M. ADAMS ET LORD RUSSELL. 34S
esl question d'usages, et ils ne serviraient plus de rien, comme il est bon que <;ela soit, quand il s'agit de justice. Car que deviendrait la morale, si, pour être fondé à en violer aujourd'hui les lois, il suffisait de montrer qu'elles furent violées il y a quelque cinquante ans? Et à quoi se réduirait le progrès de la civilisation si, pour avoir le droit d'éterniser le mal, il suffisait d'en écrire l'histoire?' Le Daily Telegraph affirme que le code qui a jusqu'à ce jour réglé les devoirs de la vie nationale est principalement basé sur des exemples historiques. Si la remarque est juste, tant pis pour ce code; il faut le changer, et le plus tôt sera le mieux. Je m'atlends à voir ici beaucoup de gens rire de cette prétention de M. Adams de vouloir donner la justice pour base à la théorie des rapports internationaux; ils diront que c'est bâtir sur des nuages; ils diront, à l'exemple du Daily Telegraph , que tout appel à la conscience est fautif, attendu que c il n'y a pas deux consciences qui se ressemblent )» ; ils diront, à l'exemple de M. Lowe dans un récent débat de la (Ihambre des communes, € que les droits naturels n'existent pas et sont aujourd'hui un sujet de risée chez tout peuple civilisé ». Eh bien, au risque d'encourir le dédain de ces penseurs pratiques^ je soutiens, moi,*que les mots droit, justicej conscience, ne sont pas de vains mots ; je soutiens que lesidées qu'ils expriment fournissent la solution pacifique et universellement acceptable de questions qui, sans elles, seraient insolubles ou n'auraient d'autre solution possible que le recours à la force. Le juste, c'est la perception in- ^tinctive de l'utile par tous les hommes. Niera-t-on qu'il y ait des choses à l'égard desquelles cette perception instinctive se trouve chez tous? On peut différer, on a longtemps différé, et l'on différera longtemps encore, sur la manière d'entendre tel ou tel fait historique, sur l'interprétation à donner à tel ou tel précédent ; mais, qu'il s'agisse de décider s'il convient de voler, de mentir, de
tuer un innocent, de trahir un bienfaiteur, de voler en petit ou en grand, combien Irouvera-t-on d'hommes qui diffèrent? La raison, trop souvent, divise : c'est la con science qui unit.