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LE PAIIÏI DE L'EMPIRE EN ANGLETERRE

conservatisme est très cosmopolite, au contraire. Ces derniers n'ont pas cessé d'être hanléSj depuis 1789, par le spectre de la révolution française. Ils voient dans la France un dangereux foyer d'agitations européennes. Ils se rappellent avec effroi qu'ils ont toujours senti le monde remuer quand la France s'ébranlait. Ils ne pardonnent pas à la révolution de 1830, d'avoir amené en Angleterre le triomphe du bill de réforme. Ils ne pardonnent pas à la révolution de 1848 d'avoir fait tressaillir l'Irlande et mis le chartisme en mouvement. Leur opinion est donc qu'il faut museler la France ; à leurs yeux, l'Empire a le mérite de s'acquitter à merveille de cette besogne.

Ceci entendu, il est tout simple que l'acte du 19 janvier ait été salué par le parti en question comme la mesure la plus libérale que comportassent le tempérament de la France et le repos de l'Europe. Aller plus loin? non pas, de par Jupiter ! Et môme, à supposer. qu'on dût prendre à la lettre les mots de la déclaration impériale, d'où il semble résulter, que l'acte du 19 janvier est, dans la pensée de son auleur, le couronnement de l'édifice, le mal serait-il donc si grand? à quoi bon donner à un estomac débile des aliments qu'il est incapable de digérer ?

Heureusement, je me hâte de le dire, tout le monde ne parlé pas ainsi, en Angleterre ; et aux intelligences généreuses, élevées, l'acte du 19 janvier apparaît ce qu'il est en effet, une concession apparente que d'énormes fautes avaient rendue nécessaire, et qu'on a fait de son mieux pour rendre illusoire, ou même pire qu'illusoire.

Dernièrement, un homme d'esprit, dans une lettre adressée à la Pall Mail gazette, comparait la France du moment à une femme à la mode, qui, ayant payé sans compter, tant que sa toilette lui a attiré des hommages, se récrie sur le prix excessif de ses chapeaux et de ses

robes, dès qu'elle craint de ne plus être trouvée aussi jolie. Voilà qui est frappé juste. Tant que la France a pu croire qu'elle fixait lés regards du monde ; que chaque nation s'inclinait devant sa grandeur et sa puissance; que la possession du Mexique témoignait de son irrésistible ascendant; que Tltalie était à ses ordres, qu'elle avait seulement à étendre le bras pour que le Rhin fût à elle, la politique étrangère a été comme une glace dans laquelle elle se mirait avec complaisance; et, aussi longtemps qu'il lui a été donné de jouir de cette satisfaction, elle n'a pas trop regardé à la dépense, souffrant qu'on lui enlevât ses libertés, etqu'on puisât à plaisir dans sa bourse. Mais lorsque l'expédition du Mexique, qui devait donner le nouveau monde à l'influence latine, s'est abîmée dans le ridicule, lorsque la politique des Tuileries a été convaincue d'imprévoyance et d'insuffisance par la politique de Berlin; lorsque l'Allemagne aux trois quarts engloutie dans la monarchie de Frédéric II est venue causer à la France les soucis qu'inspire un formidable voisinage; lorsque l'unité de l'Italie s'est achevée sans nous et par d'autres que nous, lorsque enfin la France a craint de disparaître à demi dans l'ombre jetée par la Prusse, oh! alors elle a dû naturellement se plaindre de ne pas recevoir ce qui n'était certes pas l'équivalent de sa liberté, mais ce qu'on lui avait du moins présenté comme tel; ses dépenses en toilette lui ont paru exagérées, et elle a jugé qu'on lui faisait trop cher des robes et des chapeaux qui ne lui allaient plus bien.

Pour comble d'infortune, le gouvernement impérial s'était vu placer par les succès de la Prusse dans la triste alternative, ou de descendre au second rang des monarchies militaires, ou d'aggraver le fardeau déjà si lourd, de la conscription, au risque d'irriter à jamais le paysan et de provoquer de sa part ce sombre jeu de mots, cité par plusieurs feuilles anglaises. « Faudra-t-il donc

f|ue je vende tous mes enfants pour un Napoléon ? )>

Tout cela créait à TËmpire une situation singulièrement difficile, d'autant plus difficile que la discussion de l'adresse approchait et que tous les mécontentements étaient de la sorte à la veille de faire explosion d'un coup.

Quel parti prendre? il était devenu indispensable de réduire la fracture. Mais il est dans l'essence du despotisme de coûter fort cher.

Problème insoluble! Vous savez de quelle manière l'acte du 19 janvier cherche à le résoudre : en retirant d'une main la moitié, et plus, de ce qu'il offre de l'autre main. •

Aussi quel est le mot qui résume les commentaires de la presse vraiment libérale, de ce côté de la Manche ? C'est celui ci : L'Empire s'était mis par ses fautes dans l'absolue nécessité d'accorder à l'opinion quelque chose ; mais, tout compté, il manque à ce qu'il vient d'accorder d'être... quelque chose. »

C février.

C'est hier qu'a eu lieu l'ouverture du Parlement.

Àh! sij'étaisàlafois superstitieux et pessimiste, comme j'aurais beau jeu à me répandre en noires prédictions ! Figurez-vous que, depuis trente ans qu'elle est sur le trdne^ Victoria ne s'est jamais montrée en public, sans que le soleil — si avare de ses visites en Angleterre, — s'empresse de venir, en grande pompe, assister à la cé-

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