‹ Dix ans de l'histoire d'Angleterre (volume 5)Chapitre 50 sur 62 · COMMENT LES PAUVRES MEURENT · texte numérisé non relu

COMMENT LES PAUVRES MEURENT

37 janyier.

Tne effroyable catastrophe est venue faire diversion, cette semaine, à la politique.

On exploite à Harlley une de ces mines de bouille qui sont pour l'Angleterre des mines d'or. C'est la plus profonde, je crois, qu'il y ait dans ce pays. Des trois couches de houille qu'on traverse en^ plongeant, la dernière est à six cents pieds de la surface du sol. Le puits de mine, il y a quelques jours seu.ement, était divisé, dans toute sa longueur, par une forte cloison de bois formant deux compartiments : l'un pour descendre, l'autre pour remonter, et servant à la ventilation. Le puits ayant été percé dans une masse de terre peu compacte, il avait fallu en revêtir les parois d'une solide charpente; et, la mine étant exposée à des inondations, il avait fallu combattre l'eau par l'établissement d'une gigantesque machine contiguê au puits, et dont le balancier de fer ne pesait pas moins de quarante tonneaux.

Le 16 janvier, à dix heures du matin, on était en train de relayer les bouilleurs de service, et la banne de fer, dans laquelle huit d'entre "eux remontaient, venait d'atteindre le milieu de sa course, lorsque tout à coup le balancier de l'énorme machine se rompant, la moitié qui faisait saillie tombe dans le gouffre avec le bruit du ton-

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nerre, écrasant dans sa chute la cloison de bois, déchirant les revêtements du puits, et entraînant avec elle une avalanche de décombres. La banne avait été heurtée au passage et en partie brisée. Trois de ceux qu'elle portait s'y maintiennent cependant; les cinq autres sont précipités dans Tabîme, où deux meurent sur-le-champ, et trois après une courte agonie. Ce n'était que le premier acte de l'épouvantable drame. Les débris accumulés dans le fond interceptant toute communication entre le monde d'en haut et le monde d'en bas, deux cent quatorze ouvriers^ qui travaillaient dans la dernière couche, se trouvaient enterrés vifs!

Y avait-il moyen de les sauver ? La rupture du balancier de la machine était une circonstance doublement terrible,, rien n'empêchant plus l'eau de pénétrer dans la mine... Un espoir restait, toutefois. Comme moyen additionnel de ventilation, on avait pratiqué une bured'aérage par laquelle, à l'aide d'une échelle, il était possible de monter de la troisième couche à la seconde. Si l'on parvenait à déblayer les décombres qui fermaient le passage, peutêtre tuut ne serait-il pas perdu. L'entreprise fut abordée avec une immense ardeur : nombre d'ouvriers intrépides et expérimentés se mirent à l'œuvre. Mais la tâche était difficile, les débris qui obstruaient le puits s'élevant jusqu'à la hauteur de la première couche ; et chaque minute de retard semblait un siècle. Dans la journée du 1 7 et dans celle du 18,on tenta, pour se faire jour jusqu'aux travailleurs ensevelis, tout ce que peut suggérer l'intelligence animée par le dévouement et servie par le courage. Le 17, jusqu'à minuit, on avait entendu un bruit souterrain indiquant que les malheureux, emprisonnés dans les entrailles de la terre, s'elTorçaient de travailler eux-mêmes à leur délivrance; mais, à partir de ce moment, on n'entendit plus rien...

Pendant ce temps, une foule consternée se pressait en haut, dans le voisinage du puits fatal, sur la terre des vi*

vants. Des médecins étaient accourus, prêts à offrir leurs services. Aux regards égarés, au visage pâle de beaucoup de femmes, ii n'était que trop aisé de deviner que tout ce qu'elles avaient de cher au monde se trouvait contenu au fond de Fabtme. Une d'elles, nommée Oliver, avait là son mari et six enfants! Il y a des scènes qui ne se peuvent décrire. Quelles heures pleines d'angoisse ! que d'inexprimables tortures ! Avec quelle fièvre d'impatience on interrogeait quiconque était descendu dans ces profondeurs sur ce qui s'y passait, sur ce qu'on avait à craindre, sur ce qu'il était encore possible d'espérer.

Une chose horrible à penser, c'est que les travaux de déblaiement, poussés sans relâche depuis le 16, se trouvèrent interrompus, dans la matinée du 20, par la néces< site de pourvoir à la sûreté des travailleurs, parce que les faces intérieures du puits de mine ayant été, pour ainsi dire, mises à nu parla chute de la charpente qui les recouvrait, et l'eau filtrant à travers les pierres mal jointes, un éboulement était devenu, non seulement possible mais probable. Pour comble de malheur, lorsque, après ce délai nécessaire mais formidable, les opérations eurent été reprises, et qu'une ouverture eut été enfin pratiquée dans les débris, on s'aperçut qu'il s'échappait du fond de la mine un gaz meurtrier, dont on put juger dès lors que ceux qu'on cherchait à sauver avaient péri victimes. Il y avait grand danger à braver ce nouvel ennemi. Plusieurs, néanmoins, mirent à le braver un courage héroïque. On en remonta quelques-uns qui, lorsqu'ils furent rendus au jour, ressemblaient presque à des cadavres. Abrégeons ces navrants détails. Le 22, on connaissait tout. Un homme au cœur indomptable était descendu dans le puits avec la résolution de pénétrer, par l'ouverture pratiquée dans la galerie, jusqu'à la région inférieure, et, lorsqu'il était remonté, il avait raconté, au bruit des sanglots, que ceux qu'on cherchait étaient morts : il les avait vus. Quelques-

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