MORT DE PALMERSTON
élu roi de Belgique parle congrès. Si la couronne offerte à ce prince tomba par terre; si l'Angleterre la ramassa et parvint à la poser sur la tête de Léopold, ce fut uniquement par suite de la modération de Louis-Philippe, bien résolu alors à ne sacrifier à aucune considération, pas même à un intérêt de famille, l'alliance de l'Angleterre et la paix. Lord Palmerston n'eut pas besoin d'un grand effort de génie pour enlever à Louis-Philippe ce dont Louis-Philippe avait, dès le début des négociations, déclaré ne vouloir à aucun prix, et l'on ne saurait le louer d'avoir, en cette circonstance, joué M. de Talleyrand, puisque, au lieu d'être son adversaire, M. de Talleyrand fut son allié.
Quant à ceux qui rapportent si complaisamment à lord Palmerston le mérite d'un choix dont les Belges n'ont pas eu, j'en conviens, sujet de se plaindre, on peut leur répondre que ce choix n'a été bon que parce que le peuple belge l'a rendu tel en se montrant capable et digne de la liberté. La prospérité des Belges a été le prix de leur industrie, comme leur indépendance avait été le prix de leur courage. Voilà ce qu'il convient de ne pas oublier. Ce qu'ils ont dû à la sagesse du roi dont leur fit présent la conférence de Londres, c'est d'avoir pu sans obstacle se faire à eux-mêmes leurs destinées ; mais les proclamer, à <îause de cela, débiteurs de lord Palmerston, c'est se moquer.
Il fut, dit-on, l'inspirateur de la conférence de Londres. Soit. Mais a-t-onoubliécommentla conférence de Londres en vint à transformer ce qui semblait n'être d'abord qu'une sorte de médiation philanthropique en un arbitrage impérieux qui n'admettait ni résistance ni appel ? Eh ! que fut-elle donc, cette conférence de Londres, sinon un nouveau congrès de Vienne, formé d'après cet étrange principe qu'il appartient aux grandes puissances <le dfsposer, selon leur caprice, du sort des petits Etals !
Au surplus, de quelle manière la conférence de Londres se montra-t-elle, sous l'influence de lord Palmerslon, disposée à Tégard de la Belgique? Appelée à trancher, en vertu de son omnipotence usurpée, les questions relatives à la possession du Luxembourg, du Limbourg, de la rive gauche de TEscaut, et au payement des dettes contractées par les deux pays réunis, ne le fît-elle pas^ tout d*abord, dans un sens absolument contraire aux plus chers intérêts de la Belgique? Ne décida-t-elle point, dans son protocole du 20 janvier 1831, que « le grand-duché de Luxembourg, possédé à un titre particulier par les princes de la maison de Nassau, faisait et continuerait de faire partie de la confédération germanique » ? Dans le même protocole, ne donna-t-elle pas implicitement à la question du Limbourg une solution favorable aux prétentions de la Hollande? Quelques jours après, dans son protocole du 27 janvier, n'essaya-t-elle pas d'achever la ruine de la Belgique en lui refusant d'une façon détournée la possession de la rive gauche de l'Escaut, et en proposant de mettre à la charge des Belges le 16/31 des dettes du royaume prises en masse et sans acception d'origine. Et aux protestations de la Belgique indignée, le protocole du 18 février 1831, qui porte la signature de lord Palmerston, ne répondit-il pas que les arrangements arrêtés étaient fondamentaux et irrévocables^
Il est vrai que ces iXTV3ingemenis fondamentaux et irrévocables finirent par être mis de côté. Mais, si le traité DES 18 ARTICLES renvcTsa les bases posées dans les protocoles des 10 et 27 janvier ; si la question du Luxembourg fut alors déclarée distincte delà question hollando-belge; si les Belges furent autorisés à garder, durant le litige, le grand-duché, qu'ils occupaient; si on leur concéda, dans la ville de Maestricht, la part de souveraineté qui, en 1790, n'appartenait pas à la Hollande; si la Belgique reçut toutes les garanties qui lui faisaient désirer la pos-