‹ Dix ans de l'histoire d'Angleterre (volume 4)Chapitre 71 sur 117 · PHYSIONOMIE DES ÉLECTIONS EN ANGLETERRE · texte numérisé non relu

PHYSIONOMIE DES ÉLECTIONS EN ANGLETERRE

Voyons, par exemple, comment les élections se pratiquent ici.

L'avalanche des professions de foi qui roule en pareille circonstance; l'inondation de placards et de discours qu'il faut subir; les savantes manœuvres financières des candidats, aidées au besoin par le regard caressant et les douces paroles de leurs femmes ou de leurs filles; les canvassers ou solliciteurs, mâles et femelles, courant de boutique en boutique quêter des votes ; les cabarets remplis de buveurs célébrant, pintes en main, les vertus du citoyen de leur choix, à ses frais ; les moyens de transport fournis à l'électeur retardataire ou paresseux par la prévoyance prodigue du futur élu ; les acclamations assourdissantes luttant de puissance, au pied des hustings, avec des grognements soutenus par des décharges de coups de pierres ou une fusillade d'œufs pourris ; les luttes où l'on verse des torrents... de bière toujours, et des gouttes de sang quelquefois, tout cela, ainsi que certains journaux anglais voudraient nous le faire croire, appartient-il exclusivement à l'histoire du passé? Non.

Aujourd'hui, comme autrefois, quoiqu'à un moindre degré, la plutocratie, dans chaque élection, est forcée de faire sa cour àlapotocratie; aujourd'hui, comme autrefois, quoique sur une échelle beaucoup plus resreinte et avec des circonstances moins scandaleuses, chaque élection présente un curieux mélange de corruption et de passion, de vénalité et de patriotisme ; aujourd'hui, comme autrefois, les candidats doivent se résigner à de grands sacrifices d'argent et de dignité personnelle; aujourd'hui, comme autrefois, une élection vivement contestée peut, selon les circonstances, donner lieu à des scènes de violence et de désordre.

Pour ce qui est de la corruption électorale, je n'ignore pas que par le « Corrupt practices Act », on a cherché a y mettre un terme; je sais que les tentatives de corruption

entraînent, quand elles sont bien constatées, la privation du droit de suffrage; je ne nie pas qu'il n'y ait une élection auditor chargé de contrôler les dépenses faites en vue de 'élection; je reconnais enfin que le parlement a, pour cause de vénalité, cassé des élections et même mis en interdit des collèges : témoin les quatre bourgs auxquels le droit de suffrage a été retiré depuis 1852. Mais ce que je sais aussi et ce que je dois à la vérité de dire, c'est que, la corruption électorale n'ayant pas encore été bannie des mœurs, la loi est éludée très fréquemment et la sévérité de la jurisprudence parlementaire très fréquemment déjouée.

Comme les frais généraux de l'élection, et ce n'est pas une petite affaire, sont à la charge des candidats; comme il leur faut payer pour la location des salles où les comités se réunissent, payer pour l'impression de nombreuses circulaires et d'innombrables placards, payer pour l'affichage d'annonces de toute dimension et de toute couleur, payer pour la construction des hustings ou échafaudages du haut desquels ils ont à haranguer le peuple, payer pour la construction des baraques où a lieu le polly c'est-à-dire l'enregistrement des votes, payer pour l'emploi des constables supplémentaires, etc., etc.. on conçoit qu'ils aient mille moyens de faire servir de voile aux dépenses illicites les dépenses permises.

Ce fut au mois d'août 1854, si j'ai bonne mémoire, que fut promulguée la loi intitulée : Corrupt practices Act, et je me souviens qu'à cette occasion un débat animé s'engagea sur la question de savoir si l'on rangerait au nombre des dépenses licites le payement par le candidat des frais de déplacement encourus par l'électeur venu de loin. Ceux qui étaient pour l'affirmative ne manquaient pas de prétendre qu'on ne corrompait pas un électeur pauvre, par cela seul qu'on le mettait en état d'exercer son droit de vote ; mais ceux qui étaient pour la négative prou-

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