I. Areca palma
•2. Sorte de vi^nc.
dais de feuillage du vert le plus tendre, qu'elles laissent retomber en pointes tremblantes a une distance de huit ou dix pieds du tronc. ^
Ceux à qui il n'a point été donné de parcourir les collines boisées des tropiques auront quelque peine à croire qu'aussitôt le soleil levé, le bruit des insectes des bois est assez fort pour empocher d'entendre, même à une petite distance, le mugissement d'un taureau ou le rugissement d'un tigre. Ce bruit métallique a une certaine ressemblanci^ avec celui que l'on entend dans une manufacture où grondent et grincent à la fois des centaines de métiers. Un insecte entre autres, le h^ompette^ comme l'appellent les indigènes, s'applique, tant que dure le jour, à produire avec ses ailes un bourdonnement semblable au son du tamtam. 11 m'est arrivé de m'approcher avec précaution d'un arbre sur lequel s'étaient donné rendez-vous une foule de ces insectes, et soudain le bruit s'est arrêté, l'alarme s'est transmise d'arbre en arbre, et le silence s'est fait dans la forêt, dont le concert n'a recommencé que lorsque j'ai eu regagné le chemin battu. Parmi les plus curieux insectes que l'on puisse voir, il en est un qui ressemble tellement h une branchille desséchée, qu'un jour, suivant un étroit sentier, et ayant ramassé ce que je prenais pour un bout de branche morte, je vis soudain cet être singulier s'agiter, se tordre dans mes mains, m'échapper enfin et disparaître dans les buissons ave(^ une agilité surprenante et un mouvement saccadé le plus curieux du monde. Ses jambes semblaient partir de la tige exactement comme des branches plus petites, et ce fut en vain que j'essayai de retrouver cette plante animée, que cependant j'avais très-probablement sous les yeux. J'ai aussi vu sur les montagnes de Pénang i'insecte-feuille, qui en est venu î\ imiter si parfaitement la feuille d'une plante, qu'il réussit par ce moyen î\ échapper à ses ennemis. L'insecte-branche et I'insecte-feuille appartiennent î\ l'ordri' des Orthoptères, Le premier ressemble beaucoup à la Barteria sarmentosa, bien qu'il m'ait paru plus long, plus mince et d'une couleur plus foncée. L'insecte-branche est une espèce de Phasma on spectre, et I'insecte-feuille est, je crois, le Phyllium siccifolinm. Des papillons et des phalènes de toute espèce et de toute couleur voltigent aussi en abondance sur les fleurs des arbres et des arbrisseaux de ces forêts. Us ont depuis moins d'un pouce jusqu^à 10 ou 12 pouces d'envergure, taille du phalène de l'Atlas [Satumia Atlas). Les fleurs et les arbres ou arbrisseaux florescents ne m'ont semblé, dans aucune partie de cette île, pouvoir réaliser, par leur abondance et la variété de leurs couleurs, les idées que certaines descriptions des forêts ou jongles de l'Orient ont pu nous donner de la splendeur lu.xuriante de la nature tropicale. C'est dans la chaude
f)lainc% parmi les jardins des résidents étrangers, que se trouve la plus grande variété de fleurs indigènes, brillantes, presque toutes, des éblouissantes couleurs primaires qui me semblent caractériser la flore des tropiques. Les couleurs dominantes sont le rouge et le Jaune ; et, le vert excepté, les couleurs secondaires ou intermédiaires, grâce auxquelles, dans nos jardins d'Europe, la nature se montre sous un si grand nombre de nuances délicates, ne se font, dans ces climats ardents, remarquer que par leur absence.
Peut-être nos savants pourraient-ils déterminer la cause de ce phénomène ; peut-être sauraient-ils nous dire si l'extrême ardeur du soleil développe dans les plantes une tendance î\ absorber certains rayons du spectre solaire et à repousser les autres, et si les affinités électives des plantes en pareille matière sont afl'ectées par la lempérature. Peut-être s'expliqueraient de la même manière et le brillant plumage des oiseaux de ces rép:ions, et le ^oùt des peuples de rOrient pour les nuances les plus éclatantes du jaune, du rouge et du bleu. En Chine, le rouge est la couleur de la joie (la couleur nuptiale), et en. Chine, aux Indes, et dans tous les ))ays bouddhistes, les vêtements d'apparat que portent les prêtres dans les cérémonies religieuses sont jaunes. Chez certaines races de Tlnde et de Tlndo- 4]hine, une peau jaune-doré est regardée comme le plus haut attribut de la beauté féminine. En Chine aussi, le bleu est la couleur du 4iemi-deuil ; le blanc ou l'absence de couleur est au contraire le sil^e du grand deuil. Quoi qu'il en soit, je suis d'avis qu'aucune des régions tropicales qu'il m'a été donné de visiter, ne peut rivaliser, pour la variété et la délicatesse des nuances, avec nos bois et nos jardins d'Europe. Non-seulement nos couleurs sont plus variées; mais il semble que dans nos latitudes tempérées la nature mette en <euvre toutes ses ressources pour produire une inflnie diversité de teintes et les mêler d'une façon si merveilleuse (jue ces nuances s'harmonisent, par leur délicatesse et leur beauté, avec les plus ten- <ires sentiments des nations les plus civilisées.
Le feuillage des bois de Pénang, comme celui du plus grand nombre des îles de Tarchipel Malciis, est épais et luxuriant, mais plus remarquable par la variété des formes que par la diversité des nuan- <'es. La croissance des herbes et de la jungle y est si rapide qu'un travail incessant peut seul les empêcher d'envahir toutes les cultures. J^af TU dans la Province de Wellesley * un crhamp de cannes à sucre qui, à peine abandonné depuis plus d'un an, avait été complètement recouvert par la jungle. Si demain Pénang était abandonnée par les Anglais, ou plutôt par les Chinois q||i la cultivent, on la ver-
1. Peut-être fdudrait-il dire en Province' Welleshy, comme on dit en Italie, on Espagne, etc.
rait, dans un temps incroyablement court, redevenir Timpénétrable jungle qu^ellc était lorsque le capitaine Light y débarqua en 1786. La façon dont s'y prit le capitaine Light pour faire arracher la jungle est assez amusante. Il lit charger ses canons, dit Thistoire, avec de la monnaie d'argent, et les fit tirer dans le plus épais du fourré, afin que les Malais arrachassent la jungle pour retrouver les dollars *.
La rapidité avec laquelle croissent les plantes à Pénang est vraiment merveilleuse. De jeunes poussesde bambou, que j'ai observées, ont grandi de plus d'un centimètre en une nuit, de sorte qu'on peut dire que leur croissance est visible à l'œil nu. Les vignes grimpantes et les lianes pendent partout sur les rochers en interminables festons et viennent jusque sur la jaune grève offrir au vieux Neptune leurs guirlandes de verdure.
Une foule de ces plantes n'ont môme pas besoin à Pénang d'une pincée de terre. Les orchidées, naturellement, y vivent d'air ; mais j'y ai vu des arbres forestiers étendre leurs racines sur le roc nu et y croître aussi vigoureusement que s'ils eussent été plantés dans un riche terrain d'alluvion.
Parmi les bois que l'on trouve dans les forêts de Pénang, il en est de très-durs et dont la pesanteur spécifique est grande, car ils enfoncent rapidement dans l'eau. Les Malais et les Chinois se servent de ces sortes de bois pour faire des ancres pour leurs bateaux {praus) et leurs jonques, et trouvent dans le bambou et le rotang, de quoi faire des cordes ; ils y trouvent môme souvent des cordages tout faits.
On récolte à Pénang une centaine d'espèces différentes de fruits : mais ceux du durio * et du manguier ' sont de beaucoup les meilleurs et peuvent à bon droit être considérés comme les fruits les plus délicieux que produise Tarchipel Malais. L'ananas, la grenade, le corossol * et. quelques autres espèces sont assez connues pour qu'il soit inutile d'en parler ici. Du pisang ou bananier, le plus
1. Cameron. Ottr Tropical Possessions in Matayan India, (Nos possessions tropicales en Malaisie.)
2. Durio zibtthinus, genre de la famille des Stertuliacées-Bombacées. Cet arbre porte un fruit très-volumineux ayant, dit d*Orbigny, une odeur fort agréable.
{Note du traducteur,)
3. Mangifera fxtida, espèce particulière aux Moluques et à la Cochinchinei Son fruit, en forme de cœur, a des propriétés médicinales fort appréciées ; il est surtout souverain contre le scorbut. (Note du traducteur,)
4. L'Anone ou Corossol est le type des Ânonacées qui compi*ênd quarante espèces* dont plusieurs sont renommées pour la bonté de leurs fruits : en parUculier, V Anona squamosa ou Pommier de Cannelle, VAnonti reticulata^ ou Cachiman, el VAnona muricata, ou Cachiman épineux qui fournit le fruit le plus estimé de ceux du genre. {Sote du traducteur,)
utile et le plus répandu des arbres h fruits des tropiques, il y a plus de trente espèces, dont le bananier doré, ainsi nommé à cause de sa couleur, est, bien que le plus petit de tous, le plus estimé. Pendant les dix mçis que je passai h Pénang et en Province-Wellesley, je me livrai surtout à la photographie, occupation agréable, profitable et instructive, qui me permettait, tout en me promenant dans nie et sur le continent voisin, <lo satisraire mon goiU pour les
(iargoii malaco.
voyages et de remplir mon portefeuille d'une intéressante collection de scènes et de types carartéristiques, pour lesquels il y avait une demande incessante parmi tes résidents européens. J'appris A deux indigènes de Madras à me servir d'aides, les Chinois refusant alors de se prêter à l'accomplissement d'une sorcellerie comme celle qui consiste à reproduire l'image des objets sans le secours des mains de l'homme. D'ailleurs les Orang-Pouti ou hommes blancs répugnaient à voir leurs doigts et leurs précicu:t longs ongles tachés de noir comme ceux des Urang-ltam ou hommes noirs. Mes KHngs, au contraire, étaient, de la t@tc aux pieds, couleur de nitrate d'argent ensoleillé; et eussent-ils eu, — car, eux aussi se piquent de la beauté de leur peau, — la moindre objection à voir leurs doigts changer de couleur, il ne m'eût pas été difficile d'obtenir des nègres