LA SOUSCRIPTION A L'EMPRUNT DES CONFÉDÉRÉS
authenticité. Les jours suivants, elle s'étala dans les colonnes de plusieurs journaux de Londres, d'où elle passa dans celles de plusieurs journaux de province. Enfin, le Morning Star s'en empara, et en fit le sujet d'âpres commentaires dirigés, bien entendu, contre les souscripteurs qu'on désignait.
Le Morning Star est, comme vous le savez, le Moniteur de l'école de Manchester; c'est l'organe du Caïus Gracchus de l'Angleterre, M. John Bright. Quand la presse anglaise presque tout entière chantait chaque matin des hymnes en l'honneur des confédérés et n'avait pour les fédéraux que des injures, le Morning Star était le seul journal quotidien de Londres qui, avec le Daily NewSy osât nager contre le torrent. Vous pouvez juger d'après cela s'il s'est cru tenu à de grands ménagements envers les personnages qu'on accusait d'avoir, dans l'ombre, soutenu de leur argent la cause des planteurs.
De fait, si l'accusation s'était trouvée fondée, rien de plus odieux que leur conduite. On se serait expliqué alors — et d,e quelle façon, juste ciel! — les étranges témoignages de sympathie dont, dans ses discours de tournée^ M. Gladstone s'était montré si prodigue à l'égard des propriétaires d'hommes? on aurait trop bien su pourquoi le Times leur avait prêté un appui si passionné, et pourquoi M. Sampson avait travaillé avec tant de persévérance àépauler leur crédit, et pourquoi M. Béresford Hope s'était un jour avisé d'aller chercher dans la Bible la justification de l'esclavage.
Heureusement, la liste fatale paraît devoir être rangée au nombre des inventions transatlantiques. Les parties intéressées nient, protestent, crient à la calomnie ; et le Morning Star, pour avoir un instant mis en doute leur vertu, se voit soudain assailli de milles flèches. Le Times prend envers le journal de M. Bright un ton qui est tout à fait celui de l'innocence outragée. La Saturday Review, au nom
dessalons dorés et des clubs uUra-liUéraîres, tonne contre le goût des attaques personnelles et la tendance à fournir un aliment au scandale. Ldi Pall Mail Gazette , sous le titre de : un Pharisien radical y publie un article où elle reproche diXiMorning Star de manquer de savoir vivre, et à l'école de Manchester d'avoir quelque chose de fort bourru» Ainsi, M. Bright et les siens n'ont qu'à se bien tenir !
Franchement, je ne puis m'empêcher d'être surpris d& ce terrible déchaînement de colères, de la part de feuille» que l'accusation ne concerne en rien. Je comprends que ceux-là tancent vivement le Morning Star y qui ont été par lui vivement tancés ; mais les excommunications lancée» par la Saturday Review et la Pall Mail Gazette me semblant peu d'accord avec le sentiment qu'on doit se faire, dans un pays libre, des droits et des devoirs de la presse.
Il est possible que le Morning Star se soit trop pressé d'ajouter foi à l'authenticité de la liste dont il s'agit, bien que cette authenticité fût affirmée par desjournaux'américains d'un caractère semi-officiel; mais, dès qu'il y croyait, son devoir était de flétrir énergiquement une conduite qui, dans cette hypothèse, eût été réellement digne de flétrissure. Etre à la tête d'un puissant journal^ posséder le pouvoir d'influer sur les événements, soit d'une manière directe soit par le mouvement imprimé à l'opinion, et se servir de ce pouvoir pour faire pencher la balance de tel ou tel côté, dans des questions d'une gravité immense, en laissant ignorer au public les motifs d'intérêt personnel dont on subit l'empire, quoi de plus blâmable, je le demande?
Il est vrai qu'il s'agissait, dans ce cas, de personnages haut placés ! ^ Ne touchez pas à la reine ! » Toujours la fable des animaux malades de la peste !
et les simples mâtins.
Au dire de chacun, étaient de petits saints^.
UORT DE PALBIERSTON. 319*
Notez que, de tous les journaux qui existent et qui ont jamais existé, le plus prompt à substituer J es personnalités aux arguments^ le plus habile à distiller l'injure ou à manier l'.arme du mépris, c'est le très aristocratique journal qui, sous le nom de Saturday Revieu\ est arrivé* précisément par ces moyens à compter et à s'imposer. Il n'y a pas longtemps, il fut condamné pour diffamation, et,dans ce moment, une autre condamnation de ce genre le menace. Il n'est donc pas aussi Pbilinte qu'il voudrait le paraître cette fois, et ce n'est guère à lui, en tout cas, qu'il appartient de prêcher aux Alceste de l'école de M. Brîght la bienveillance des manières et la douceur da langage.
Au reste, ce qu'il y a d'important dans le fait que je» vous signale, c'est moins le fait en lui-même que la leçon< qu'il renferme.
Avant que les confédérés fussent battus, tenir pour eux était non seulement une preuve de bon jugement, mais une preuve de bon goût et de bonne éducation. On n*était un gentleman qu'à ce prix, Dieu me pardonne! Dans le monde oiBcicl et dans le monde fashionable, c'était à qui se ferait honneur d'appuyer les héros du Sud contre cette canaille du Nord. C'était un acte de vertu, alors,, que de souscrire à l'emprunt des confédérés. Aujourd'hui, si l'on vous accuse d'avoir cédé à cette tentation, c'est une oiTense. succès, voilà de tes coups!
MORT DE PALMERSTON, CE ftUE LA BELGIÛUE DOIT