‹ Dix ans de voyages dans la Chine et l'Indo-ChineChapitre 56 sur 69 · W &IX ANS DE VOYAGES V · texte numérisé non relu

W &IX ANS DE VOYAGES V

ling, est postérieure de plusieurs siècles au ratir extériear i]ui fuL i construit pur Tsin-shi-whang, doux cent treize ans avant l'ère chré- J tienne. Sur un développement de pins de 1,600 kilomètres, plu-'l i^leurs pans de la muraille sont tombés en ruines, par suite de J ii^tjligcnco; mais jamais ce ne Ait autre chose, même dans ses ' meilleures parties, qu'un amas d'argile revêtue de briques cuites au soleil, et, dans les passes, comme à Pan-ta-Iing, de pierre. Actuellement, elle ne représente plus qu'un monument colossal du travail humain mal appliqué, ainsi que du seul génie qu'aient jamais déployé tes Chinois dans le but d'élever des barrières dispendieuses pour fermer aux Barbares l'accès de la " Terre centi-ale des Fleurs». Bien inutile travail que celai (juils se sont imposé ! Le danger qui les menai;uit Jl l'intérieur, ils ont toujours failli à s'en garantir, et c'est précisément à. celle cause qu'esl due la chute de la dynastie nationale, et son remplacement par une race étrangère.

Pour comprendre ceci, il faut se souvenir qu'un rebelle arracha ta couronne au dernier empereur chinois, et que, l'usurpateur ayant été détrôné il son tour, les Mandchous, profilant du désordre des temps, enviihirenl la Chine et s'en emparèrent.

En revenant, je rencontrai une troupe du condamnés enchaînés qu'on déportait dans la passe pour y chercher une précaire esisteuce. Là ils passent leur vie loin de tout centre humain et conspués par chacun. L'un d'eux, qui avait la charge de tous les autres, monlail un Ane. Le frottement des chaiues du cavalier avait enlevé la moitié de son poil à la pauvre bête, que les honnêtes bourriques qui passaient en carjivanes ref;;u'daicnl avec un iirofund dcd^iin.

Les commerçants que nous rencontrâmes étaient, pour la plupart, des gens de bonne mine qui ne manquaient jamais de nous saluer amicalement en nous croisant.

A Nankow, je descendis à la même auberge où je trouvai la meilleure chambre occupée par un marchand indigène. Celui-ci m'offrit poliment de déguerpir en ma faveur. Naturellement, je déclinai celte offre, me contentant d'un appartement où Ahong, après en avoir obtenu avec peine la permission de l'hôte, se mit, avec un esclave à demi nu, à gratter la table et la chaise jusqu'à ce qu'il eût fait apparaître le bois dont elles étaient fabriquées. La chambre était, de plus, tapissée de toiles d'araignées ; nous nous gardimes bien de déranger celles-ci qui faisaient une chasse acharnée aux mouches dont la chambre était infestée. Le marchand avait un convoi de quatorze mules, un élégant palanquin et une troupe de muletiers qui festinaient dans ta chambre voisine. Ils s'en donnaient à cœur joie. L'un d'eux gesticulait encore Comme un aclear chinois remplissant un rAIe de guerrier, lorsque Je finis par m'endormir.

Le m^ti&,je fus réveillé par le. retentissement d*un marteau sur une enclume et j'appris que le forgeron qui menait ce tapage était un de ces nombreux artisans voyageurs qui abondent en Chine. Il fabriquait des couteaux et des faucilles et s'était organisé une forge élémentaire, en fixant à son soufflet un tube qu'il avait introduit hous lo sol et dont l'extrémité aboutissait au feu placé dans un trou creusé dans la terre.

11 y avait également à Naukow une auberge mahométane dont l'hôte et les domestiques se distinguaient par leur physionomie tout indienne. Là aussi je trouvai un guide qui s'était distingué déjà en faisant franchir la passe à d'autres voyageurs. 11 avait hérité d'une paire d'immenses bottes étrangères qu'il chaussait au moyen de maillots et de tampons de drap. 11 était porteur de certificats délivrés par ceux qui l'avaient employé et qui le stigmatisaient comme le plus grand fripon de la terre. Il me les présenta d'un air d'orgueil plaisant à voir. 11 me dit aussi que ses sympathies n'étaient en aucune fiiçon chinoises, et, montrant ses bottes, affirma qu'il était un étranger comme moi-môme.

De Nankow je me dirigeai vers les tombes des Mings. Pour l'édification de ceux de mes lecteurs qui n'auraient encore aucune connaissance de l'immense cimetière où ont été enterrés treize empereurs de la dynastie Ming, je vais faire le récit sommaire de mon exploration.

On se souvient que Nankin, l'ancienne capitale où le fondateur de la dynastie Ming établit sa cour, renferme le premier mausolée de ses souverains — mausolée absolument semblable dans tous ses détails aux tombeaux de la môme lignée érigés dans la vallée, à AS kilomètres au nord de Pékin. Ces tombes reposent au pied d'une rangée de collines formant un demi-cercle d'environ 4,800 mètres de rayon.

La plus belle de ces tombes impériales est sans contredit le temple de Tching-tsou, qui régna sous le nom national de Yung-lo, de 1403 à 1424. On y accède par une allée d'animaux et de guerriers de formes colossales ; et quoique quelques-unes de ces statues conservent l'attitude de repos absohi qui convient aux gardiens de l'illustre mort, si l'on réfléchit qu'elles sont les plus remarquables échantillons de sculpture que l'on trouve en Chine, il faut reconnaître que l'art chinois ancien est de beaucoup inférieur à notre propre art moderne. Je ne crois pas cependant que les artistes chinois contemporains puissent produire des œuvres non pas meilleures, mais môme aussi bonnes que ces statues de Ming. Le grand cénotaphe peut être considéré comme la contre-partie du genre d'architecture qui règne en Chine dans les temples, les palais et môme les habitations particulières. J'ai vu avec plaisir que, dans l'intéressante rela-

lion dp son voyage autour du monde, M. Simpson avait signalé celle simililude.il n'en peul^tre autrement, celte lombe passant aux yeui des Chinois pour le palais de Yung-lo. Les animaux et les guerriers i-onstilueat sa cour, et des offrandes sont faites annuellement à son âme dans la salle des sacriSces. 11 en est ainsi de leurs dieux : les temples sont les palais où ils résident, et, par le fait, le mot " Kungn, qui sert à désigner les temples aouistes, signifie « un palais ».

Les cmperenrs de la présente dynastie, qui a détrâné les Mings, offrent encore des eacrilices aux tombeaux de ces souverains ; peutêtre, en agissant ainsi, ne font-ils qu'obéir à un sentiment politique ; peul-ètre aussi eroient-ils, comme tout le monde, que les âmes des monarques défunts exercent une influence directe sur le Irône impérial.

(juûiquo les édiflces chinois présentent dans leur plan général beaucoup de points de ressemblance, il existe cependant des différences dans le nombre des cours et dans certains détails d'architecture. Ainsi le yamen officiel a généralement quatre cours ; les trois premif-res, avec les appartements y attachés, comprennent les divers bureaux administratifs; la quatrième, avec ses bâtiments, est affectée au mandarin et k sa famille. Mais il est impossible, à la lin d'un chapitre, de parler d'un sujet qui demanderait pour Être traité convenablement un volume tout entier. C'est aussi la raison qui m'a porté à décrire en aussi peu de mots la Vallée des Tombeaux, le lien de repos de la dernière dynastie.

Pour conclure, j'esptre — grflce à de longs voyages et à une étude attentive — avoir convenablement exposé la condition actuelle des habitants du vaste empire chinois. La peinture est triste; et le rayon de soleil qui l'éclairé çà et là ne fait que rendre plus sombre» et plus palpables les ténèbres répandues sur tout le pays. Certes, nou^ avons chez nous, en .\ngleterre, de la misère et de l'ignorance ; mais pas de misère si atroce, pas d'ignorance si profonde que celles que l'on rencontre chez tant de millions de Chinois.

APPENDICE

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