‹ Dix ans de voyages dans la Chine et l'Indo-ChineChapitre 1 sur 69 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Di'lroil de Malacca. — Les Hollandais à Atchin (Sumatra). — Pénang, ses coIIIuoh et sa flore. — Les Klin^s, les Malais et les Chinois à Pénang. — Occupations des Chinois. — Les Chinois à l'étranger. — Un descendant des premiers colons portugais. — Singulière hospitalité. — Un serpent au bal.

Le canal de Suez, qui n'a été achevé qu'en 1869, était encore, en 1862, regardé par bien des gens * comme une entreprise dont le succès était plus que douteux. L'idée de joindre les deux mers par un canal navigable creusé à travers un vaste désert de sables mouvants était volontiers représentée comme la torcade d'un visionnaire enthousiaste ; aussi lorsque, pour la première fois, je quittai le Royaume-Uni, me fallut-il prendre la vieille route de terre e( laisser M. de Lesseps s'escrimer contre ces sables de l'Egypte, au sein desquels il était occupé à se creuser une renommée universelle. Je ne me laisserai point arrêter au récit des aventures qui attendent le voyageur sur l'une des routes les plus fréquentées des touristes modernes, et je ne m'engagerai point non plus dans une description de Pointe-de-Galles, de ses collines, de ses bois de palmiers, de ses bosquets de cannelliers : cette partie de Ceylan, si^ trouvant sur la grande route do Tlnde, est suffisamment connue. Si ma santé me l'eût permis, j'avais l'intention lorsque, à mon pre-

I. C'est peut-être par bien des Anglais qti'il faudrait dire. {Note du traducteur.)

mier retour en Angleterre, j'y passai pour la seconde fois en 1865, de pénétrer jusqu'au centre de Tîle, pour y explorer les vieux monuments de pierre des Hindous ou bouddhistes, et les comparer avec les restes grandioses des cités et des palais que je venais de visiter au cœur môme du Gambodje. Mais je ne pus mettre ce projet à exécution, de sorte que je ne connais de Gcylan que le port de Pointe-de-Galles et les collines environnantes : c'est ce que voient tous ceux qui voyagent par les steamers de la Gompagnie Orientale et Péninsulaire. Il me faut donc inviter le lecteur à m'accompagner plus à Test, et à visiter avec moi les îles malaises et le continent indo-chinois, où j'ai passé quelques années de ma vie : ce n'est que là que je puis espérer lui faire connaître des gens et des lieux avec lesquels il ne soit pas encore familier.

Un voyage en pays lointain, môme dans les circonstances les plus favorables, m'a toujours paru long et ennuyeux. Fatigué de promener ses regards sur la vaste étendue de la mer paisible, ou de suivre les assauts d'esprit et de galanterie qui se livrent sous la blanche tente qui décore le pont d'un des plus beaux steamers du monde, c'est avec ravissement que le passager ouvre l'oreille au <Ti de : « Terre à tribord! » et aussitôt les romans sont mis de côté, les cartes, les échecs, les palets, abandonnés, et une douzaine de télescopes se braquent sur l'horizon, où, vers le sud, semble paraître et disparaître une ligne indistincte. G'est la pointe d'Atchin, et ipeut-ôtre n'est-ce qu'une illusion) il semble que la brise de terre nous arrive chargée des parfums tropicaux de la riche côte de Sumatra. Atchin est le point de cette côte, où, d'un lent et pesant effort, les Hollandais viennent de porter un nouveau coup à la puissance des Malais. Ils ont laissé la plaie ouverte et déchirée ; mais ils reviendront, et, à la première occasion favorable, s'empareront d'un nouveau morceau de ce territoire.

Que la domination hollandaise à Java ait été féconde en avantages mutuels pour l'île et pour la Hollande, — plus particulièrement pour cette dernière, — c'est ce que personne ne contestera. Nous ne mettrons pas non plus en doute que le môme résultat, désirable d'ailleurs, ne doive suivre l'occupation des provinces récemment subjuguées, et de celles qui, lentement mais sûrement, viendront s'ajouter aux possessions hollandaises dans 'l'archipel Malais. 11 n'en est pas moins vrai que, si nous négligeons de garder jalousement les droits que les traités nous assurent dans ces régions, nous pourrons avoir fort à souffrir dans nos paisibles et profitables relations commerciales avec ces îles, comme nous l'avons eu déjà plus d'une fois dans le cours de nos relations avec les États indigènes dans cette partie du monde. On peut aussi penser qu'Atchin, qui se trouve à l'extrémité nord-ouest de Sumatra, et forme, pour ainsi

dire, un des piliers de Tentrée occidentale du détroit de Malacca, est un point bien important pour le laisser tomber ainsi entre les mains d'une nation étrangère. Je doute donc qu'on eût permis à une puissance plus formidable ou moins amie que la Hollande d'annexer ce territoire : encore plus douté-je qu'on l'y eût encouragée.

Naviguant à l'est à travers le détroit, nous arrivons bientôt en vue de Pénang, île très-petite mais importante et productive, et la première possession anglaise que l'on atteigne dans ces parages.

Pénang, avec sa ceinture de sables dorés et sa couronne de luxuriante végétation tropicale, est extrêmement pittoresque. Cette île, qui forme pour nos possessions dans cette partie du monde un établissement sanitaire, et dont les plaines, couvertes d'un riche terrain d'alluvion, n'étaient, tout récemment encore, qu'une jongle impénétrable, est maintenant un jardin parfaitement cultivé. Les sentiers ombreux, sur des collines boisées qui s'élèvent î\ 2,000 pieds au-dessus du niveau de la mer, conduisent aux plus charmantes retraites qu'il y ait au monde, à des bungalows cachés parmi les rochers et le feuillage, et à des cascades où une eau fraîche et limpide tombe avec un bruit charmant dans des bassins naturels de granit. Là, les résidents peuvent se baigner sous les dais de feuillage des palmiers et des fougères arborescentes, et l'air autour des habitations situées sur ces hauteurs est si doux qu'en tout temps les costumes les plus légers y sont parfaitement de î^aison.

Parmi les collines les plus basses et les vallées qui les divisent, un grand nombre (mt été défrichées, et plantées de cocotiers, de muscadiers * et d'une grande variété d'autres arbres fruitiers ; on y peut voir aussi de petites pièces de terre où l'on cultive le siri ^ et la canne à sucre. Dans ces endroits favorisés, la terre végétale est plus profonde et plus riche que dans les basses terres, tandis qu'au sommet des plus hautes collines, la température est assez douce pour permettre la culture des fleurs et des légumes d'Europe. En gravissant la colline sur laquelle s'élève le bungalow du gouvernement, je fus surtout impressionné par la beauté majestueuse des fougères arborescentes qui poussent en perfection à une hauteur d'environ 1,600 pieds au-dessus de la plaine. Ces fougères élèvent leur beau tronc nu à environ 15 ou 20 pieds au-dessus du fourré, et, tandis que les feuilles nouvelles de leur tête portent vers le ciel leurs frondes délicatement recroquevillées, les autres, s'étendant en arches gracieuses, forment un

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