n'est pas de 111 151 acres seulement, mais de 669 274 acres. C'est ce qui résulte d'un rapport statistique présenté au Parlement en 1831. Et ces vastes domaines, à qui furent-ils enlevés? pour quelle cause? dans quelles circonstances? par quels moyens?

Que l'Angleterre salarie, même en Irlande, les ministres

de rÉglise anglicane, cela se conçoit;' maïs que le salaire d'un culte qui n'est pas celui de Tlrlande soit payé par l'Irlande, voilà ce qui est injuste et révoltant.

Le 12 février 1864, un journal irlandais, cité par M. Deiluyn dans la séance du 28 mars, signalait ce fait, que l'évêque de Derry avait pourvu de riches bénéfices dans ce diocèse ses trois beaux-fils, et que le dernier archevêque d'Armagh avait reçu, dans l'espace de soixantequatre ans, la somme de 887 900 livres sterling (4 439 500 francs). Il est certain que l'opulence du clergé dominant contraste d'une manière frappante avec la pauvreté du clergé national, et ce qui rend ce contraste plus odieux encore au peuple irlandais, c'est la disproportion énorme qui existe entre le salaire payé et les services rendus. Il est tel ministre de l'Église établie qui touche par an 330 livres sterling, plus de 8 000 francs, et qui compte moins de vingt paroissiens parmi ses ouailles.

Ce n'est pas que l'Angleterre n'ait essayé de quelques timides réformes.

En 1833, le «Church comporaliticsbill > supprima deux archevêchés, huit diocèses, et réduisit les appointements de quelques évêques.

En 1838, sous le ministère de lord Melbourne, les dîmes furent remplacées par une redevance annuelle.

En 1845, sous le ministère de sir Robert Peel, la dotation du séminaire catholique de Maynooth fut portée de moins de 9000 livres sterling par an à 26 360 livres sterling.

Je disais tout à l'heure que les dîmes, en 1838, avaient été remplacées par une redevance; cette redevance pèse sur la terre ; elle compte dans les prix de vente, et il est universellement reconnu qu'elle est, pour la plus grande partie, à la charge des landlords protestants.

Tout cela semble témoigner d'un désir louable rendre justice à l'Irlande, mais tout cela ne suffit point.

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Quand le pauvfe cultivateur irlandais passe devant la porte d'une église protestante vide, — de cette église qui a été construite aux frais de Tlrlande catholique, et dont rirlande catholique est forcée de nourrir le pasteur, — comment cette vue ne réveillerait-elle pas aussitôt dans son cœur meurtri le souvenir de plusieurs siècles d'humiliation et d'asservissement?

Grief sentimental, dira-t-on peut-être, et rien de plus. Mais ceux-là connaissent bien peu la nature humaine, qui ne savent pas quelle place les choses de sentiment occupent dans les colères d'un peuple. « L'insurrection de Belgique, a fait observer lord Russell, ne fut point provoquée, à vrai dire, par la tyrannie hollandaise. Mais les Hollandais prenaient tout le pouvoir pour eux, s'appropriaient tous les emplois; et, bien que ce grief pût être considéré, jusqu'à un certain point, comme un grief sentimental, il parut intolérable aux Belges et les conduisit à briser le joug. >

Voilà ce qui est fort bien compris en Angleterre; malheureusement, sur la nature du remède à employer, les esprits sont très divisés, très incertains.

Quelques-uns sont d'avis, comme M. Bright, qu'il faut, tout en ayant égard aux intérêts existants, porter résolument la cognée à la racine de l'arbre. « Lorsqu'une vacance s'ouvre, disent-ils, supprimez le bénéfice, vendez la propriété y afférente, consacrez une portion du prix à indemniser le patron, et faites du reste un emploi profitable au peuple irlandais. Vous arriverez dé la sorte à l'abrogation de l'Église établie prudemment, peu à peu, sans violence, sans atteinte aux intérêts individuels. »

Mais une mesure de ce genre est trop radicale pour le tempérament des classes gouvernantes. Lord Russell ne propose rien d'aussi hardi. Ce qu'il a demandé, c'est qu'on divisât la dotation de l'Église établie de l'autre côté du canal de Saint-George, en trois parts, dont l'une serait

donnée aux anglicans, Tautre aux catholiques, et la troisième aux presbytériens. Lord Derby n'a pas eu de peine à prouver que ce serait là un fort mauvais système : il mécontenterait les protestants et ne satisferait pas les catholiques.

Quel parti prendre, alors? Ne pas toucher àTarche sainte! Telle est la conclusion d*un long discours de lord Cairns.

A entendre lord Cairns, il serait absurde de venir troubler un ordre de choses qui a pour lui trois cents ans de durée, et qui, de plus, repose sur le principe inviolable de la propriété.

L'argument tiré de la durée est un pauvre argument. Est-ce une raison, parce qu'un abus est âgé de trois cents ans, pour qu'on lui confère les honneurs de l'immortalité?

L'argument tiré du respect de la propriété serait décisif, s'il était applicable au cas dont il s'agit. Mais sur quoi lord Cairns se fonde-t-ii pour comparer la dotation de l'Église établie à une propriété privée? l'Église établie n'est pas une corporation : elle n'a pas de sceau commun ; elle ne peut pas faire de lois spéciales; elle n'a aucun des attributs caractéristiques d'une corporation. C'est un établissement légal, une branche du service public; ses membres sont des serviteurs de la nation, payés par elle, en vue de fonctions déterminées; et, si l'État juge que, loin d'être utiles, ses fonctions sont devenues dangereuses, il est parfaitement libre de chercher un meilleur emploi à la rémunération qui leur a été affectée. Tout ce que l'équité réclame en pareille occurrence, c'est qu'on ménage les intérêts individuels créés par l'ordre de choses qu'on croit nécessaire de détruire.

Ainsi raisonne, en Angleterre, le parti libéral. Mais ce n'est pas le parti libéral qui domine dans la Chambre des lords. Aussi s'est-elle empressée de donner raison à la

EXÉCUTION DE MAXIHILIEN. â05

logique de lord Cairns. Triste arrêt qui causera une vive irritation en Irlande, et qui a déjà été cassé par la raison publique en Angleterre.

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