LA FORÊT D'EPPINC; ET M. LOWE
IC février.
On a discuté hier, dans la Chambre des communes, le moyen de sortir d'une difficulté qui, en ce qui louche l'Angleterre, est doublement caractéristique : caractéristique, au point de vue des choses, et caractéristique au point de vue des personnes.
Voici ce que c'est.
De tous les quartiers de Londres, il n'en est pas d'aussi misérable que celui de l'Est, celui qu'on nomme le « East-End ». La pauvreté a, dans cette partie de la ville, son repaire en quelque sorte officiel. C'est là que les maladies, filles de l'indigence, exercent leurs plus redoutables ravages. C'est là que la faim frappe sur les victimes ses coups les plus meurtriers. C'est là aussi que les damnés de ce monde cherchent le plus volontiers dans l'ivresse l'oubli de leurs maux.
40 DIX ANS DE L'HISTOIRE D'ANaLETERRE.
A ce quartier confine une forêt qui est à la population» hâve qui l'habite, ce qu'est à la population pauvre de Paris le parc de Vincennes. Le dimanche, après les dur& travaux de la semaine, des milliers de malheureux ront respirer l'air pur dans la forêt d'Epping, et y faire provision de santé. C'est, pour eux, plus qu'un moyen de récréation; c'est, si je puis parler ainsi, un accroissement de vie.
Malheureusement, cette bienfaisante forêt menace de disparaître entièrement, après avoir disparu en partie^ disputée qu'elle est à la jouissance du pauvre peuple par certaines prétentions très controversables et inhumaines de la propriété privée.
Contre ces prétentions et leur résultat, la protection dupeuple aurait dû être, sans conteste, dans les droits forestiers de la couronne. Car la couronne a ses droits sur la forêt d'Epping, à telles enseignes que, de 4854 à 1863,, ces droits furent, vendus, en ce qui concernait 4,000 acres sur 7,000 dont la forêt se compose, pour la somme de 18,000 livres sterling. Le revenu public y gagna beaucoup moins que le domaine public n'y perdit. Mais les «lords du Manoir » furent enchantés d'avoir leurs coudées frauches.
Restait à savoir si on laisserait le système des enclos aller son train ; si les prérogatives forestières de la couronne continueraient d'être mises en vente; si les malheureux habitants de l'East-End de Londres arriveraient à perdre entièrement leur chère forêt. « Cela ne peut pas être; cela ne sera point, » dit le Parlement en 1863, et il vota une adresse par laquelle la reine était priée de couper court à la vente de ses droits sur les terres qui n'étaient pas situées à plus de quinze milles de la métropole. Plus tard, le « Metropolis commons act » consacra les droits de la couronne, comme moyen non de grossir le revenu, mais de défendre le domaine public contre les