L'ANGLETERRE PRUSSIENNE
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Dans les circonstances critiques où nous sommes, ce qu'il faut, avant tout, c'est le couraf^e de regarder la situation en face.
S'endormir dans l'indifférenee serait un crime. Défaillir serait un opprobre. Mais se bercer d'illusions serait presque un acte de démence.
Paur se mettre en état de repousser le danf er, la première condition est d'eneonnaitre l'étendue. Bien étrange serait la transformation du peuple français, s'il avait perdu l'héroïque habitude de mesurer son énergie à ses périls. Ceux qui seraient tentés de les masquer pour lui donner du cœur le calomnient et l'outragent.
Ëh bien, quand on rapproche le tableau de la situation, tel que le tracent les journaux,, plus ou moins officiels qui se publient à Paris, du tableau qu'en fait la presse anglaise, on se prend à craindre que la France n'ignore jusqu'à quel point elle est menacée, et combien il imparte à son salut qu'elle redevienne elle-même.
Les Anglais ne savent pas, — et pourtant l'histoire est là pour le leur apprendre! — ce dont est capable la {raude àme de la France, puisqu'ils s'accordent à regarder son état comme désespéré; mais enfin, cette opinion seohble être la leur.
Et d'abord, ri«n de ce qui est officiel chez nous n'obtîeiit ici la moindre créance. Tout télégramme signé du
roi de Prusse est, en Angleterre, article de foi. Tout télégramme annonçant un avantage remporté par nos armes est, à la lettre, comme s'il n'était pas. Lorsqu'on reçut les nouvelles contradictoires de la bataille meurtrière du 16, voici ce qu'on lisait sur toutes les affiches : Grande victoire des Prussiens, — les Français s'attribuent la victoire. En d'autres termes : les Prussiens ont vaincu, puisqu'ils le disent; quant aux Français, la probabilité est qu'ils mentent!
Pour un Français vivant en Angleterre, n'est-ce pas à déchirer le cœur?
Il n'est personne ici qui ne suppose que, pour Napoléon, il y a une question de vie ou de mort à dissimuler des revers, conséquence inévitable de son imprévoyance, de son incapacité, de son aveugle et folle précipitation. Personne qui ne se dise : « Toute défaite éprouvée par ces soldats de France, dont l'intrépidité presque surhumaine paraissait devoir faire violence à la victoire, est une accusation formidable dirigée contre l'Empire. Il faut donc qu'il cache le plus possible le sombre côté des choses, il le faut coûte que coûte. Son salut en dépend, et il le sait! j»
Là est en partie le secret de l'incrédulité, malheureusement trop concevable, contre laquelle échouent les assertions les plus formelles des dépositaires actuels du pouvoir en France. On les croirait, si on ne leur supposait d'autre préoccupation que celle de sauver le pays. On ne les croit pas, parce qu'il est naturel de penser que, chez eux, cette préoccupation se complique du désir de sauver la dynastie.
Les Anglais ont un autre motif pour ne pas ajouter foi aux nouvelles qui nous sont favorables ; et ce motif, hélas ! c'est qu'elles leur déplaisent. Si jamais j'avais pu mettre en doute les tristes effets de cette vieille jalousie nationale que des siècles de rivalité et de guerre ont fomentée