DE JEAN DE HÀYNIN
( Voy. les Notice» delà Bibl. Laurentienne dé Florence. )
Je m*étais promis de ne pas grossir ces Notices , déjà trop volumineuses, par des fragmens empruntés aux ouvrages inédits dont j'ai fait la description bibliographique; mais le Conseil de la Société de THistoire de France m' ayant demandé communication du récit de la bataille de Mont- Ihéri (en 1465) tiré des Mémoires du seigneur de Haytain, je me suis fait un devoir de répondre au désir de cette Société, qui compte parmi ses membres tant de savans et d*bistoriens distingués.
« Lendemain 13* de juillet, partant da pont de Saint-Gloud, allèrent loger h, Issy, où ilz eurent avis que le roy et son armée venoit avant, approchant de Paris, et que pareillement les ducs de Berry et de Bretaigne estoient aussi près d'eux que Tarmée du roy : mais ceux de nostre camp n'estoient de rien estonnez de la venue du roy, et faisoient bonne chère.
Le 1 5% laissant pour la garde du pont de Saint-*
Ctoud et autres lieux à l'entour, un gentilhomme de Haynaut^ appelé le sieur de la Motte, toute Tarmée ▼int loger à Monlhery, qui est sept lieues delà Paris; et y estant arrivée Tavant-garde, incontinent le conte de Saint-Pol manda à ceux du chasteau , que, s'ilz vouloient bailler et adresser vi?res pour argent, que l'on ne leur demanderoit rien, ny mefferoit rien, en cas qu'ilx ne fissent rien à ceux de Tost : ce qu*ilz accorderenl, et alloient et venoient par Tost et laisoient par semblait très-bonne chère. Or Philippe de MainstainSy sur le soir, avec huit ou neuf compagnons, départit chercher quelque adventureet vint à un village nommé Cattes, et tantost aperçut un homme accoustré d'orfaivrerie avec quinze ou seize chevaux venir sur luy, et doutant qu*il y auroit plus grand nombre de gens derrière, se retira doucement et vint faire le rapport au conte de Saint-Pol, qui en avertit le conte de Charolois, et y fut tantost envoyé son espie, qui rapporta que audit Cattes il y a voit environ six cens chevaux et que l'avant-garde du roy s'y attendoit. Sur quoy , le conte de Charolois manda au conte de SaInt-Pol, qu'il avoit choisy lieu pour attendre le roy et pour donner la bataille, et que luy, avec l'avant-garde, allast là endroit, et rstoit ledit conte de Charolois logé à Longumelle. Mais le conte de Saint-Pol manda arrière, que, pour mourir, il ne demarcheroit point, et qui le voudroit là endroit treuver, qu'on l'y treuveroit; et sur ce, il fit toute son armée et avant-garde départir et tirer aux champs hors du village de Monlhery : et pouvoit estre environ mynuit, et faisoit très-brun, et vidèrent hors ledit village par le mesme lez que l'on y estoit entré,
sans ce que la pluspart de Tavant-garde sussent pour^ quoy ni à quelle cause. Et incontinent que Ton fut hors dudit village, chascun en son harnois, on faisoit ce qu'on vouloit : les uns demeuroient à cheval, les autres descendoient et se couchoient tout armez ; le^ autres se pourmenoient, et ce duroit jusquesau jour, car les nuits estoient courtes; et incontinent le jour veu, le conte de Saint-Pol alla visiter le lieu, et puis, se mit en bataille, le dos tourné contre le bois à la main senestre du chemin qui va de Paris à Monlhery , le visage tourné vers le chasteau ; et ce fut le 1 6* jour de juillet, et n'eut aucun de ladite avant-garde loysir d'ouïr messe ni de desjeuner ni eux ni leurs chevaux, ce que vint à plusieurs mal en point ce jour là. Et comme, tantost après, le conte de Saint-Pol entendit les approches de l'avant-garde du roy, il manda au bastard de Bourgogne, qu'il luy envoyast deux mille archers de sa compagnie, ce qu'il fit ; et gueres après, y vint luy-mesme, et se mit en bataille, du rang des autres, à la bonne main du grand chemin, dessus le comble de la montaigne; et puis après, le seigneur de Ravestains , le conte de Gharolois et les autres y vindrent et se mirent en bataille , et faisoient affuster quatre ou dnq serpentines devant les archers et hommes d'armes , car toute Tartillerie ne fut pas dressée, et ainsy campés, attendirent la venue des François long espace de temps jusques qu'enfin l'on vit venir des avant-courriers descendans de costé et d'autre; puis, suivoit en bel ordonnance tout le camp du roy, qui, de fait à fait, ainsi qu'il arrivoit, se mit en ordre et bataille tout au long d'une grosse haye bien espaisse, et ce fut en-
Yîron lersept heures du matin, etsinsqaede nul des deux partis fust envoyé personne pour sçavoir leur intention et yolonté, ni pourquoy chascun d'eux estoit là endroit venu ne à quelle cause.
La première salutation que les Charolois firent estoit un coup de serpentine, et incontinent après, des autres, dont les adversaires furent merveilleusement estonnez et esparpillez. Mais tantost ilz se rallièrent et rendirent semblable bonjour. Mais comme les François estoient campez en la montaigne et les Bourguignons en la vallée, ilz tiroLent quasi tousjours par-dessus nos testes, dedans les bois ou vignes jusques qu'ilz changèrent leur visée. Hz furent, long espace de temps, reguardant les uns les autres, avec petites escarmouches, en quoy s'excrçoîent Philippe de Mainstains et Gillahon d*Ene. Puis, le conte de Charolois donna charge de bouter le feu dedans le village de Montlhery pour deux raisons : la première afin que nul de ses gens en fusse trompé, tué ou blessé, ou prins des François, y pensant aller repaistre à cause de ce qu'ilz avoient grand faim et grand soif, et qu'il y avoit des biens assez ; l'autre cause fut pour en faire vider les François qui s'y estoient boutez et qui par là endroit escarmouchoient et grevoient leS Charolois ; et y fut bouté le feu, mais à grande difficulté, car les François firent grande deffense, et y eut grande appertise d'armes d'un costé et d'autre si quamment M. Antoine de Hallevin, fils et frère du sire de Hallevin, et Baudechon de Lannoy, frère du Bègue de Lannoy , s'y portèrent vaillamment.
Ce fait, les gens se remirent en leur ordonnance,
et alla le conte de Gharoloisà Teotour de son cannp« admonestant et encourageant ses gens, son pennon à demi desployé après lay, lequel portoit Philippe d'Oignies , sire de Quesnoy-sor-Ia-Reulle , à canse qu'il eâtoit son premier escuyer-tranchant. L'estendart du conte de Gharolois estoit tout de soie, myparty de noir et de violet, à un bel brancage l'un parmy l'autre. Geluy du seigneur de Ravestain estoit de soie tout vermeil, à un brancage d'or; celuy du conte de Saint-Pol, myparty de soie grise et rouge, à un licorne d'argent au bout de dessus envers la lance, à-tout la corne et le bout des pi«*ds d'or, et si avoit escript de grandes lettres d'or : Mon mieux ; celuy du bastart de Bourgogne estoit jaune' à une grande barbecane bleue dedans et son mot de lettres bleues pareillement, et ses archers a voient paltoz rouges àtOHt la entti de ssint Andriea bUmehe, et une barbecane au milieu de la croix. Ceux des archers du conte de Gharolois estoient de drap my-party de noir et violet, les archers de corps ayant une croix de saint Andrieu de deux bastons neutilleux dedans, un fusil, et un G et Y es deux costés dudit fusil tout d'orfaivrerie ; les archers de corps du conte de Saint-Pol avoient paltoz, le dessous de drap gris découpé et le dessus de drap rouge tout chargé d'orfaivrerie^ à une houppe au milieu, devant et derrière , sans avoir la croix de saint Andrieu. Item , ceux du seigneur de Ravestain avoient paltoz tout rouges, à-tout la croix de saint Andriea blanche et une chiffre au milieu qui se mpnstroit à façon d'une M , et son estendart estoit pareillement gris et violet, avec un oiseau de proie et des perdrix d'or. Item^ l'estendart du sire de
Fiennes estoit party de noir et de violet et un grand G et un grand F dedans d'or, et une grande tadorne d'argent, et les paltoz de ses archers otelz. L'eslendart du sire d'Aymeries party de blanc et de rouge ; l'esteodart du sire de Neuvil rouge à trois rondes boucles d'or; Testendart du sire de Hâves bleu et rouge à une damoisel d'or dedans et de lettres d'or escrit : Pour cause; la bannière de Philippe de Waurin, sire de Saint-Venant, avec les plaines armes de Waurin à trois lambeaux d'argent; celle du sire de Fontaine en Haynaut escartellée de Hennin-Lietard et de Luxembourg. Le conte de Saint-Pol et ses trois fib et neveux de Fiennes n'y eurent nulles armes , à cause de ce que on estoit contre le roy, ne nulles cottes d'armes.
Le susdit jour seiziesme , il faisoit hideusement chaud , ce que travailla merveilleusement les Gharolois, quiavoient bien peu d'ombre, et estoitla terre où leur camp estoit assis chargée de bled et ahannée et labourée par grans riolz et trop plus grans que selon l'usaige de Flandres ou d'Artois. Or, pendant ceste attente , vint nouvelle que les gens que Ton veoit devant eux n'estoient que l'avant^rde du roy et que le reste de son camp snivoit avec sa personne et la grosseartillerie, et que partant on devoit penserce que on avoit à faire, attendu que l'on estoit en un lieu où il n'y avoit aucuns vivres et que l'on pouvoit bien doubter que le maréchal Joachim avec les Parisiens pouvoit bien venir par derrière; qui fut cause que le conte de Charolois ordonna au conte de Saint Pol prendre cinq ou six cents lances et trois ou quatre cents archers, etescarmoucher aux gens que l'on
Yeoit deyant luy pour les essayer et yeoir leurs forces, aussy pour les deslier, si estoit possible, devant venir plus grand secours, parce que nos gens estant en cette longue attente se debilitoient de faim et de soif et de soleil.
Mais ce bruit n'estoit véritable , qui avoit couru, que le roy n'estoit encore arrivé, car l'on trouva le contraire véritable et que le conte du Maine son oncle estoit avec , ayant amené environ cinq cents lances, blasmantle roy de ce qu'il avoit délibéré de combattre, et comme il ne put destoumer le roy de ce conseil, il luy dit : « Monsieur J' estais venu avec vous pour vous servir et vous accompagner et moyenner quelque bon accord entre vous et votre beau cousin de Charolois et autres princes de votre sang , et non point pour les vouloir combattre , et puisqu'il vous plaist faire ainsy et non autrement, je m* en vais : adieu vous dis ! » Et ainsy se partit avec toute sa compaignie, dont plusieurs hognèrent grandement à rencontre de luy, car il sembloit qu'il dust avoir pris congié plus tost et sans venir si avant. Et quand le roy, de vray, sceut son partement et qu'il l'avoit en ce point abandonné , il dit qu'il estoit trahy. Néanmoins ne s'esmut de rien et tint son ordonnance, et exhortant ses gens, appresta de combattre les Charolois devant l'arrivée des duc deBerry son frère et duc de Bretaigne : et luy sembloit que comme la compagnie desdits Charolois estoit la plus forte, que, s'il avoit gagné celle-là, bien aysement il viendroit au-dessus desdits ducs de Berry et de Bretaigne ; anssy sçavoit que les gens du conte de Charolois estoient lassez et travaillez, ayans, en peu de
jours, (ait de grands chemins ; en outre, sçavoit que le seigneur de Neufchistel, mareschal de Bourgogne, frère au seigneur de Montaigu, avec ses Bourguignons n'estoit encore arrivé.
Ces choses, si que dit est, advenues, le conte de Charolob ordonna que tous les cranequinlers à cheval iraient tout devant, et y allèrent à grand trot, tout en un hot, sans aller en bataille , et m'est avis que M. Philippe de Berghes seigneur de Grimberghes estoit ainsy que l'un des principaux chefs et conducteurs desdiis cranequinlers , et allèrent ces dessusdits de si grand manière envers les François , qu*il sembloit qu'il n'y eust que pour eux. Mais incontinent après qu'ils vinrent emprès la baye où les François estoient. en bataille à main senestre, \h planèrent devant eux en couvrant leurs chevaux et en allant vers cbasteau ; et ne se meurent les François pour eux. Le conte de Saint-Pol suivit incontinent, et les autres princes et seigneurs avoient charge de demeurer auprès de l'artillerie et le charroy où ilz avoient esté tout le jour. Et ainsy que les archers marchoient à pied devant et les hommes d'armes à cheval, lesdits archers ne peurent à peine si roidement marcher, car la distanct; estoit grande et faisoit chaud à merveille, et avoient mal desjeuné, combien qu'il estoit environ les douze heures et avoient esté armez de devant le jour; et estant à ladite haje, tirèrent à force sur les François, qui estoient pour la pluspart à cheval. Quoy sentant, les François montoient plus haut vers le chasteau, qui faisoit penser à plusieurs qu'ilz se tournèrent en fuyte, et partant fut ordonné que chascun de ceux qui estoient demeu-
rez à pied à la bataille, qu'ilz eussent à monter à cheval et poursuivre les ennemis fuyans; ce que fut fait en si grande haste, que plusieurs, ne treuvant leurs chevaux , montereut les chevaux d'autruy, et entre autres, le sieur de Fiennes, qui avoit le meilleur cheval qui fust au camp, appelle le Bon Moreau^ ne le treuvant, monta sur un bayart qui estoit à Rus dit le Liegois de Humicres, et en ce trouble, advint que M. Jacques de Jamont, sieur de Fayneulles, fut attaint d'une serpentine en la jambe senestre et eut la jambe rompue, dunt il tomba par terre avec grand floq, car il estoit grand et puissant de sa personne : il estoit fils du seneschal de Haynaut. Estant relevé par ses gens et estant porté à l'oriere du bols, se confessa et estant appelé un maistre, dont il y avoit bonne foyson au camp, luy coupa le pied, car ainsy estoit besoin, ce qu'es toit dommage, car c'estoit un noble, hardy, beau et puissant chevalier, et fut grandement plaint.
Les Charolois montèrent à force la montaigne et poursuyvireot les François comme ilz pensoient, et y eut grand rencontre et y eut dès alors plusieurs tuez et prins, d'un costé et d'autre. Et comme les François de ce rencontrer estoient la pluspart ceux de leur avant-garde, les autres, voyant que nos gens tiroient en grande diligence devers le haut de la montaigne et du chasteau et laissoient leur artillerie derrière, en toute force descendirent et ruarent sur ladite artillerie et charroy, jusques au nombre de deux à trois eslendarts, et en tuèrent beaucoup de ceux qui estoient à l'en tour dudit charroy, et plusieurs firent tourner le dos, et par especial une grande quantité
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de cnuMqaÎBien à cheval, pais pinens ««lies Uiit àcheralqo'à pied, aciBiCg gentilsIioauBes dei Uttsant et ahiodoBnaot hoaleaseaienl leur i el prince; et ce ad?iBt,parceqiie ceux qui premièrementi eitoicnt allez arec le conte de Saini-Pol eanycr il rompre les François , se voyants diargcc si roidement desdits Francis, el cojdani trenrer le reste de Tannée auprès de ladite artillerie et charroy, rccnloienl toQt doucement devers là^ en soy défendant le mieoxqn'ils peorent, et se trouvant firuslrez, furent contraints se mettre en fuyie, pensant que les autres cstoient enfuis et perdus : plusieurs d'an foyrent jiK^ues à Saint-Qoud, d'autres retournèrent incontinent, ayant aperçu qu'ils estoient abusez, et vindrent à tempsde labataiUe. Uy eneut grand nombre de prisonniers de ceux qui foyoient.
Or donc les François vindrent frandiement et bandement jusqu'à l'artillerie et forcnent les chartons de mener leurs charriotz an camp des François, menant grand butin et beaucoup de prisonniers nobles et ignobles, et allèrent si avant dedans, qu'ils vindrent jusqu'à la personne du conte de Charolois, lequel ils trouvèrent à bien petite compaignie : car ses gens, pour la pluspart, cstoient desbandez et c^muts; et de Cut, U y en eut un qui le prit par sa baviere et lui disoit : Monseigneur, rendex-vousyje vous eongnoUbienf Et le bon conte se revengeoit et deffendoit du mieux qu'il put, sans mot dire; et quand ils perçurent qu'ils n'en auroient antre chose, ils buequirent tant sur Iny, qu'ils luy abattirent sa baviere, de force de horions; puys, s'y en eut un qui lui lança un estoc au col, lui cuydant couper la gorge,
\ Dieu le garda de mort : toutefois fut bien dangereusement navré, et celny qui luy bailla ledit coup n'alla gueres loin, qu'il fut tué en la place et plusieurs de sa compaignie.
Le conte de Gharolois porta le gré et renommée que les deux premiers qu'il reconguut de ses gens, qui s'ad Tançassent de le secourir et rescourre à iceluy besoing, estoit un nommé Jeban Goterel^filsdemaistre Jehan Coterel^ un des médecins au duc de Bourgogne, et l'autre , nommé Golinet de Groy, natif de Picardie. Le conte de Gharolois se recula luy et ses gens le mieux qu'il pust, de telle vigueur et de telle force , que la pluspart de tous ceux qui s'estoient fourrez et embattus si avant sur luy et ses gens, furent tous tuez ou prins ; et à celle recharge les François furent autant estonnez qu'a voient auparavant esté les Gharolois, et en fut grande quantité de tuez^ les autres se sauvèrent à leur mieux, car le grand courroux du conte et de ses gens n'avoit de nulli pitié ni rançon : le sire de firuelle avait prins un prisonnier qui lui a voit donné sa foy et son gantelet, et desjà offert dix mille escus pour sa rançon, mais il lui arracha des mains et le tua. La vaillantise du conte de Gharolois ca*isa ce recouvrement, qui autrement avoit perdu icelle journée qui luy est tournée tant victorieuse , et en laquelle il n'a perdu nul prince ne seigneur de grand estât, et bien peu de ses gens, outre ceux qui furent tuez devant arriver au charroy, car les François furent si empeschez à piller, qu'ilz ne pensoient point à leurs ennemis. Le sire de Roussy, fils du conte de Saint-Pol, pour sa première guerre s'y porta bravement : il creança de sa main
M. de SaiDt-BclÎD et eut son espée, maïs à foire ce présent livre, encore n*estoit-il venaacquitter sa foy, et ledit sire de Roossy garda toujours son espée : Ton fait courir la voix qu*il est perdu.
Un nommé Guillaume de la Gauchie, Boulenois , porta Teslendart du seigneur de Ravestain. En ceste besogne, il se fit d'aucuns nouveaux chevaliers, comme Marc de Montmorency, sire de Molimont , fils aisoé du sire de Groisillier, Hue de Montmorency, sire de Boves, son frère germain, Jehan d'Aymeries, aisné, fils du sire d'Aymeries , seigneur de Lens en Haynaut, Jehan seigneur de la Deuse,
M. Bemart d'£spot, M. Guillaume Bise ^ sire de
M. Auscan , seigneur de Bossu en Liège , Quentin seigneur de Bercus.
Ce jour-là, que la bataille se donna. M, de Bresès, seigneur de la Varenoes, dit au roy, comme j'ay ouy conter à ceux qui le pensoient bien sçavoir : « Sire, vous et vos gens viennent de loin et sont du chemin travaillez, parquoy vaudroit mieux différer de combattre jusques lendemain. » Sur quoy luy respondit le roy : ^ Dea, seneschal (car il estoitseneschai de Normand ie),t7ou« le dites pour tant que vous estes des leurs! » Alors, il dut répliquer : « «Stre, il est vray que Ux ont monscel par-delà, mais aujourdhuyvous aurez el le cœur et le corps , car je vivray ou mourray pour vous. » Et il dit la vérité , car il alla si avant, qu'il fut tué de coups de mains avec plusieurs autres.
Si fut prins, par la main de M. Louis Gast, le seigneur de la Grange, fils du conte de Montpensier; et, du costé du conte de Gharolois, mourut M. Philippe
de Lalain, ûls du seigneur de Lalaio, el le seigneur de Hames emprès Calais , Araout de Berlaymont et Colin de Fouquerolles furent mors ou perdus , car oncques puys n'ont esté veus. Philippe d'Ognies, seigneur de Quesnoy, fut tué, tenant le pennon du conte son seigneur en la main; item y fut mort M. Jean de Croy, le Bègue d'Alentun, Boulenois; M. Daveau de Bouchant, Brabançon; Godelroy de Doustienne , et d'aucuns autres. Et furent prisonniers, le sire de Crevecueur, le sire de Miraumont, le siré d'Aynieries , le sire de Haplaincourt, Jehan de Ligne, Philippe de Berghes, Olivier de Hunes, Gérard de Boves, Lionnel de Sars.
Or, pour retourner à nostre matière, le conte de Charolois, se ayant rerois en bataille devant les François en assez petile compaignie et qu'il vit que plusieurs de SCS gens tiroientle dos arrière, dont il estoit merveilleusement desplaisant, fit tenir ordonnance par les autres princes; voulant luy mesme soy esloigner, craignant que ses gens ne partiroient quant et quant luy, pour la frayeur en laquelle ilz estoient encore, cl allant aval le camp , disoit à ceux qu'il trouvoit qui se tiroient au large : « Mes enfans et mes amis, retournez avec moy et ne me laissez à cette heure? » et par belle douceur, en fit plusieurs retourner.
Après ceste recueil lotte, l'on commcnçoit arrière à jouer des serpentines et fut tué un des enfans de Hallevin, que l'on appeloit le viconte et pareillement Collette de Coy, et Jehan de Pourlan, Bourguignon , qui portoit l'estendart du sire d'Aymeries. Lors, le conte de Charolois fit mettre des charriots
devant ses gens, afin qae les François ne peussent si légèrement les assaillir, mais ilz n'avoient aucune Tolonté, parcequ'ilz estoient anssy estonnez que les Charolois, comme depuys Ton a entendu; et pour certain, si quarante ou cinquante lances d'un costé ou d'autre eussent commencé envahir son adversaire, il eust remporté la victoire à ce jour. Rossequen, premier escuyer du conte de Gbarolois, eut une grande escharpe au visage; Guilbert de Fevremonde eut sa salade faussée d'un coup de serpentine et emportée au loin hors de sa teste, dont il cheut par terre, mais enfin il fut gnery; M. de Moy, de Yermandois, fut blessé; M. Antoyne d'Ailly, sire de Yarennes, M. Davis de Poix, sire de la Verrière, et d'aucuns autres furent prisonniers ; et demeura la chose en cest estât jusques après le soleil couché , que adonc le roy se départit et s'en alla à-tout bien peu de gens , et tous les siens en après, chascuo qui mieux mieux, l'un çà l'autre là, où ilz pouvoicot, dont le conte de Gharolois ne s'en aperçut jusques lendemain vers le midy.
Mais le roy fut si hasté en son partement qu'il laissa derrière et abandonna toute son artillerie, que lendemain le conte de Gharolois trouva affustée au mesme lieu où elle avoit esté le jour précèdent. Il est certain que le conte de Gharolois eut l'honneur de la victoire de celle journée, mais les François y acquirent plus, ayant pillé la pluspart du bagage et amené plusieurs prisonniers qu'ilz ont trouvez à l'entour dudit bagage. Le sieur de Ravestain et le conte de Marie y perdirent toute leur vaisselle; le sire de Fiennes y laissa deux charriots chargez de bagues, et
ne sauva rien sinon ce qn'il avoit sur son corps, avec une boete à huit cents mailles de Rhin qu'un de ses gens eut devant luy. Entre les prisonniers, outre les susdits, fut le sire d'Inchy et Sauset d*Ame qui estoit en la compaignie du conte de Marie.
Lendemain au matin, comme dit est, le conte de Gharolois envoya tout à l'en tour de son ost, long et large, voir ce qui s'y passoit, mais ne trouvèrent ame qui leur voulust nuyre, et lors entendirent que le. roy estoit allé logier à Gorbeil, auquel lieu il fut le lendemain à dix heures avant midy. Ce entendu, s'en alla le conte avec tous sesgens disner à Monlhery , et croyez que plusieurs d'eux n'attendoient pas la moutarde et qui avoient des chevaux beaucoup, qui en trente-six heures ne furent pas desbridez. Audit Monlhery furent enterrez M. Philippe de Lalain, Janet de Quesnoy, frère de Mathieu de Quesnoy et M. de Hames emprès Calais, et ce fut le dix-huitiesme dejuillet. Au service dudit Philippe de Lalain, furent assistans M. Antoine de Lalain son frère et le seigneur de Crequy leur oncle ; et à l'aprè^Hlisner, le conte se deslogea et alla au giste à Gattes. »
Ouvrages historiques du Bibliophile Jacob :
Histoire du seizième siècle en France, d*après les originaux^ manuscrits et imprimés. Paris, Marne, 1834-1835. 4 vol. in-8.