L'ANGLETERRE PRUSSIENNE
entre TAngleterre et la France, ce que je vois, ce que j'entends, ce que je lis, tout contribuerait à m'avertir de mon erreur. Il existe pour nous des synipathies sans doute, et elles ne sont pas sans percer dans quelques journaux anglais; mais c'est dans une direction contraire que roule le grand courant de Topinion anglaise. En cette lutte épique entre la France et la Prusse, l'Angleterre, prise dans son ensemble, est prussienne. Voilà la vérité.
Je sais bien que la presse libérale justifie ses préférences, en disant que nous avons voulu la guerre; que le signal en est venu de nous... Ont-ils oublié ce qu'ils disaient eux-mêmes de cette guerre, au moment où elle fut déclarée! Ce n'était pas la France qu'ils accusaient alors : c'était le gouvernement impérial, et rien que lui. Ils qualifiaient la lutte qui allait s'engager de lutte dynastique; ils la représentaient comme le duel de deux hommes étendu par le despotisme à deux nations.
D'où vient qu'ils rejettent aujourd'hui sur. la France entière la responsabilité de maux dont ils affirmaient alors que l'Empire seul était comptable?
Leur partialité est manifeste, et elle affaiblit d'autant l'autorité de leurs appréciations. L'esprit dans lequel ils parlent de nos périls montre assez qu'ils les exagèrent. Mais, cela môme admis, ces périls sont assez prcï-sants pour mettre en action ce qu'il y a de plus énergique dans le patriotisme d'un pays tel que le nôtre. Pas d'illusions vaines! pas d'optimisme énervant! Un effort héroïque de la part de tous, de tous sans exception, est absolument nécessaire. C'est la conviction profonde de cette nécessité qui le rendra facile et irrésistible. Rappelons-nous que, pour nos pères, la victoire sortit de ce cri, le plus puissant qui ait jamais retenti dans l'histoire : la patrie