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aurail formé des citoyens, ce qui est sa besogne, et aurait abandonné à qui de droit le soin de former des churchmeriy des hommes d'église. '
Pauvre docteur Hook! Il s'imaginait avoir tout concilié, avoir ménagé aux combattants un terrain neutre, avoir proclamé la trêve de Dieu. Mais les théologiens sont belli-' queux de leur nature, et, au lieu de faire la paix, ils se réunirent pour faire la guerre à qui leur tendait la branche d'olivier. Comment ! il y aurait une éducation purement séculière, à laquelle l'Etal serait chargé de pourvoir! Arrière TËtat ! Un des plus ardents à pousser ce nouveau cri fut M. Edouard Baines. Selon lui, si on laissait intervenir l'État en matière d'éducation* c'en était fait : la logique, l'invincible logique des choses forcerait à mettre tout, absolument tout à la merci du gouvernement : littérature, journaux, chaires sacrées, la nourriture du pauvre, son gîte, et jusqu'à ses haillons. M. Church, un de mes amis, homme de beaucoup de mérite, et qui se distingua fort dans les polémiques de cette époque, répondit aux arguments de M. Edouard Baines par des considérations très piquantes; elles valent qu'on les cite : « En vérité, l'hypocondriaque qui se figurait être fait de verre devait se promener avec un sentiment de sécurité plus profond que celui dont est capable le malheureux qui croit^ jusqu'à ce point à la logique des choses. Étant donné, par exemple, le service de la poste, tel qu'il a été confié au gouvernement, il n'y a pas de raison pour que le gouvernement, en vertu de la logique des choses, ne monopolise absolument tout. S'il est chargé du port des lettres, lesquelles contiennent, non seulement ce que l'homme confie à l'homme, mais ce que l'homme confie à la femme, pourquoi le gouvernement ne seraic-il pas chargé, en même temps que du port de nos lettres, de celui de nos marchandises, voire même de celui de nos personnes ? Ety une fois nanti du monopole d'une seule
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branche du commerce, pourquoi ne le serait-il pas de toutes sans exception? » Et M. Church de demander à M. Edouard Baines pourquoi sa logique à lui, M. Baines, n'était pas aussi rigoureuse que la îogiqm des choses, et pourquoi il n'allait pas jusqu'à conclure à la suppression de la poste nationale ?
Le fait est que, s'il est une question au monde qui requière l'intervention ' de l'État, c'est l'éducation des enfants du pauvre. Impossible d'appliquer raisonnablement à celte question le principe de » l'oiïre et la demande », par la raison bien simple que, de la part du pauvre, trop ignorant pour apprécier les avantages de l'éducation, la demande existe à peine, et par cette raison plus décisive encore que le moyen d'acquérir de l'instruction manque au pauvre d'une manière absolue. Or la société est intéressée au plus haut point à ce qu'un grand nombre desesmembresnecroupissentpasdans celte ignorance où germe le vice, et qui enfante si souvent le crime. Qu'estce à dire? Voici des lois que nous sommes tenus d'observer, sous peine d'un cKâtiment qui est quelquefois terrible, et nous n'aurions pas le droit d'apprendre à l*>s observer! Le droit à l'éducation est contenu nécessairement dans le devoir d'obéissance.
Aussi le principe de l'intervention de l'Étal en matière d'éducation a-t-il fini par triompher, même en Angleterre, où la doctrine du laisses faire a toujours eu de si fortes racines. Seulement, l'application de ce principe ne se présente encore que sous la forme d'un compromis : en d'autres termes, le système, dans sa phase actuelle, consiste dans l'établissement et le maintien d'écoles destinées au pauvre, au moyen de fonds dont une partie provient des ronlrihutions volontaires et dont une partie --. '- —nje pap l'État, sous le nom de annual grants inuels).
les efforts de la bienfaisance privée, en ce qui
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concerne toute école dans laquelle on donne aux enfants une instruction régulière, combinée avec la lecture quotidienne de la Bible d'après la version autorisée, voilà quelle est la mission de ce qu'on appelle le « Privy Council ». Les granls, ou dons annuels, ont été jusqu'à ce jour de trois sortes, savoir : le capitation grant, lequel çst proportionné au nombre d'élèves ; le grant for certificated mas fers, lequel s'applique aux maîtres munis d'un diplôme, et enfin le grant for pupil teacherSy lequel est accordé pour des maîtres plus jeunes et d'un ordre inférieur.
Le capitation grant est donné pour chaque enfant qui a suivi l'école pendant cent soixante-seize jours, et plus, , durant l'année. Il n'esl accordé qu'à la condition que quatorze- sheUings par enfant sont dépensés dans l'école. Le gouvernement a donné, de la sorte, l'année dernière, une somme de 77 000 livres sterling ou 1 925 000 francs.
Le grant for certificated masters est une augmentation de salaire annuellement offerte par l'État aux maîtres munis d'un diplôme. Cette augmentation est de 15 liv. st., pour 30 liv. st. au moins payées au maître par le directeur de l'école. Ce don comprend diverses allocations ayant trait à l'enseignement du dessin, à celui du dialecte gaélique et du langage propre aux habitants du pays de Galles, etc. Les fonds alloués sur ce chapitre se sont élevés, l'année dernière, à la somme de 122 000 liv. st., ou 3 050 000 francs.
Quand au Grant for pupil teachers, il est accordé à ceux d'entre eux qui sont entrés à treize ans au service de l'école et y sont restés cinq ans de suite. Pour la première année, le payement est de 10 liv. st. et monte graduellement jusqu'à 20 liv. st. Le tout est fourni par l'Étal, sans que les directeurs d'école aient à rien donner de leur côté. La dépense a été, l'année dernière, de 300 000 liv. st., ou 7 500 000 francs.
On peut donc évaluer la dépense des trois espèces de grants réunis à une somme annuelle d*à peu près 500 000 liv. st. ou 12 500 000 francs. C'est ce qui constitue à proprement parler, en Angleterre, le budget de l'éducation nationale.
Ce système d'intervention bâtarde de TEtat a des inconvénients considérables.
Et d'abord, il est d'une extrême complication et il impose au « Privy Council » un fardeau très difficile à porter. Vous en aurez une idée lorsque je vous aurai dit — le rapport de M. Lowe sous les yeux — qu'il n'y a pas moins de 6 897 écoles à inspecter, et que le nombre des managers, certificated teachers, assistant teachers, pupii teachers, etc., avec lesquels le « Privy Council » est en rapport, avec lesquels il doit entretenir des correspondances interminables, et auxquels il envoie directement de l'argent, ne s'élève pas à moins de 35 331. C'est une véritable armée, comme vous voyez, et, qui pis est, une armée qui n'a rien des habitudes officielles, qui se soucie fort peu de la discipline, est raisonneuse par essence, aime à écrire de longues lettres et ne tient pas à en recevoir de courtes. Si vous aviez entendu, l'autre jour, M. Lowe se plaindre de la besogne dont ses collègues et lui sont accablés, vous l'auriez plaint, je vous assure.
Mais cette complication du système n'est rien à c6té de ce que M. Lowe a très bien nommé sa partialité. Quel est le nombre des écoles auxquelles le « Privy Council » vient en aide? Je vous l'ai déjà dit : 6 897. Et le nombre de celles qui ne reçoivent aucun secours : 15 952 ! Prenez les paroisses qui sont en rapport avec le « Privy Council > vous en trouverez : dans le comté d'Oxford, 21 sur 339; dans lecomté d'Hereford, 5surl30; dans le comté de Devon, 2 sur 245. Ainsi du reste. Est-ce raisonnable? est-ce politique? est-ce juste?
Ajoutez à cela que les écoles aidées par le c Privy
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Council », quoique fondées pour les enfants du pauvre, ne sont eu réalité d'un grand avantage que pour les enfants qui appartiennent à une classe aisée, parce que ceux-là seuls y peuvent rester longtemps pour profiter de rinstruction qu'on y donne. Passé l'âge de dix ou onze ans, il faut que l'enfant du pauvre sorte de l'école sans qu'on l'en chasse. Ses parents sont là qui le rappellent pour qu'il travaille, lui aussi, comme salarié, et les aide à vivre. Malheureusement, le « Privy Council » ne peut rien à cela, et, sous ce rapport, ce ne sont pas des réformes liées seulement au système de l'éducation publique qui pourraient remédier au mal.
Ce qui est certain, et lord Granville l'a constaté avec tristesse, c'est que, dans les écoles aidées par l'État, le nombre des enfants appelés à suivre les classes devrait être de 2 millions 200 000 et n'est que de 920 000.
Encore si ceux-là, du moins-, recevaient tous une instruction effective, qui se donnent la peine de l'aller chercher où on la trouve! Mais non. En 1858, sur la proposition de J. Pakington, une commission royale fut établie avec mission spéciale de s'enquérir du véritable état des choses. Les inspecteurs des écoles avaient fait de beaux rapports : quels cruels démentis leur donna le rapport, moins complaisant, des commissaires! Ils déclarèrent nettement, ces commissaires impitoyables, que, sur quatre enfants, il y en avait un à peine dont on pût dire qu'il avait reçu quelque instruction.
D'un autre côté, on lit dans un rapport de M. Walkins, cité par M. Lowe, ce passage caractéristique : « Livres instructifs, excellentes cartes de géographie, appareils coûteux : tout cela est aussi disproportionné à l'usage qui en est fait que le serait un parc d'artillerie employé à disperser une troupe de moineaux. »
Une situation pareille nécessitait un prompt remède. De là le Code révisé (revised code), rédigé d'après les
observations présentées par les commissaires dont je parlais tout à l'heure. Mais, ce Code révisé ayant paru luimême susceptible de révision, le g^ouvernemenl y a introduit des changements, ceux qui ont été soumis au jugement des législateurs de ce pays, par lord Clarendon dans la Chambre des lords et par M. Lowe dans la Chambre des communes.
Entrer dans le détail des réformes proposées serait trop long. Qu'il me suffise de vous signaler le point capital. Le gouvernement propose de supprimer tous les divers grants dont je vous ai donné plus haut l'explication, et de les remplacer par un seul, sur les bases que voici : les directeurs d'école auraient droit à deux sous par élève, pour chaque jour de présence, après les cent premiers. Mais il y aurait des examens, et, si le résultat se trouvait être que l'enfant ne sait pas lire, le tiers de la somme serait retenu par le gouvernement, qui retiendrait aussi un tiers si l'enfant se trouvait ne savoir pas compter, et le tout dans le cas où l'enfant ne saurait ni lire, ni écrire, ni compter.
Cela signifie que l'État veut bien continuer à donner de l'argent, mais à la condition que cet argent profitera un peu à ceux pour lesquels il le donne. Rien de plus raisonnable, n'est-ce pas? Car enfin, pourquoi exigerait-on que l'État jetât sa bourse par la fenêtre? Eh bien, vous n'imaginez pas quelle opposition ce projet soulève. ManagerSfCertificated mastersy pupil teachers, et que saisje? poussent des clameurs à faire tomber les corbeaux dans le cirque. On a lancé pamphlets sur pamphlets. Nous avons vu les pétitions, observations, réclamations et protestations pleuvoir dru comme grêle. Ceux à qui l'on veut faire gagner les subsides qu'on leur paye — car il ne s'agit en vérité que de cela, — invoquent la doctrine des droits acquis, se prétendent spoliés par le caractère conditionnel mis au don qu'on leur fait et menacent bien