‹ Dix ans de l'histoire d'Angleterre (volume 4)Chapitre 72 sur 117 · PHYSIONOMIE DES ELECTIONS EN ANGLETERRE · texte numérisé non relu

PHYSIONOMIE DES ELECTIONS EN ANGLETERRE

Tèrent fort bien que cette pratique n'était qu'un moyen détourné d'acheter des suffrages.

L'acte de 1854 interdit les banquets tenus la veille ou le jour du vote, aux frais du candidat : soit; mais comment interdire à un certain nombre d'électeurs de boire en commun, si bon leur semble, lorsqu'ils sont censés payer.

De même, l'acte de 1854 défend au candidat toute dépense de cocarde, de drapeaux, de bannières, d'instruments de musique; mais les bannières et les bandes des musiciens n'en figurent pas moins impunément parmi les procédés électoraux, tant que ce n'est pas le candidat qui est censé payer.

A quoi se réduit donc, en matière de corruption électorale, l'influence de la loi? A peu de chose, en vérité ? On tourne l'obstacle, voilà tout; et il en sera de la sorte, je le répète, tant que la réforme ne sera pas introduite dans les mœurs.

Sous ce rapport, M. John Stuart Mill, lorsqu'il a déclaré ne vouloir pas dépenser un farthing pour son élection, a pris une initiative qui, espérons-le, portera ses fruits; mais je crains fort que ce ne soit pas de sitôt.

Quant aux désordres dont les élections en Angleterre ont pendant si longtemps fourni le spectacle, je m'étonne à cet égard des commentaires optimistes du Daily Telegraph.

Est-ce qu'à Nottingham et à Hudderûeld, l'émeute ne s'est pas élevée à des proportions telles, qu'il a fallu lire le « Riot Act » et appeler en hâte la force armée ?

Est-ce qu'à Grantham et à Leicester, une foule furieuse i^'a pas cassé les vitres des maisons qui abritaient des électeurs impopulaires et livré bataille à la police?

Est-ce qu'à Carlisle, le candidat libéral, M. Edmond Potter, et le candidat conservatiste, M. Nicholson Hodgson, n'ont pas été, ainsi que le maire de la ville, hués

outrageusement, assaillis sur les hustings^ et couverts de suie?

Est-ce qu'à Derby, M. Bass, dès son arrivée sur les hustings, n'a pas reçu toute sorte de projectiles, y compris des sacs à noir, des harengs pourris et des chats morts?

Est-ce qu'à Taunton, il n'y a pas eu un combat en règle entre les libéraux et les conservatistes?

Est-ce qu'àNewport, dans Tile de Wight, on n'a pas vu, le jour de la lutte électorale, les œufs et les pierres pleuvoir comme grêle?

Est-ce qu'à Bristol, un homme nommé Humphreys n'en a pas tué un autre?

A Cheltenham, où le bleu était la couleur du parti conservatisle, et le jaune celle du parti libéral, est-ce qu'un certain Glass n'a pas renversé mort, en lui tirant un coup de pistolet dans la mâchoire, un certain Lynes^j qui acclamait la couleur jaune?... I

Mais la liste des épisodes de ce genre serait trop longue : les traits qne je viens d'indiquer suffisent.

Et notez bien que ces désordres, ces violences, ces fureurs, ne s'expliquent même point par le caractère des circonstances ; car on ne s'est battu, cette fois, ni pour! un grand principe,une grande idée, ni pour un grandiatérét. Rien qui fût de nature à enflammer les esprits, k passionner les âmes. C'est à peine si la question d'une réforme parlementaire a été sérieusement en jeu. La lutte était entre des noms et des noms!

En présence de pareils scandales, on est amené naturellement à se demander si les procédés électoraux ea Angleterre ne pourraient pas être modifiés avec avantage, et si de graves inconvénients ne sont pas attachés à b présence des candidats sur les hustings.

En premier lieu, il n'est guère facile de comprendre en quoi cette exhibition de la personne du candidat est utile.]

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