‹ Dix ans de l'histoire d'Angleterre (volume 4)Chapitre 88 sur 117 · M. ADAMS ET LORD RUSSELL · texte numérisé non relu

M. ADAMS ET LORD RUSSELL

Pour justifier son altitude négative, lord Russell se rejette en premier lieu s|ir ce que VAlabama est sorti des ports de Liverpool à l'insu du gouvernement, sous un faux prétexte ; sur ce qu'il n'a pa^ dépendu des ministres anglais d'empêcher le mal dont on se plaint; sur ce que le vrai point à décider est de savoir, non pas si le commerce des États-Unis a souffert, mais si le gouvernement anglais a rempli avec bonne foi les devoirs de la neutralité. Or la bonne foi du gouvernement anglais, selon son organe officiel, résulte manifestement de ses efforts pour rendre effectives les dispositions du Foreign Enlistment Act.

Faible argument, il faut bien le reconnaître! Ce que M. Âdams reproche au gouvernement anglais, c'est d'avoir manqué, non de bonne foi, mais de vigilance, et certes il est diflficile d'admettre que cette vigilance eût été aussi aisément et aussi souvent déjouée si elle avait été sérieuse. Il n'est pas douteux que les employés du port de Liverpool ne fussent de connivence avec les confédérés. Il est notoire que, si VAlabama réussit à sortir du port de cette ville, ce fut grâce à la négligence du bureau des douanes, qui ne vit pas ce qu'il ne voulait pas voir. Il est certain que, depuis le commencement de sa carrière jusqu'à ITieure qui marqua sa destruction, le navire maudit par l'Amérique eut à plusieurs reprises l'occasion d'aborder à des ports placés sous la juridiction de la reine d'Angleterre, et que sa présence y fut saluée par des transports de sympathie voisins de l'enthousiasme. Qu'importe qu'il y ait dans ce pays un Foreign Enlistment Act, si cet acte n'empêche rien? Que signifient des lois faites dans le but de garantir l'observation stricte de la neutralité, mais faites de manière à manquer leur but? Et pourquoi ne pas demander au parlement de les changer, dès que leur insuffisance était prouvée? C'estce dont le gouvernement des Klais-Unis avait Joniié l'exemple, dans un cas tout sembla-

ble, SOUS la présidence de Madison. Mais ce qu'il n'héâta point alors à accorder au Portugal^ l'Angleterre le refuse : que conclure d'un pareil refus en pareilles circonstances?

Il est rare que, dans les querelles de diplomate à diplomate, les précédents ne soient pas invoqués; voici ceux <iont lord Russell s'arme contre M. Adams :

En 1815, le gouvernement espagnol n'obtînt aucune indemnité pour les pertes infligées au commerce espagnol par les vaisseaux armés en course, sortis des ports 4e l'Amérique. En 1818, le gouvernement portugais ayant eu même sujet de plainte, ses réclamations ne furent pas admises, et, lorsqu'en 1820 il les présenta de nouveau, il lui fut répondu que <;: le gouvernement des États-Unis n'était pas responsable des actes commis en dehors de sa juridiction et indépendants de son contrôle "». A cela M. Adams réplique que, dans la lettre de lord Russell, les faits ne sont pas rappelés avec exactitude : en réalité, le gouvernement des Etats-Unis ne refusa pas d'indemniser les citoyens espagnols et portugais qui avaient souffert de la violation des devoirs de la neutralité par les États- Unis; car diverses réclamations des sec(ynds furent déclarées valables, et, quant à celles des premiers, elles furent comprises dans un règlement de comptes général entre les deux pays, a Au reste, ajoute le ministre américain, — et ce passage de la correspondance est au plus haut point digne de remarque, — alors même qu'il serait vrai que le gouvernement des États-Unis refusa, il y a un demi-siècle, de se rendre aux justes réclamations d'autres puissances, ce ne serait pas une raison pour qu'elles en fissent autant aujourd'hui. y>

Cette doctrine, je le sais, n'a pas chance de faire fortune en Angleterre; mais j'estime que c'est la bonne. Le Daily Telegraph s'écrie qu'à ce compte les précédents ne serviraient plus de rien : erreur ! ils serviraient, quand il y aurait lieu de les invoquer, c'est-à-dire en tout ce qui

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