‹ Dix ans de l'histoire d'Angleterre (volume 4)Chapitre 62 sur 117 · LES ÉLECTIONS MÉTROPOLITAINES · texte numérisé non relu

LES ÉLECTIONS MÉTROPOLITAINES

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Il n'y a donc plus à en douter, les opinions libérales dominent en ce moment dans la cité de Londres. Là, le parti conservatiste a eu beau s'épuiser en efforts de tonte nature, dépenser des sommes considérables, mettre en mouvement toutes les influences diverses dont il dispose : il n'a pu faire passer ni M. Lyall ni M. Fowler, e* les quatre candidats libéraux sont restés défînitivemea. maîtres du champ de bataille.

Encore est-il à remarquer que le nom qui figure en tête de la liste est celui de M. Goschen choisi précisément parce qu'il n'est pas une réforme utile qui n'ait trouvé en lui un ardent avocat. En le nommant^ les électeurs de la Cité ont voulu le récompenser surtout d'avoir servi la cause de la tolérance religieuse, de s'être associé sans réserve au grand mouvement qui avait pour but d'ouvrir les universités aux dissidents, aux catholiques, aux juifs.

Voilà un résultat significatif de bon augure, car il n'est pas de corps élecloral en Angleterre qui puisse se flatter de l'emporter sur celui de la Cité de Londres, sous le rapport de l'intelligence, de l'importance, de la richesse. C'est là que l'aristocratie commerciale a son siège, j'allais dire son trône. C'est là que brûle le foyer des idées qui, à tel mom.ent donné, lui sont chères. C'est là que l'on peut juger, mieux que partout ailleurs, du véritable esprit qui l'anime. Si donc le principe de la tolérance religieuse es^

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prodamé là, d'une manière éclatante, soyeir sûr qu'il le sera dans presque toutes les villes de proTince où la classe moyenne tient le haut du pavé.

Dans le district de Lambeth, la prédominance dn principe d'association, comme moyen d'amféliorer k condition morale et matérielle du travailleur, s'est révéiée par la nomination de M. Hughes, de tous les défenseurs des droits du travail, de tous les amis de la classe ouvrière, le plus vigilant, le plus infatigable, le plus populaire. Sa victoire a eu cela de caractéristique, qu'ouvriers et bourgeois y ont travaillé avec la même ardeur et une entente parfaite.

C'était toute simple. M. Hughes, en effet, se trouve, si je puis parler ainsi, au point d'intersection des deux classes. A l'une, il tient par son éducation, k culture de son esprit, la nature de ses travaux et sa positkMi sociale ; à l'autre, il appartient par la direction de ses idées, par le but qu'il s'est assigné, par la générosité de ses sympathies. Aussi son électiim a-4-«He eu l'éclat d'un triomphe.

Moins bruyante, mais phis significative encore et d'une portée plus vaste, a été celle de H. John Stuart Mill dans le district de Westminster.

Combien, parmi les électeurs de ce district, y en avait-il qui connussent M. Mill, qui eussent lu ses ouvrages, qui fassent en état de dire pourquoi M. Mill est un des plus grands philosophes des temps modernes, et, très certainement, le plus grand penseur de l'Angleterre ? De ceuxlà, il y en avait, en vérité, fort peu. Et puis M. Mill se pérsentâit au combat armé de son seul mérite.

Trop fier pour descendre à mendier ou à payer des suffrages, il avait formellement déclaré qu'il n'entendait pas dépenser un farthing pour son élection, convaincu que c'était aux votants à courir après les candidats, et non aux candidats à courir après les votants.

Trop élevé par les habitudes de son esprit au-dessus

des petites préoccupations et des petites passions, il avait averti les électeurs qu'ils n'avaient rien à attendre de lui pour Tavancement de leurs intérêts particuliers ou même de leurs affaires locales.

Enfin, trop adonné au culte austère de la vérité pour courtiser à ses dépens la faveur populaire, il s'était exprimé en homme libre sur toutes les questions, sans se demander si telle ou telle de ses idées cadrerait ou ne cadrerait pas avec les opinions du jour et les sentiments en vogue.

Ajoutez à cela que les bigots de toute nuance s'étaient ligués pour crier au scandale; que le journal du parti ultra-clérical, le Record, avait épuisé contre lui toutes les flèches empestées de son carquois, et que le Moming Advertiser lui-même, journal libéral mais infecté de puritanisme intolérant, avait dénoncé comme impie aux tavernes dont il manufacture l'opinion, un homme qui osait être un philosophe.

Et cependant, M. John Stuart Mill a été élu ; il a été élu, en opposition à M. W. H. Smith, que servaient son opulence, l'énergique appui des chefs les plus influents du parti conservatiste et le patronage de l'aristocratie ; il a été élu concurremment avec le capitaine Grosvenor, qui n'a eu sur lui que l'avantage de cinq voix.

Ici, vous allez vous écrier, sans doute : c Eh ! que peut-il donc y avoir de si glorieux à obtenir le même nombre de voix que le capitaine Grosvenor? Est-ce donc un homme si éminent que ce capitaine dont nous entendons parler aujourd'hui pour la première fois? » Eh bien non, ce n'est pas un homme éminent du tout que ce capitaine. Il est un proverbe qui dit : c Le chameau se connaît quand il passe sous une montagne. y> Ce que le chameau est à la montagne, le capitaine Grosvenor l'est à John Stuart Mill. Mais il faut vivre en Angleterre pour savoir ce que c'est que d'appartenir à la famille des Gros-

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