‹ Dix ans de l'histoire d'Angleterre (volume 4)Chapitre 39 sur 117 · UNE NOUVELLE A VÉRIFIER · texte numérisé non relu

UNE NOUVELLE A VÉRIFIER

les hommes «d'État d'uio pays dant chaque mouvement est éclairé par une publicité immense «t qui ne peut avoir rien de caché, hésiten-tàse commettre avec une politique souterraine de «a nature, indiseutable, incontrôlable^ irresponsable, sujette aux 'capriees qu'^noourage le ma^ niement impuni du despotisme, et dont la loyauté n'est prantie que par l'intérêt d'un pouvoir issu d'un second 18 brumaire.

L'Angleterre, d'ailleurs, n'est pas sans savoir par expérience ce quMI en coûte de se risquer «dans de semblables allia&ees. Qu'a-t-^elle gagné à «lair ses drapeaux à ceux de TËmpire sur les champs de bataille de la Grimée? Elle y a perdu d'avoir à jouer un i^le secondaire izm le drame guenrier où l'empereur des Français avait su se réserver le rôle principal ; elle 7 a perdu de voir le principe de la liberté, qu'elle représente, traîné dans les bagages du militarisme triomphant; et le seul résultat d'ane guerre danrt le profit pour son allié était incalculable, a été pour elle l'abandon de ce droit de visUe que si longtemps, et avec tant de raison, elle avait regardé comme la condition essentielle de sa souveraineté navale.

Peut-^tre mes lecteurs n'onit-ils pas owblié ce que je leur ai dit<des humiliations auxquelles l'Angleterre s'était exposée en comptant sur l'appui .du gouMennement frao^ çais en faveur de la malheureuse nation danoise. Les déceptions qu'félle «éprouva en cette circonstance n'étaient que le châtiment mérité d'une confiance dont le résultat de l'expédilion du Mexique ;aurait «dû lui i»ointi%r plus tôt le danger. On sait que, quand cett^e 'eocpédilioiu fut coiv- ^nue entre la Frano'e, l'Angleterre 'Ot l'Espagne, son but fut déterminé «tiîmitérde la mam&re la plus précise, !la pfars formelle. H s'agîjssait Ae contraindre le gouvernefflent iroexicain à payer ses idettes, âisemplir ses obliga'tions envers les étrangers résidant au Mexique; mais, quant à lîntervenir politiquement dans les affaires de ce

pays ; quant à changer le régime qui y était établi ; quant à le conquérir enfin et à y disposer, Tépée au poing, de la souveraineté populaire, c'est ce que les puissances contractantes s'interdisaient par un traité solennel. Ce fui sur la foi de ce traité que l'Angleterre consentit à faire partie de l'expédition, et ce fut par suite de la violation de ce traité que l'Angleterre se retira du concert, après une protestation véhémente dont son fidèle allié ne tint pas le moindre compte.

La fable de Bertrand et Raton avait été ainsi transportée dans les régions de l'histoire, précisément à propos de ce même royaume du Mexique qu'on voudrait aujourd'hui que les Anglais s'engageassent à maintenir à leurs risques et périls. C'est leur demander de tirer les marrons du feu dans la cheminée où il leur est déjà arrivé de se brûler les doigts. Bertrand n'osa jamais attendre autant que cela de la bonhomie de Raton.

D'autre part, il n'est pas aisé de comprendre quel intérêt l'Angleterre pourrait avoir à adopter celte politique d'assurance mutuelle.

La France possède sans contredit une armée extrêmement valeureuse, bien organisée, formidable. Mais cette armée, on ne saurait la jeter sur l'Amérique comme on la jetterait sur l'Autriche ou la Prusse. Il faut compter avec les distances, avec l'Océan à traverser, avec un gaspillage d'argent dont la seule idée ferait frissonner la France qui travaille et qui paye.

Il importe aussi de considérer que les États-Unis^ ayant une épouvantable guerre civile de moins sur les bras, ne sont pas une puissance dont on puisse se flatter d'avoir raison en se jouant. Ils ont montré ce qu'ils savent faire, en matière de grands coups d'épée, ces boutiquiers transatlantiques. Eux aussi, ils s'entendent à pourfendre les gens. L'affreuse lutte à laquelle il vient d'être si heureusement coupé court, a développé chez eux à un degré

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surprenant les plus hautes qualités militaires qu'ait jamais déployées même une nation vouée au culte sanglant des combats. Les campagnes qui ont abouti à la prise de Richmond n'ont rien qui n*égale celles du premier empire. Napoléon P% s'il sortait du tombeau, s'étonnerait de la prodigieuse consommation d'êtres humains qui s'est faite, pendant quatre ans, de l'autre côté de l'Atlantique, et il reconnaîtrait que, sous le rapport de Textermination réduite en science, l'ancien monde n'a plus rien désormais à envier au nouveau. Depuis que les hommes s'enlr'égorgent, on n'avait pas encore vu des batailles, sans cesse renouvelées, durer régulièrement trois jours. Ni à Marengo, ni à Austerlitz, ni à lena, le courage guerrier ne s'était déployé avec plus d'éclat qu'il n'en a jeté à Antietam ou à Murfreesborough.

Dans les annales de l'histoire contemporaine, Chancellorsville, Gettysburg, Chickamangha sont des noms qui ne souffriront pas du voisinage de ceux de Magenta et de Solférino. La fameuse marche de Sherman à travers la Géorgie est certainement comparable aux plus hardis mouvements stratégiques qui aient jamais caractérisé le génie d'un grand capitaine: et il ne serait pas facile d'opposer à des soldats tels que Granl, Lee, Sherman, Shéridan, des hommes de guerre qui leur fussent supérieurs. L'Amérique, à l'heure qu'il est, se trouve avoir au service de ses desseins ou de sa sûreté une immense armée de vétérans, bien commandée, rompue à l'art des combats, éprouvée par des dangers sans nombre, invincible à la fatigue, familiarisée avec la victoire et en commerce avec la fortune.

Ce ne serait donc pas trop de toutes les forces militaires du second empire pour tenir en échec celles dont les États-Unis disposent en ce moment; et, comme la question de l'Océan à traverser est là, comment l'Angleterre pourrait-elle espérer conserver le Canada, s'il était

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attaqué, grâce à l'assietanee de Napoléon III? En acceptant cette assistance éventuelle aux conditions offertes^ loin de diminuer ses périls, elles les augmenterait outréemesure; car elle s'imposerait Tobligation,. terribtemeat onéreuse, d'entrer en guerre a/rec les États-Unis, pour peu que le gouvern«tiïent de Washington songeât à appliquer an Mexique la doctrine Monroe, et alors même que ce gouvernement s'abstiendrait de tou^cher au Canada.

Il est peu proba&le qu'eUe commelile une pareille faole.

S'il est une cbose au mcHide que les Anglais redoutent^ c'est une guerre avie^ l'Amérique. Las défaite de Lee, complétée par ce fait qu'il a dû mettre bas les armes, a nalairellement rendu cette crainte beauecMip plus vite. Au moment où je vous écris, il n'y a personne en Angleterre qui ne regarde le triomphe du Nord comme définitif, et personne qui ne s'inquiète d€ l'accroissement de puissance qui va en résulter pour les États-Unis. Aussi commence-t-on à parler d'eux sur un ton de respect dont on avait étrangenvent perdu rhabitude. Ouvrez les journaux les plus dévoués jusqu'ici à la cause du Sud, Usez le TimeSy lisez le Daily Télégraphe vous y lirez que Grant est un général de premier ordre, un digne émule de Lee; que les fédéraux ont apporté dans cette funèbre lutte une intrépidité, une c&nstance, une énergie de volonté qui, autant que le courage chevaleresque des co'nfédérés, méritent d'arrêter les regards de l'histoire ; qu'il y a enfin beaucoup à admirer chez les vainqueurs comme chez les vaincus. Ce n'était pas tout à fait le langage que ten^^il y a quelque temps, la presse sudiste! Mais n'importe. H y a lieu de se féliciter d'un changement d'attitiide qui, quel qu'en soit le motif, tend à calmer, en Amérique, des colères dont l'explosicm serait calamiteuse pour le monde entier.

Non, les Anglais ne veulent pas d'une gtfêrre svee les

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litats-Unis, et c'est an point que leur grande préoccupalion du moment est d'éviter tout ce qui risquerait d'aigrir la situation. Jugez d'après cela s'il est vraisemblable que te cabinet de Saint-James ouvre l'oreille à des suggestions qoi multiplieraient entre l'Angleterre et les lîJtats-Unis les motifs d'éloignement et les causes de rupture.

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