‹ Dix ans de l'histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 46 sur 106 · IMPRESSION PRODUITE PAR LA NOUVELLE DE L'EXÉCUTION DE MAXIMILIEN · texte numérisé non relu

IMPRESSION PRODUITE PAR LA NOUVELLE DE L'EXÉCUTION DE MAXIMILIEN

10 juillet.

J'ai attendu quelques jours avant de vous rendre compte de l'impression produite ici par la nouvelle de l'exécution de Maximilien.

Et pourquoi? Tout simplement parce que je ne voulais pas en parler sans le bien connaître.

En effet, quand des catastrophes de ce genre éclatent soudain, tout cède à la force de la première émotion. Une compassion généreuse est le seul sentiment qui soit écouté, le seul qui ait la parole. Il en va de la sorte, surtout, s'il arrive, comme c'est ici le cas, que la victime soit un homme jeune, brave, doué de qualités brillantes, tombé de haut, et qui n'a été qu'à demi l'artisan de son infortune. On ne songe alors qu'à s'apitoyer sur sa destinée. On rappelle ce que son passé eut d'honorable ; on déplore la fatalité qui coupe si cruellement court à ce que semblait promettre son avenir ; on plaint ceux qui l'aimaient; on s'élève contre ceux qui l'ont livré à la mort; enfin, il n'y a qu'un mot pour maudire la doctrine résumée par ce cri sauvage : Vœ victis !

Mais, après un certain temps donné à l'amertune des regrets, le sentiment où ils prirent naissance cesse d'être aussi exclusif, sans cesser d'être aussi douloureux ; l'évé- VII. 12

nement commence à être envisagé sous tous ses aspects ; on se met insensiblement à commenter les circonstances; la compassion conserve ses droits ; mais l'histoire reprend les siens; et si, sous l'empire d'une première émotion, des exagérations ou des injustices ont été commises; ceux qui avaient d'abord gardé le silence recouvrant la voix, ces exagérations sont combattues et ces injustices signalées.

Eh bien, c'est précisément par ces phases qu'a passé l'impression dont j'ai à vous rendre compte.

Aujourd'hui comme le jour où la funèbre nouvelle a été connue, tout le monde déplore la tragédie du 19 juin : mais, en Angleterre, où la liberté vit et règne, la parole a cessé d'être à un seul ordre d'idées ou de sentiments. Et ce résultat est d'autant plus facile à comprendre, que certains organes de l'opinion des classes gouvernantes n'ont pas honte d'exploiter la mort du malheureux Maxiniilien, dans un intérêt de parti. Il faut les entendre! Cette exécution a été plus qu'un meurtre, plus qu'un assassinat! pour une semblable atrocité, il n'y a de nom dans aucune langue, il n'y avait que des libéraux capables d'un tel attentat. Condamner un homme décoré du titre d'empereur, le fusiller 1 Mais à quelle espèce jusqu'à présent inconnue appartiennent donc ces sauvages, ce monstres, ces vampires, qu'on nomme juaristes?

En donnant ce tour à leurs lamentations, les organes de l'aristocratie anglaise ont commis une lourde maladresse : ils ont forcé les feuilles libérales, qui ne demandaient pas mieux que d'oublier beaucoup de choses, à exhumer de pénibles souvenirs et à porter la lampe sur les circonstances qui ont amené le sinistre dénouement du 19 juin. En réponse à des commentaires qui ressemblaien trop à des provocations, le Daily News, le Morning^ Star y le Morning Advertiser^ le SpectatoVy etc., etc., ont cru devoir rappeler que, après tout, les impérialistes combattaient, auMexique, un gouvernement régulièrement

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