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Dix ans de l'histoire d'Angleterre

Adieu à Tannée qui s'en va, et que l'année qui vient soit la bienvenue! C'est pe qu'on dit ici depuis une semaine, et l'on ne dit guère autre chose. Le temps n'est pas, en effet, aux longs discours, mais aux actes. Les actes sont des dîners. Je lisais hier, je ne sais plus ou, que, si un Anglais était emprisonné et gardé à vue comme le Masque ■ de fer, c'est-à-dire de telle sorte que le calcul des mois lui échappât, il serait averti par un infaillible instinct de l'arrivée de Noël. Il est sûr que, pour l'Anglais, Chrislmas est comme une idée innée. Pour l'Anglais, Ghristmas a

cela de commun avec Painour, qu'il est toujours jeune. Quand Christmas approche, l'Anglais le voit approcher, même en dormant. Longtemps à l'avance, il rêve, pendant la nuit, d'oies et de dindons; longtemps à l'avance, il a, pendant le jour, des visions de canards, de poulets, de perdrix, de faisans, de pluviers, de bécasses, de lapins, d'aloyaux. C'est alors qu'au fond du puits de mine, le mineur au visage pâli croit entendre au-dessus de sa tête le joyeux sifflement de la poêle à frire; c'est alors que le punch flamboyant parle au cœur du matelot qui touche au rivage ; c'est alors qu'aux yeux de l'astronome de race saxonne, les taches du soleil apparaissent sous forme de plum-pudding.Et, lorsque Christmas est arrivé, quels prodiges de bombance! Avec quelle étonnante rapidité ils se trouvent avoir disparu, le 26 décembre, les effroyables quartiers de viande, les masses énormes de chair saignante qu'on avait vues, le 24, étalées sur le passage de la race la plus Carnivore qui fut jamais! Ah! l'Angleterre n'a rien à regretter dans ces fêtes païennes qu'elle a perdues à devenir chrétienne; rien à regretter dans ces pompes catholiques qu'elle a perdues à devenir protestante; Christmas lui reste. Pendant une semaine ou deux, elle rit beaucoup, boit énormément, mange plus encore. Mais soyons juste : si, vers la fin de décembre, l'Angleterre déploie une puissance d'appétit qui étonnerait Gargantua, en revanche, elle devient, à celte époque, aussi bonne personne qtie possible. Autant chacun se croit tenu d'être gai, autant chacun estime de son devoir d'êlre bienveillant. Donner et pardonner, voilà, quand a sonné l'heure de Noël, l'ordre dti jour. Chaque jour, pendant deux semaines au moins, c'est à qui se piquera de n'avoir pas un mauvais caractère ni un mauvais cœur. Quelque grande que soit alors la capacité des estomacs, leur générosité n'est pas moindre. Vive Christmas! Aussi bien, il y a maintes raisons pour que le Christmas de cette

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