DIALECTES ABORIGÈNES DS FORMOSE
Chez les indigènes de Formose on ne trouve pas trace de langue écrite, à moins que Ton ne tienne compte de l'usage qu'ont fait les tribus à demi civilisées des caractères romains et chinois.
La connaissance des premiers a été introduite par les Hollandais, alors qu'ils occupaient Tîle, il y a plus de deux siècles. Quelques spécimens de malais romanisé sont encore conservés par les tribus, quoiqu'elles soient aussi ignorantes de leur valeur qu'incapables de les traduire. Ces documents sont principalement des titres de propriété, ou des contrats entre particuliers.
Depuis le temps de l'occupation hollandaise, les Chinois ont imposé aux Pépohoans, ou «étrangers de la plaine», leur langue écrite et orale. Ce ne fut donc que des plus vieux membres de la tribu pépohoanne de Baksa que je pus obtenir les mots relevés dans le vocabulaire. A Baksa, l'idiome indigène a été remplacé par le dialecte parlé chinois.
Les Shekhoans constituent la grande tribu septentrionale d'aborigènes à demi civilisés. Us ont conservé leur langue originelle, quoique les Chinois fassent de fréquentes et rapides incursions dans leurs fertiles vallées, cherchant à les civiliser en leur enlevant la terre de leurs ancêtres, s'ils ne peuvent leur en arracher le Langage.
Les sauvages tribus montagnardes de Formose — séparées l'une de l'autre par des forêts impénétrables, des rochers sourcilleux, des torrents impétueux, des ravins profonds, aussi bien que par des hostilités incessantes — fournissent un exemple des modifications introduites, avec le temps, dans un idiome, par suite de la dislocation d'une race en tribus qui, pendant au moins deux siècles, se sont trouvées, pour la plupart, forcément isolées, et auxquelles la tradition orale seule permet de conserver la connaissance de leur langue maternelle.
APPENDICE
C'est pour les noms de nombre, probablement les premiers sons employés, que la modillcalioii s'est fait le moins sentir, et le nombre cinq a gardé le son original. Ceii peut venir de ce que, parmi 1i?s tribus primitives, qui n'ont pas de nombres écrits, on se sert invariablement des cinq doigts delà main pour résoudre les plus simples problèmes d'aritbmétique ; ce qut le prouve surabondamment, c'est que, dans une foule de dialectes, cinq cl main sont synonymes, la main étant, s'il est permis de s'exprimer ainsi, un signe hiéroglyphiquf signifiant cinq. v
De mCme, œil on Mata est un son simple, facile à retenir: et comme il désigne l'organe de la vue, — organe qui a sa représentation sur chaque face humaine, qui est d'un usage constant et d'une applicalton incessante pour la satisfaction des instincts sanvages, aussi bien que des Instincts tes plus rafllnés, — il a été conservé, avec presque toute sa pureté, dans les divers dialectus.
Je pourrais poursuivre cçs exemples en choisissant les mots qui me semblent avoir retenu leur son primitif, par cette seule rai»)» <iu'ils trouvent des symboles visibles dans les objets dont les rustiques habitations des aborigènes sont environnées.
Mais, en se reportant auï vocabulaires, le lecteur tirera ses propres conclusions, et constatera les aflinités ou les dissidences qui existent entre les différents dialectes de Formose, en même temps que leurs étroites ressemblances avec les langues polynésiennes.
Une nouvelle preuve de l'existence, sur la côte de la Nouvelle Guinée, de races parlant les dialectes polynésiens, a été fournie par le révérend W. \V. Gill, qui a trois fois visité l'île en 1872. Ainsi, il rapporte que, dans deux tribus différentes, on dit Mala pour œil, Taringa et Taia pour oreille, Ima-ima et Rima-rima pour mains, (kts mots se rencontrent tous dans lus dialectes de Formose et peuvent, par le fait, leur avoir été empruntes.
Quantaux noms de nombre en usage parmi les indigènes de Formose, ils n'apporteraient qu'une légère preuve de l'origine polynésienne des tribus, s'ils ne s'appuyaient sur le témoignage plus direct fourni par les divers dialectes.
APPENDICE'
Courts Yoci^alaires des dialectes parlés par les Abarlgènes
-d« Formose.