LE PARTI DE L'EMPIRE EN ANGLETERRE
28 janvier.
Il existe en Angleterre un parti de l'Empire. Cela est singulier, mais cela est ainsi. Oui, dans un pays qui se vante de la sagesse de ses institutions, qui parle sans cesse du bonheur réservé aux peuples assez avisés pour en faire leur profit, dans un pays libre et fier de sa liberté, il existe un parti qui, en ce qui concerne la France, soutient le régime impérial, le vante à tout propos et hors de propos, le défend envers et contre tous, s'ingénie à deviner des combinaisons profondes dans ce qu'il lui est impossible d'expliquer, transforme en inspirations lumi-
nouses les plus grossières bévues, admire avec abaissement la hardiesse du gouvernement impérial, quand il avance, s'exlasie sur sa prudence quand il recule, s'efforce enfin de le présenter comme un pouvoir infaillible et impeccable.
De ce phénomène, il y a plusieurs raisons, dont je suis obligé de taire quelques-unes, parce qu'elles appartiennent à la chronique scandaleuse et secrète. S'il m'était permis de soulever les masques, de nommer les choses par leur nom, d'appeler un chat un chat, vous comprendriez sans peine comment il arrive que le correspondant anglais, fort libéral d'ailleurs pour ce qui regarde l'Angleterre, flagorne l'Empire, dans sa correspondance, avec une humilité d'enthousiasme et un parti pris d'exaltation à faire envie au Constitutionnel ; y ous comprendriez comment il se fait qu'il y ait tel journal anglais qui se montre presque aussi officiellement bonapartiste que le Moniteur,
Nous passons. Ce qui est étrange, et bien tristement étrange, c'est que nombre d'Anglais sont impérialistes de bonne foi, en toute conscience.
Et pourquoi ?
La raison en est, d'abord, que, dans ce pays, dont l'égoïsme national, est le trait caractéristique, il n'est pas rare de trouver des gens qui veulent la liberté pour eux, s'abstiennnent volontiers de la vouloir pour autrui. Le spectacle de la France asservie leur fournit matière à des rapprochements dont leur orgueil national tire avantage, et cela, comme bien vous pensez, ne leur déplaît pas. Ils sont charmés de pouvoir dire : « Il n'est pas étonnant que la liberté, qui est le pain des forts, nous convienne mieux à nous qu'aux Français. »
Puis, à côté de ceux qui appuient le gouvernement des Tuileries, parce que leur libéralisme n'a rien de cosmopolite, il y a ceux qui l'appuient, parce que leur