L'IRLANOE EST-ELLE IRRÉCONCILIABLE
le pouvoir personnel n'aura jamais, aux yeux de l'Angleterre, que le caractère d'une comédie ou le caractère d'une fraude. Passons.
La Revm de Dublin a publié un article dont le but est de prouver que « l'Irlande n'est pas irréconciliable ». Grand sujet de joie pour le Times. Le malheur est que la démonstration n'en est pas une. Â peine équivaut-elle à une explication. Et quelle explication !
Si, après l'abolition de l'Eglise établie, l'agitation, en Irlande, loin de se ralentir, a redoublé, c'est parce que les Irlandais demandaient bien davantage, c'est parce que la grande question du droit à la terre leur troublait le cœur. Soit. Et après?
Les mots <c possession perpétuelle du sol moyennant estimation (perpetuity land valuation) > ayant été prononcés par des libéraux et des tories, il était naturel que l'espoir d'un prochain triomphe exaltât le paysan. Fort bien ! Mais devrons-nous conclure de là que le paysan se tiendra pour satisfait en découvrant que cette perpetuity poursuivie par sa pensée était un mirage, — un mirage et rien de plus?
M. Gladstone était censé avoir dit qu'il fallait gouverner l'Irlande conformément aux idées irlandaises, et cette interprétation forcée de son langage avait mis les imaginations en mouvement. C'est possible. Et puis?
Franchement, si la Rei>tie de Dublin n'a pas de meilleurs arguments à fournir, le Times se contente de peu.
L'Irlande est-elle irréconciliable?
Je reconnais que cette question est de celles qu'un étranger ne saurait péremptoirement résoudre par l'affirmative, sans encourir le reproche de présomption. Mais comment un étranger ne serait-il pas porté à croire l'Irlande irréconciliable, lorsqu'il réfléchit àTâpreté, à la violence des mesures coercitives auxquelles le gouverne-
lOG DIX ANS DE L'HISTOIRE D'ANGLETERRE.
ment anglais, — un gouvernement libéral ! — a recours pour la pacifier?
De deux choses, Tune : ou le ministère Gladstone s'est trompé lourdement, et a déserté sans motif plausible les autels du libéralisme, en jugeant de pareilles mesures tout à fait indispensables et en les appliquant; ou bien elles étaient, en effet, rendues nécessaires par une de ces situations exceptionnelles qui conduisent à voiler, en vue du salut public, la statue de la liberté, et, dans ce cas, que penser de la possibilité d'une réconciliation entre les deux pays? Le dilemme est fatal.
Dans ma dernière lettre, je vous faisais remarquer que le fénianisme et le ribbonisme étaient choses fort (Ustinctes; que cette distinction, un des torts du « Coercion bill », était de l'avoir méconnue, et qu'il fallait se placer à ce point de vue pour décider si le bill en question était conforme aux principes du libéralisme, et de nature à atteindre le but auquel l'Angleterre vise.
a Si les États du Nord, dit le Spectator^ eurent raison, comme M. Louis Blanc le croit probablement, de résister à la sécession du Sud, même la question de l'esclavage mise à part, nous ne vCjOns pas pourquoi la Grande-Bretagne aurait tort de résister à la sécession de l'Irlande, aussi longtemps que nous ne refusons rien à l'Irlande de ce qu'elle peut justement demander. »
A cela je réponds d'abord que je n ai pas reproché à l'Angleterre de désirer le maintien de son union avec l'Irlande. J'ai reproché au ministère Glads'on^, ce qui est bien différent, d'avoir adopté, pour maintenir cette union, les moyens les plus propres, selon moi, à la compromettre.
Je puis me tromper; mais je ne suis pas éloigné de penser que l'union, si elle était basée sur la suppression des abus dont les Irlandais se plaignent et ont droit de se plaindre, serait peut-être aussi désirable dans l'intérêt