‹ Dix ans de l'histoire d'AngleterreChapitre 2 sur 76 · A GHRISTMAS, TOUT EST ROSE · texte numérisé non relu

A GHRISTMAS, TOUT EST ROSE

année trouve te monde en belle humeur. Le gouvernemeiit des États-Unis paye ses dettes et efface les derniers vestiges de l'odieuse institution de Tesclavage. En Russie, le serf se fait pou à peu homme libre. L'Autriche vogue à pteines voiles vers la liberté. A Rome, la papauté joue le tout pour le tout, hardiesse dont profitera l'esprit humain.. En France, la transformation apparente de l'Empire absolutiste en Empire libéral, si elle a l'importance d'une manœuvre habile et, pour le moment, dangereuse', a aussi celle du plus humiliant aveu d'impuissance auquel gouvernement despotique ait jamais été réduit. Le percement de l'isthme de Suez sera un. grand chapitre dans l'histoire des progrès scientifiques qufi se trouveront avoir plus tard rendu possible la fraternité des peuples. Il n'est pas jusqu'à la Chine qui ne SQJi conduite à abandonner les idées d'égoïste isolement que représentait sa fameuse muraille. Qui sait enfin si, au moment où. j'écris, le docteur Livingstone n'a pas déjà fait bouillir son plum-pudding dans la véritable source du Nil, découverte? J'ai gardé l'Angleterre pour la bonne bouche. Sa situation, sans être tout ce qu'on pourrait désirer, se présente sous plus d'un aspect souriant. Elle a l'espoir fondé que ses démêlés avec les États-Unis n'auront pas d'issue fâcheuse. Ses relations avec son vaste empire des Lides sont de plus en plus rassurantes. Sa politique coloniale est décidément entrée dans la bonne voie. C'est un libéralisme honnête, éclairé, courageux, qui la gouverne dans la personne de M. Gladstone et de ses: coliques. L'émancipation des travailleurs s'y développe sans désordres et sans secousses. La réforme électorale commence à y porter ses fruils dans le succès promis à la canditature de M. Adger, candidat de la classe ouvrière, devant qui s'efTace, avec un désintéressement aussi gracieux qu'honorable, M. Labouchère, candidat de la classe bourgeoise. De tout cela, il y a lieu de se ré-

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jouir. H est vrai qu'il ne serait pas impossible à un pessimiste de répondre. Quelle médaille n'a pas son revers? Aux États-Unis, la dette nationale créée par la guerre pèse sur des hommes qui, jusqu'alors, n'avaient rien connu de tel, d'un poids que cela même leur rend intolérable; et, par delà l'Atlantique, le parti démocratique fait encore face au parti républicain. La Russie règne en Pologne, mais ne se l'est pas assimilée. Il est permis de se demander si, en France, la comédie d'un Empire libéral ne servira pas à prolonger outre mesure la vie de l'Empire... Il ne suffit pas de rapprocher matériellement les peuples pour les initier à la doctrine de la solidarité humaine et cette doctrine ne paraît pas devoir gagner beaucoup aux déplorables encouragements qu'ont reçus, de nos jours, l'égoïsme des* nationalités envahissantes et la rage des agrandissements territoriaux. Pour ce qui est plus spécialement de l'Angleterre, il s'en faut qu'elle soit sur un lit de roses. L'affaire de VAlabama est, quoi qu'on en dise, une menace toujours suspendue sur sa tète, une menace terrible. Elle souffre d'un alanguissement de commerce d'autant plus douloureux pour elle, qu'il est en partie le résultat de cette cupidité malsaine, de ces spéculations malhonnêtes et de cette mauvaise foi qui jadis étaient inconnues aux commerçants anglais. Qui peut dire quelle révolution sortira des flancs du «Trade-unionisme»? Et rirlande? Comment l'apaiser, si elle reste inapaisable entre le souvenir de ce que M. Gladstone a fait et la perspective de ce qu'il veut faire? Mais éloignons ces sombres pensées. A Christmas, l'optimisme tient le haut du pavé.

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