‹ Dix ans de l'histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 69 sur 106 · ÉTRANGE MARASME. — SES CAUSES · texte numérisé non relu

ÉTRANGE MARASME. — SES CAUSES

abus ont souvent effacé Téclal de ses services; qu'elle a couvert de son manteau toute sorte de concussions et d'escroqueries, qu'elle a fait naître bien des illusions, dévoré le fruit de bien des épargnes, ruiné bien des familles. Bref, tout ce que la spéculation peut avoir de funeste, on l'a présent à l'esprit. Tout ce qu'elle a d'utile, on l'ignore, on veut l'ignorer. Les affaires sont dans un état de paralysie presque sans précédent, et, à côté du capital qui se désole d'être improductif, le travail se désole d'être réduit à languir.

Quelles sont les causes de cet étrange marasme? 11 y en a surtout deux : Tune économique, l'autrer politique.

Ce fut en 1851 seulement que l'attention du monde commerçant, en Angleterre, commença à se porter sur le principe qui, en France, sert de base aux sociétés en commandite. Il y avait bien longtemps, cependant, que le système des sociétés en commandite avait sa place au soleil. Adopté de bonne heure en Italie, il n'avait pas peu contribué à la prodigieuse prospérité des grandes républiques, de Florence, de Genève et de Venise. De la France, où il s'introduisit il y a deux siècles, il s'était répandu successivement en Hollande, en Allemagne, en Russie, et, passant les mers, il avait gagné les États-Unis. Mais, en 1851, l'Angleterre ne le connaissait pas, ou ne le connaissait que d'une manière très imparfaite. Tout ce qu'on peut dire, c'est qu'à partir de 1826, divers actes avaient autorisé la couronne à conférer à certaines compagnies formées dans un but d'utilité publique des chartes d'incorporation qui limitaient d'une façon ou d'une autre la responsabilité des actionnaires. Ce fut en 1851 seulement, je le répète, qu'il fut question de savoir s'il ne convenait pas d'aviser à une application générale du principe de la commandite. Un comité fut nommé par la Chambre des communes, en 1852, pour étudier (e sujet, et ce comité ayant exprimé le vœu qu'une commission

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2M DIX. AlfS DH L'HI&-TÛLRB B'ANGLETERKB.

spéciale fût draine par la couronne de procéder à une enqnète, Va neine nomina cetle comiiift&sioo yaoïiée suivante.

Les membres désignés appartenaient tous, soit à la magistrature, soit au barreau, soit au commerce. Non contents d*interroger, par CFreiilairss imprimées, ?ingL chambres de commerce, et quatreHringt-dii personne» dont le nom faisait autorité em ces maÉières, lasit en Amérique que dans le Rojaume-Uni, ils dressèrent en français une série de quinze questions qu'ils adressèrent ux principales maisons du continent.

Les réponses qu'ils obtinrent sur les a/ranCagies et les désavantages de la vesponsabilité limitée furent assez diverses p«ur les mettre dans Fenbacras. En ÂB^«terre, des hommes égatemewt écktirés se moatarèrenè divisés d'opinion. On put citer contre Ea responsabilité timitée lord Overstone, M. Toocke, M. Leysent> M. Hendey Pair mer, et en sa feveur lord Âshburtoii, M. Norman*, U. Fran^cis Baring, M. Nassau senior. C'est-à-dire qu'an sein de^ la commission eltleHiièrae, Ces avis^ se pairtagère«t. Après de longs débats sur le point de saivoir si le changement proposé était conforme aux intérêts du pays, la majorité des eomfflissaires se prononça pour h négative.

Mais la Chambre des communes penchait du cèté de la minorité, et, en t855, KActe d& la responsabilité limitée fut a<]opfé, sur t» proposidoo de M. Bouverie-, parlant aa nom du gouvernement.

Le noijpveaii système n'eut fos été plus tôt élaMi psv la loi, qu'il prit un rapide essor. La seule année iS63 vit nattre deux cent soixante^trois* compagnies^ opérant avec un capital d'environ cent mittioiM ée livres sterling. A la ftn de mai 1864, un rapport, ordonné paur la Chambre* des lords, eonstaftait que le nombre de compagnie» ^ responsabiUté limitée ne si'étevait pes à moins de dewx mile huit cent quatrenÉngt-dioaR. 11 s'en étak

I^T&AIiGB MÀ.RASME:' — S.EIS CAUSES. 2Pi

fermé bien davaalaje, mais, meuf ceat trente-huit avaieat cessé d'exister.

La vivacité de ce mouvement industriel et commercial n*a rieu dont on doive s'étanaer.

Tant que les compagnies s'étaient composées de membres qui avaient k répondre des. résultats d'une eutre^ prise^ jusqu'à concurrence de, leur fortune tout entière, la crainte d'une ruine complète avait naturellement éloigné des affaires beaucoup de capitalistes, beaucoup de. capitalistes timides. Mais, aus^tôt qu'on put faire partie d'une société, sans risquer plus que les fonds qu'on y avait mis,, les choses changèrent de face ; aussitôt qu'il devint loisible à chacun de savoir au juste ce qu'il était exposé de perdre en jp^nant au jeu de Tindustrie ou du commerce, ce fut i qui serait de la partie. Quci de plus tentant que l'espoir de gagner indéfiniment, combiné avec la certitude de ne point perdre au delà d'une somme déterminée?

Quant aux chercheurs, aux inventeurs^; aux innovateursy aux hommei à projets,, ils ne pouvaient manquer, dès que l'argent s'oifraiU

L'adoption du principe de la commandite eut donc le double effet de surexciter Tamour du gain chez les uns, et l'esprit d'entreprise chez les autres.

Était-ce un bien? était-ce un mal?

Ce fut un bien„ ce fut un mal.

De la révolution qui &'était accomplie en 1855, la production reçut, c'est certain, une impulsion marquéo. De cette époque datent une foule d'entre|Mrises de toute nature : établissements de. banque, maisons d'escompte, association de capitaux pour l'exploitation desi mines, pour l'établissement de chemins de ier, pour la construction de navires, pour la propagation de Téelairage au gaz, etc.„ etc. Cest à des compagnies foitnées d'après le principe de la commandite qu'apfArliennent je ne sais

pas combien d'hôtels à Londres, à Brighton, à Bristol, à Richmond, à Eastbourne, à Douvres, à Margate, à Ramsgate, etc.

L'agrégation des petits capitaux permit de concevoir et d'exécuter d'importants travaux, dont, sans cela, on n'aurait pas même eu l'idée. Des esprits actifs et féconds, des hommes doués de connaissances spéciales ou inventeurs de procédés utiles, ne furent plus condamnés à l'impuissance par la difficulté de trouver des gens qui consentissent à entrer en société avec eux et à leur fournir, moyennant partage des profits, l'argent nécessaire. Enfin, le principe de la commandite aida puissamment à la formation des sociétés coopératives.

Voilà le bon côté. Voici le revers de la médaille : Lorsqu'il fut question ae décider si Ton ouvrirait la parte, en Angleterre, au système nouveau, des voix graves s'étaient fait entendre, et avaient prédit que ce système pousserait à une lutte excessive et déloyale; qu'il amènerait dans le champ clos de l'industrie des gens qui, une fois certains de n'y courir que des risques médiocres, y déploieraient une audace dangereuse; que les spéculations les plus téméraires seraient encouragées outre mesure par l'espérance de gagner, quand elle ne serait plus suffisamment contre-balancée par la crainte de perdre; que là où les actionnaires seraient dégagés de la nécessité de répondre, jusqu'à concurrence de tout leur avoir, des pertes résultant d'une conception insensée ou d'une gestion malhonnête, le poids de l'entreprise en ruine écraserait d'innocents créanciers ; que les actionnaires eux-mêmes, dans la sphère de leur responsabilité respective, auraient souvent à souffrir, soit de Tincapacité, soit de l'improbité de directeurs placés audessus de leur contrôle; en un mot, que les facilités offertes à l'esprit d'aventure et à la spéculation donneraient naissance, selon toute probabilité, à des illu-

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