YMPATHIE DE L'ANGLETERRE POUR JEFFERSON
SYMPATHIE DE L'ANGLETERRE POUR JEFFERSON DAVISf DÉNONCÉE PAR ANDREW JOHNSON.
18 mai»
Les partisans du Sud en Angleterre sont consternés. La proclamation dans laquelle le président des États-Unis Andrew Johnson, dénonce Jefferson Davis, comme complice de Booth est un dernier coup porté à la cause de l'esclavage, et le plus terrible de tous. Qui donc osera désormais parler de la chevalerie des planteurs? Qui donc osera faire revivre, en le leur appliquant, le fameux mot inexactement appliqué à François V"^ : Tout est perdu fors rhonneur?
Le Daily Telegraph d'aujourd'hui, dans un article plein d'émotion, appelle ladernière proclamation de Johnson monstrueuse ; il refuse absolument de croire qu'un homme de la trempe de Jefferson Davis ait pu descendre à l'assassinat; il affirme que, de la part du chef des sécessionnistes, c'eût été folie. On a peut-être trouvé sur Booth des documents révélateurs en apparence de la complicité de Jefferson Davis. Qu'en conclure, sinon que l'assassin avait cherché à donner à son crime une sorte de caractère officiel? Booth, d'ailleurs, n'a-t-il pas été tué? ne l'a-t-on pas enterré secrètement? quel preuve a-t-on que les pièces qui accusent Jefferson Davis, s'il en existe de telles, n'ont pas été /orgf^es par ceux qui ont soif de son sang?
Ainsi s'exprime le Daily Télégraphe combattant, vous 1^ voyez, ce qu'il se hâte d'appeler une calomnie par une supposition calomnieuse.
ils DIX ANS DB L'HISTOIRE D'ANGLETERRE.
Le Standard, lui, éclate en cris de rage. A l'entendre, le gouvernement fédéral en a menti par la gorge. Le but de M. Johnson est celui que se proposèrent les whigs lorsqu'ils inventèrent le «complot papiste >, et leurs adversaires lorsqu'ils mirent en avant le complot, réel cette fois, de « Rey hou se » ; ce que veut le président des Etats- Unis, c'est un prétexte qui lui permette de mettre à mort des victimes aussi innocentes que Russell. Malheur au nouveau «fonde! l'ère de la terreur pour lui a commencé.
C'est aussi Tinauguration du règne de la terreur que le Morning Advertiser yait dans la proclamation dont il s'agit. Le sang va couler par torrents, versé non plus par la main des soldats, mais par celle des bourreaux. Le spectre de Marat se dresse devant le Daily Telegraph, épouvanté ; et le Morning Advertiser recule d'effroi devant le spectre de Robespierre.
En vérité, c'est à n'y pas croire.
Oh ! certes, pour ceux qui, en Angleterre, n'ont cessé de représenter les auteurs d'une guerre affreuse comme autant de chevaliers sans peur et sans reproche, il es( fâcheux sans nul doute que les noms de Jefferson Davis, Jacob Thompson, Clément C Clay, Clary, Béverley Tucker, George Sanders, se trouvent figurer à côté de ceux de Boolli, de Payne, d'Atzeroth; mais qu'y faire? S'il est vrai que l'assassinat de Lincoln, au lieu d'être un attentat isolé, ait été le résultat d'un noir complot à ramifications étendues et profondes, faut-il donc que, pour justifier les pompeux éloges si libéralement prodigués jusqu'à ce joctr à leurs protégés par le?s journaux sudistes d'Angleterre, M. Johnson jette atf feules pièces (C déposées dans les bureaux de la Justice militaire »? Il est possible que les hommes désignés dans la proclamation soient innocents du crime qu'on leur impute; maison le Daily Telegraphy le Standard yle Morning Advertiser fuisentAh le droit d^
SYMPATHIE DE I/ANGLETBRRB POUR JEFFBRSON. 179
rafOnner, avant tout examen des preuves dont on parle? Oat-ils lu les documents accusateurs ? ont-41s la moindre connaissance des faits sur lesquels le gouvernement fé*- ^éral se propose de baser Taccusation? En vertu de quel principe d'équité s'empr«ssent-ils de supposer que l'unique but d'une dénonciation aussi grave est de mettre soasle coup du traité d'extradition les rebelles auxquels le Canada sert en ce moment d'asile ? Ek par quel oubli de toutes les règles de la prudence appellent-ils un men^ mjje infâme — ce sont les mots que le Standard emploie — ce que demain l'instruction de cette ténébreuse affaire peut démontrer sans réplique n'avoir été qu'une Térité lamentable ? Serait-ce que les cbevaliersei gentlemen qai ont trempé dans les meurtres et les vols de Saint-AI^ banssonty comme la femme de César, au-dessus du soupçon?
J'ai sous les yeux une lettre qui m'est adressée d'Amérique ; et, des détails qu'elle contient, il résulte que, de Tautre côté de l'Atlantique, le fait de la complicité de Merson Davis, dans l'attentat du 15 avril, ne rencontre pas tout à fait la même incrédulité dont on se plaît ici à accorder au Sud le bénéfice. Les dépositions recueillies par le conseil de guerre de Colombie établissent l'exis^ tence d'une conspiration dont le but était de tuer le prési" dent, le vice-président et le secrétuire .d'État. C'étaiit kiz^^ roth, paraît-il, qui s'était chargé d'assassiner M. John&oa. II devaût lui porter le coup mortel à € Kirkwtood bouse j»., pendant la soirée du 14; mais, au tmomeat de frapper, 11 késita et ailla rejoindre Booth.
Les personnages nommés dans la proclamation faisaient-ils partie de cette abominable machination? L'éqnité nous défend de l'affirmer, idLUji que la preuve n'eiH est pas fourme ; mais que penser de ceux 'qui, sans attendre la preuve, affirmera brutalement le contraire et accusent le gouvernement fédéral de mentir pour tuerf
AU moins seraiMI juste de se demander quels sont les antécédents de ceux contre lesquels le président des États- Unis assure avoir des preuves.
Jacob Thompson, qui était secrétaire de l'intérieur sous l'administration Buchanan, et qui sortit du cabinet en 1861 avec M. Floyd, n'eut pas plus tôt pris du service dans l'armée rebelle, qu'il fut envoyé au Canada, en qualité d'agent confidentiel de Jefferson Davis. Ce fut lui qui organisa la conspiration de Chicago en 1864, formula le projet d'attaquer Johnson-Island pour relâcher les prisonniers rebelles, et arma en grande partie les chevaliers du Cercle d'or.
Cleary, qui est aujourd'hui sous les verrous à Toronto, etBcverley Tucker, étaient, il n'y a pas longtemps, poursuivis par la justice canadienne comme coupables d'avoir violé la neutralité des provinces anglaises.
George Sanders a été un des instigateurs les plus actifs, les plus audacieux de la guerre civile. Je me souviens de l'avoir vu à Londres à l'époque où M. Buchanan y était ambassadeur des États-Unis. M. Sanders était alors ici comme consul. J'eus occasion de causer plusieurs fois avec lui, et je ne fus pas longtemps sans me convaincre que c'était une nature dont l'énergie touchait à la violence. Je ne dirai pas qu'il me fit l'impression d'un homme capable de tremper dans un complot d'assassinat : non, certainement; mais qu'il eût un penchant décidé pour la doctrine de la souveraineté du but, c'est ce qu'il proclamait lui-même. Bien qu'il fît profession de sentiments démocratiques, entendus dans le sens qu'on attache à ce mot en Europe, il plaidait avec passion la cause des planteurs, et estimait l'institution de 1 esclavage une chose admirable, le nègre, s'appelât-ii Toussaint- Louverture, n'étant à ses yeux qu'un singe qui parle. Il me dit un jour : € Le Nord est plus hostile aux nègres que le Sud. Dausle Nord, la liberté les affame ; dans le Sud , l'esclavage les