‹ Dix ans de l'histoire d'Angleterre (volume 4)Chapitre 8 sur 117 · QUAND LE UENAUD PRÊCHE · texte numérisé non relu

QUAND LE UENAUD PRÊCHE

Qu'il y ait, dans des maisons fermées à tous les regards et dont le pouvoir civil ne franchit pas le seuil, des congrégations d'hommes liés par serment à la pratique du célibat, vivant d'une vie aussi étrangère aux devoirs de la société qu'aux prescriptions de la nature et cultivant dans Tombre la plante vénéneuse du fanatisme, voilà ce qui a été depuis longtemps interdit en Angleterre par la loi, et voilà ce que n'a point permis même l'acte d'émancipation des catholiques. Mais le protestantisme anglais d'aujourd'hui n'est plus, grâce à Dieu, ce qu'il était au temps d'Elisabeth, ou sous le protectorat de Cromwell, ou sous le règne de George III, ou enfin sous le règne de George IV. Le respect de la liberté de conscience et de la liberté individuelle est un sentiment qui se trouve avoir ici acquis tant de force, qu'on y laisse volontiers sommeiller toute loi marquée au coin de la contrainte. Les oratoriens du Strand purent donc procéder tout à leur aise à l'exhibition de leurs personnes, sans courir d'autre danger que celui d'être montrés au doigt par les gavroches du lieu.

A l'heure qu'il est, c'est dans le quartier de Brompton, riant asile des lorettes et des jolies femmes déclassées de Londres, que les « frères t> ont établi leur pénates, afin, je le suppose, d'avoir le plus de pécheresses possible è convertir.

De fait, ce qui semble les caractériser, c'est une insatiable passion de prosélytisme, et, s'il faut en croire des rapports qu'on dit fidèles, les habitants de Brompton regardent ces saints personnages — je me sers d'une expression du Daily Telegraph, journal quelque peu profane, — comme autantde chats catholiques à l'affût de souris protestantes.

Ce n'était pas précisément dans ce but que l'institut de ^confrérie de la Trinité avait été fondé. Donner des secours aux pèlerins, instruire la jeunesse, élever des clercs pour l'Églisg et prêcher la parole de Dieu, telle

était la mission terrestre assignée aux oratoriens par leurs fondateurs, soit d'Italie, soit de France, et Thistoijre ne nous apprend pas que Malebranche et Massillon aient passé leur temps à guetter des souris quelconques. Hais que voulez-vous que fassent des oratoriens en plein pays protestant, sinon cela?

Voici ce qui en est advenu :

Vivait dans le quartier où les sectateurs saxons de Philippe Néri ont transporté leurs dieux lares... pardon! je crois que je m'exprime comme un païen... une certaine mistress Dermot. Cette femme est très respectable, au dire du révérend Frédérik Blunt; elle aime ses enfants; elle pourvoit à leurs besoins, au moyen d'une petite pension que lui fait la charitable comtesse de Durham et d'un ravail assidu. Mais ce révérend Frédérik Blunt est un protestant fieffé, d'où il résulte que nos oratoriens insistent pour qu'on ne croie pas un seul mot de ce qu'il dit; et, quant à mistress Dermot, elle ose être protestante, elle est veuve d'un mari catholique et mère d'une fille élevée dans le catholicisme, d'où il résulte que nos oratoriens la tiennent pour une femme exécrable. Partant de là, ils ont cru faire œuvre pie en arrachant la fille à sa mère.

La chose était d'autant plus urgente, que la jeune personne, qui est jolie et n'a que seize ans, avait donné des signes d'hésitation religieuse; elle était allée jusqu'à dire que les <c frères > lui inspiraient une sorte de terreur; que, lorsqu'elle en apercevait un dans la rue, elle cherchait à le fuir, de peur d'être questionnée.

Un beau jour, elle disparut.

Déjà, à une époque où elle était incontestablement mineure, le « frère > Bowden, chez qui la piété n'a pas attendu le nombre des années — car il est jeune, lui aussi, — avait très vivement engagé la petite Eliza à déserter ie foyer maternel, poussant ainsi le zèle jusqu'à la soif du

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