‹ Dix ans de l'histoire d'AngleterreChapitre 5 sur 76 · L'ANGLETKRRE ET*SES COLONIES · texte numérisé non relu

L'ANGLETKRRE ET*SES COLONIES

colonies de Tempire britannique lui coûtent, ce qu'elles lui rapportent, et s'il est de son intérêt de les conserver.

Au point de vue militaire, il semble difficile de nier qu'elles ne soient, pour l'Angleterre, une cause d'affaiblissement et un danger.

Si l'on demande pourquoi, ayant à ses ordres un demimillion de soldats, elle ne figure néanmoins que comme puissance continentale de troisième ordre, militairement parlant, et pourquoi, en cas d'invasion, elle serait à peiiïe capable d'envoyer dix raille hommes de troupes réglées contre l'ennemi, la réponse est bien simple : ses forces soiït dispersées sur toute la surface du globe; et ce sont ses colonies qui rendent une pareille dispersion nécessaire.

Il faut les protéger, d'ailleurs, contre toute attaque possible ou prévue, ce qui centuple les occasions de conflits et les périls. Qui oserait affirmer que le Canada ne sera pas, un jour ou l'autre, la pomme de discorde qui mettra aux prises les États-Unis et l'Angleterre? Il y a là une mine que la moindre étincelle peut embraser. Elle faillit sauter lors de l'affaire du Trent.

Ce qui est vrai des colonies, l'est encore bien plus des dépendances militaires de la Grande-Bretagne, telles que Gibraltar et Malte.

La possession de Gibraltar, outre qu'elle est fort coûteuse, est fort dangereuse, parce qu'elle constitue la plus cruelle injure dont puisse souffrir l'orgueil d'un peuple qui se respecte ; parce qu'elle est le grief permanent de la nation espagnole contre l'Angleterre, et aussi parce que Gibraltar a cessé d'être imprenable, depuis les perfectionnements apportés aux canons et aux batteries navales.

De là l'insistance presque passionnée avec laquelle la restitution * de Gibraltar à l'Espagne a été prêcbée par

un esprit supérieur, notamment par H. Bright et par . M. Goldwin Smith.

Quatid la cession des îles Inoniennes fut agitée, que disait lord Derby, que disait M. Disraeli, que disaient les tories? Ils disaient que l'importance navale et militaire de la possession des Sept-Iles était, pour l'Angleterre, d'une importance considérable; qu« Corfou était la clef de l'Adriatique; que celte clef devait rester dans la main de l'Angleterre : que le port de Corfou était sur la roule qui, à travers l'Egypte, mène aux Indes.

Ces arguments ne prévalurent pas : le même sort, je le prévois, est réservé à celui qui consiste à dire que l'Angleterre doit être forte sur la Méditerranée, pour empêcher cette mer de devenir un lac français, comme si l'Espagne, l'Italie et la Grèce — celle de l'avenir — n'étaient pas des puissances méditerranéennes!

D'ailleurs, pour garder ses dépendances, l'Angleterre a besoin d'une armée nombreuse : d'où la tirera-l-elle?

Pour que l'Irlande continuât de lui fournir les deux cinquièmes de ses soldats, il serait nécessaire que l'Irlande continuât d'être aussi misérable qu'elle Ta été jusqu'à présent ; et, de ce côté du détroit, le rappel des lois sur les céréales a porté coup aux sergents recruteurs en améliorant la condition du paysan.

A l'appui de cette remarque, M. Goldwin Smith écrivait, en 1862, que l'Angleterre, dans la dernière guerre, avait été obligée de soudoyer des mercenaires allemands. Le fait est significatif. Il accuse la défectuosité d'un sysème qui affaiblit le centre de la puissance anglaise pour en protéger coûte que coûte les extrémités, et ôte à la réalité tout ce qu'il donne aux apparences.

Mais, s'il n'ajoute rien à la force militaire des Anglais, ce système ajoute-t-il du moins à leur richesse ?

A la richesse de quelques-uns, oui, mais non pas à la richesse de tous. Il s'en faut bien!

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On n'envoie pas au loin soldats, navires et le reste sans avoir à dépenser de Targent, beaucoup d'argent. Et qui paye, sinon le « Ënglish tax payer )> (le contribuable)?

Que les colonies et dépendances de TAngleterre contribuent à employer l'activité et à garnir les poches d'un certain nombre d'hommes appartenant tous plus ou moins aux classes gouvernantes, soit; mais c'est la masse du peuple qu'il s'agit ici de considérer.

Il fut un temps où, les colonies anglaises n^ayant droit de traâquer qu'avec l'Angleterre, on pouvait être tenté de regiirder leur possession comme avantageuse pour elle, sous le rapport commercial ; mais alors même que l'avantage attaché à l'exercice d'un tel monopole n'aurait pas été illusoire, le temps dont je parle est passé. L'adoption du principe du libre échange a entièrement changé la face des choses. Non seulement les colonies anglaises sont admises aujourd'hui à porter leurs produits où bon leur semble, et à se fournir où bon leur semble de ce qui leur convient, mais le droit de taxer les provenances de la mère patrie leur a été reconnu, et elles ne se font pas faute d'en user.

Gela étant, que l'heure de l'émancipation des colonies sonnât demain, en quoi les relations commerciales de la métropole avec elles auraient-elles à souffrir?

Un homme d'un très grand mérite, auteur d'un excellent livre sur la € colonisation », M. Herman Merivale, a tracé les lignes suivantes, qui méritent d'être méditées : € Avant la révolution d'Amérique, nous possédions des colonies plus étendues et plus précieuses qu'à présent. Toutefois, notre commerce avec ces colonies, quoique prospère, ne semble pas avoir jamais été dans un état satisbisant. Il était sujet, comme tout autre commerce entravé par des prohibitions, aux fluctuations nées de cette incertitude dans le rapport de l'offre à la demande qu'engendre le monopole. Et peu s'en fallut qu'il ne fût ruiné,

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pendant les dernières années do noftre union avec l'Amérique, par des jalousies mutuelles et de mutuelles afïHpathies, plus puissantes même que l'intérêt personnd. L'union rompue, qu'arriva-t-il? D'industrieux colons devinrent-ils de (c paresseux étrangers »? Cessèrent-ils de répondre avec l'empressement requis aux exigences de» marchés de Liverpool et de Londres? Les gains que nous avait valus notre commerce colonial furent-ils remplacés par des pertes? Chacun sait qu'au contraire, ce commerce n'avait été qu'une misère, comparé aux relations — les plus considérables que le monde ait jamais connues -^ qui s'établirent entre TAngleterre et les États-Uni«, lorsque le lien de sujétion eut fait place à celui d'égahté. » Et de l'égalité, M. Herman Merivale donne cette belle définition : « le plus sûr lien entre amis, entre États, entre nations 3>.

Au reste, le Times lui-même, qui, «n 1862, défendit avec tant d'âprelé, contre M. Godwin Smith, le système existant, le Times lui-même avait écrit, le 2 septembre 1861 : « Nous ne voyons pas que le Canada nous offre un seul avantage que nous ne retirions, en temps de paiv, des États-Unis. » L'aveu ne nous paraît-il pas décisif?

Il est vrai que l'Angleterre a quelquefois, et nan sans succès, employé sa force navale et militaire à s'ouvrir des marchés, celui de la Chine, par exemple. < Mais, dit le savant professeur Beesley, lorsque notre commerce est légitime, il ne dépend en aucune façon de notre empire ; lorsqu'il dépend de notre empire, il est illégitime, et n'est qu'un moyen de prendre les taxes dans la poche de nos pauvres, pour les mettre dans la poche de nos riches.

Mais l'émigration? Les colonies ne sont-elles pas bonnes à conserver, au point de vue des ouvriers sans emploi qni sont forcés de chercher, loin de la mère patrie des moycâis de vivre?

Cette considération est celle qui a été mise tout rjé-

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cemment en relief dans une pétition adressée à la reine^ sous le nom de Pétition of the unemployed.

Il est d'abord à remaTqaer que cette prétendue pétition des « unemployed » a été vivement appuyée par des jour- Tiaux très indifférents d'ordinaire aux réclamations de la classe ouvrière, et vivement combattue par des écrivains tels que M. Beesley, en qui la classe ouvrière a toujours trouvé d'ardents défenseurs. Mais passons.

L'importance des colonies comme but d'émigration repose, ainsi que M. Beesley le fait observer, sur cette hypothèse, que, dans les colonies anglaises, la terre appartient à la mère patrie , et peut être distribuée par le gouvernement aux ouvriers sans emploi. Il n'en est rien. La terre, dans les colonies, appartient aux colons; et les gentlemen qui ont tenu des meetings hebdomadaires dans Gannon street, pour battre en brèche la politique coloniale de lord Granville, seraient les premiers à pousser les hauts cris, si le Parlement d'Angleterre s'avisait de toucher législativ^ment à leur avoir?

Et puis que répondre à ceci? Sur trois émigrants anglais, deux vont aux États-Unis !

Reste la question de prestige.

Le prestige! Grand mol, très vide, mais très sonore et très considérable, hélas ! par cela seul qu'il est sonore 1

Certes, M. Godwin Smith a mille fois raison lorsque, dans son beau livre the Empire^ il rappelle'que le prestige est un mot français, qui, d'après le dictionnaire, signifie illmion, escamotage^ imposture. Il a mille fois raison, lorsqu'il dit que le prestige devient bêtise, le jour où il ne trompe plus personne. Il a mille fois raison, lorsqu'il fait remarquer que le stratagème qui consistait à employer une artillerie de bois dans une bataille, n'eut un sens que jusqu'au moment où le stratagème n'en fut plas un pour l'ennemi.

Çt sir G.-C. Lewis avait bien raison, lui aussi, lorsque.

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dans son Essai sur le gouvernement des dépendances, il écrivait : c Une nation ne retire aucune gloire véritable d'une possession qui n'est d'aucune utilité appréciable, soit pour cette nation, soit pour toute autre communauté. > Hais est-il aujourd'hui un seul peuple qui soit tout à fait sorti de l'état d'enfance, et qui puisse se passer de poupées ?

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