‹ Dix ans de l'histoire d'Angleterre (volume 5)Chapitre 53 sur 62 · L'ÉDUCATION NATIONALE EN ANGLETERRE · texte numérisé non relu

L'ÉDUCATION NATIONALE EN ANGLETERRE

L'élément religieux interprété par l'esprit de secte, tel est, en effet, l'ennemi qu'à eu à combattre pendant quel-^ que quarante ans et que n'a pas encore vaincu, en Angleterre, le principe de V éducation nationale; le mot d'ordre de toutes les sectes religieuses, depuis les catholiques ultramoiitains jusqu'aux congrégationistes les plus indépendants, ayant toujours été : « Si ce ne sont pas nos dogmes particuliers qu'on enseigne, mieux vaut qu'on n'enseigne rien du tout. »

Ainsi que la Revue de Westminster le rappelait un jour avec beaucoup d'esprit et d'à-propos, l'empereur Charles-ç Quint avait coutume de dire, en parlant de Milan : « Mon cousin François I" et moi, nous nous entendons à merveille, au sujet de Milan : il veut l'avoir, et moi aussi. » C'est justement ce que dit chaque secte au sujet de l'éducation des enfants. Que Milan périsse, Charles-Quint se consolera, pourvu que Milan n'appartienne pas à François I" !

Lorsque, au commencement de ce siècle^ c'est-à-dire à une époque où l'idée de l'intervention de l'État en matière d'éducation ne s'était pas encore présentée aux esprits, le quaker Lancaster ayant proposé de fonder, par voie de contributions volontaires, des écoles où l'enseignement religieux se bornerait à la lecture de la Bible, il s'éleva contre lui, du sein de l'Église d'Angleterre, une clameur terrible. Quoi ! dans le but tout mondain d'attirer aux sources de l'intelligence humaine le plus grand nombre possible d'enfants, on osait proposer de généraliser l'instruction religieuse ! Comme si la Bible suffisait ! comme si le catéchisme particulier de l'Église d'Angleterre n'était pas le pivot nécessaire des connaissances à acquérir pour devenir un homme instruit et un bon citoyen ! Ce Lancaster ne pouvait être qu'un envoyé de Satan. A bas le déiste t C'était le mot dont les fanatiques se servaient alors pour vouer leurs adversaires aux dieux in-

fernaux, et qu'ils ont remplacé, depuis, par le mot godless (sans Dieu), — ceci étant d'ailleurs bien entendu, que les niembres d'une secte quelconque sont toujours godless aux yeux des membres d'une secte rivale.

Cependant, comme dit très bien la Fontaine, on ne peut contenter tout le monde et son père. C'est à quoi se mit à songer un beau matin le docteur Hook, vicaire de Leeds.

A cette époque, l'idée de l'intervention de l'État en matière d'éducation était déjà tombée dans la circulation. En 1839, on avait établi un « comité du conseil pour l'éducation >, et, comme les minutes du conseil recommandaient la fondation d'écoles où l'enseignement religieux aurait un caractère général, la partie spéciale de cet enseignement étant laissée aux ministres des diverses sectes, les dissidents furent pour l'adoption d'un système national, parce qu'ils n'y virent qu'une tendance à arracher l'éducation des mains de l'Église établie, laquelle, de son côté, fut du parti de la résistance. Mais voilà qu'en 1843 il y eut, dans le camp des dissidents, volte-face sur toute la ligne. Sir James Graham ayant présenté son projet pour l'établissement d'écoles manufacturières», ils crurent que la sainte cause de la non-conformité était en péri/, et ils accueillirent l'effort tenté par le gouvernement pour élever la condition intellectuelle des classes ouvrières par le cri de Godless! et de No^popery (pas de papauté)!

Tel était donc l'état des choses, lorsque le docteur Hook, réfléchissant à la difficulté de contenter tout le monde, publia une brochure dans laquelle il proposait que l'État fût chargé de procurer au peuple cette éducation séculière qui n'a que faire des distinctions théologiques. Du reste, un certain temps aurait été consacré à l'instruction religieuse des enfants par les pasteurs des différentes croyances; et, de la sorte, chacun aurait été appelé à remplir la fonction qui lui est propre. L'État

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