CE QUE PALMERSTON A FAIT POUR LA POLOGNE
€ Le soussigné, en réponse à la note que lui a présentée Tambassadeur de France à l'effet d'engager le gouvernement britannique à intervetiir, de ooncertavec la France, dans les affaires de Pologne par une médiation qui aurait pour but d'arrêter l'effusion du sang et de procurer à lli Pologne une existence politique et nationale, a l'honneur d'informer S. Exe. le prince de Talleyrand que malgré tous les désirs que pourrait avoir le roi de la Grande- Êretogne de concourir a'vec le roi des Français à toute démarche qui pourrait consolider la paix de l'Europe, surtout à celle qui aurait pour effet de faire cesser la guerre d'extermination dont la Pologne est aujourd'hui Je théâtre, S. M. se voit forcée de déclarer qu'une médiation tout officieuse, vu l'état actuel des événements^ ne manquerait pas d'être refusée par la Russie, d'autant plus que le cabinet de Saint-Pétersbourg vient de rejeter les offres de ce genre qui lui ont été faites par la France; que, par conséqjaent, l'intervention des deux cours, pour être effective, devrait avoir lieu de manière à être appuyée en cas de refus. Le roi d'Angleterre ne croit devoir adopter aucunement cette dernière alternative. L'influence que peut avoir la guerre sur la tranquillité des autres États n'est pas telle qu'elle doive nécessiter ces démarches, et les relations franches et amicales qui existent entre labour de Saint-Pétersbourg et S. M. ne lui permettent pas de les entreprendre. S. M. B, se voit donc forcée de décliner (to décline) la proposition que vient de lui transmettre S. Exe. le prince de Talleyrand par sa note du 20 juin, jugeant que le temps n'est pas encore venu de pouvoir l'entreprendre avec succès contre le gré d'un souverain dont les droits sont incontestables, Pourtant S. M. charge le soussigné de témoigner à S. Ëxc. l'ambassadeur de France combien son cœur souffre de voir tous les ravages qui ont lieu en Pologne, et de lui assurer qu'elle fera tout ce que ses relations amicales
avec la Russie lui permettent pour y mettre fin, et que déjà des instructions ont été données à l'ambassadeur de S. M. à Saint-Pétersbourg pour déclarer qu'elle tiendra à ce que l'existence politique de la Pologne établie en 1815, ainsi que ses institutions nationales, lui soient conservées,
> Signé : Palmerston. >
Ainsi, dans le temps même où, en ce qui touchait la Belgique, lord Palmerston regardait comme non avenus — en quoi il avait raison — les traités de 1815, il les proclamait inviolables, par une note destinée à rester secrète en ce qui touchait la Pologne! Dans le temps même où il violait le principe de non-intervention contre le faible roi de Hollande, il s'étudiait à empêcher qu'on ne le violât contre le puissant empereur de Russie! Dans le temps même où il agissait comme si les traités de 1815 n'eussent donné aucun droit au premier, il justifiait par ces traités Vdiïr\Tin2Li\oii des droits incontestables dusecond! Dans le temps même où il se donnait, à Bruxelles, pour le protecteur des peuples qui revendiquent leur indépendance, il mettait secrètement obstacle aux bonnes dispositions de la France et de l'Autriche envers la Pologne ; ce qui revenait à livrer la Pologne au couteau !
J'ai dit que l'Angleterre, bien qu'elle se vante d'être la terre classique do la publicité, fut très longtemps sans connaître le document qui vient d'être cité. Lord Palmerston, lorsqu'on Tattaqua dans la Chambre des communes, se garda bien de mettre en avant pour sa défense les raisons alléguées dans sa dépêche au prince de Talleyrand; il se garda bien de parler des droits incontestables de l'empereur de Russie. L'ignorance générale lui peripettant de dire avec impunité tout ce qu'il voulait, il ne se fît point scrupule d'assurer qu'en intervenant en faveur de la Pologne, l'Angleterre n'aurait fait que rendre la situation pire, attendu, osa-t-il affirmer, que, si la Pologne avait
CE QUE PALMERSTON A FAIT POUR LA POLOGNE. 3â9
pour elle l'Angleterre et la France, elle avait contre elle, outre la Russie, la Prusse et V Autriche. Cela s'appelle, dans le vocabulaire des diplomates, de l'habileté!
Puisque j'en suis sur le chapitre de l'habileté, telle qu'on la comprend dans le monde des chancelleries, je dois à la mémoire de lord Palmerston de ne point taire une circonstance qui fait honneur à la souplesse des talents qu'avait développés en lui l'expérience des affaires.
La cause des Polonais inspirant une vive sympathie aux catholiques belges, par suite de la communauté des croyances religieuses, et, M. de Mérode ayant donné à entendre à M. Walewski, lorsqu'ils se rencontrèrent à Londres, que, selon toute apparence, le parti catholique belge voterait dans le congrès pour l'acceptation des 18 articles si l'Angleterre promettait d'intervenir en faveur de la Pologne, de concert avec la France, M. Waleswski crut un moment la partie gagnée. Et, en effet, lord Palmerston, interrogé, n'hésita pas à insinuer que l'acceptation des 18 articles, si ardemment désirée par l'Angleterre, pourrait être un grand service rendu à la Pologne. Là-dessus, un envoyé polonais, M. Zaluski part en toute hâte de Londres pour Bruxelles, où ses démarches contribuèrent à l'acceptation des 18 articles. Mais qu'arriva-t-il? Lord Palmerston ^e se fut pas plus tôt servi, pour atteindre son but, de la sympathie dont les catholiques belges étaient animés à l'égard de leurs frères, égorgés ^un à un sur lesbords de la Vistule, qu'il se hâta d'abandonner la Pologne, et répondit, comme on l'a vu, à Louis-Philippe, qui voulait la secourir : ^ Laissez passer la justice de l'empereur! >