ET SO\ FILS
LK KILS.
Mon père quel bonheur de vous revoir chez vous, Et de vous embrasser I
LE PERE
Mon fils! Dis donc chez nous:
LE FILS
Le chez nous d'autrefois n'est plus le mien, mon père,
Vos bras ont ajouté leur valeur à la terre.
Les miens ont travaillé loin d'ici, mais mon cœur
N'a jamais déserté, j'en jure sur l'honneur ;
Et, peut-être, en venant aujourd'hui, je rapporte
Des bras plus exercés, une trempe plus forte.
LE PERE
Sans doute, ton esprit à la ville a gagné; Tu n'as pas comme moi, l'air dur et rechigné; Ton abord est joyeux, ta mine est rubiconde: Je crois qu'en ce pays vous vous moquez du monde, On y dit l'air malsain, vous êtes bien portants. On vous croit malheureux, vous revenez contents. Embrassons-nous encore une fois pour ta mine !
Tu te plaisais donc bien, là-bas dans ton usine?
LE I. \ B01 !■. i.l li ICI SON Kl I.S. i(>l
LE FILS
AI»! père, c'est un monde étrange et tout nouveau! L'eau, le feu , le charbon et le fer font du beau : C'est un torrent de feu qui bouillonne et circule, Qui réduit à néant la puissance d'Hercule, Des chevaux, des taureaux, des êtres animés; Qui broirait sans efforts des bataillons armés: Et, cette force immense, un enfant la maîtrise, Comme il lance, en jouant, un noyau de cerise : Il suffit de tirer ou pousser un piston, A la locomotive on a donné le ton.
LE PERE
Votre locomotive est cette bète noire
Dont le nom n'avait pas figuré dans l'histoire,
Qui respire du feu sur nos chemins de ïer,
De torrents de fumée épaisse obscurcit l'air,
Et fait, à son sifflet, bondir échevelées
Les bêtes de nos champs, par sa course trou Idées.
H>"2 lÎGI.OnUES.
LE FILS
A des travaux divers oîi peut l'utiliser, Comme un cheval qu'on mène, et qu'on sa il maîtriser A labourer, à battre, à moissonner, à moudre. Quels problèmes profonds la vapeur peut résoudre!
La vapeur, la lumière et l'électricité
Font entrevoir à l'homme une félicité
Qui réalisera les promesses divines:
Nous nous affranchirons, servis par les machines.
LE PÈRE
J'admire tes grands mots, je ne les comprends pas. Nous avons cheminé jusqu'ici, pas à pas, Guidés par un instinct que vous nommez routine, Vous n'avancerez pas beaucoup plus, j'imagine.
Penses-tu qu'on arrive au bonheur en courant? Une eau calme vaut bien un rapide torrent.
LE I. A l!(i lit Eli II ET SON FILS. 163
Je n'ai jamais quitté mon toit, mes habitudes, Et je n'ai jamais eu d'autres inquiétudes Que de te voir lancé dans ce grand tourbillon , Quand il t'aurait suiïi de creuser ton sillon.
LE FILS
Mon père, vous savez que, dans votre domaine, Même en prenant pour moi les trois quarts de la peine, J'aurais dû prélever une part dans le gain : J'aurais de la famille ainsi rogné le pain.
A la ville j'ai pu, grâces à l'industrie,
Utiliser mes bras, et, servant la patrie,
En tirer de beaux fruits dont j'ai pu m'établir.
Il n'est pas de travail qui ne puisse anoblir Celui qui s'y consacre en toute indépendance. Pour faire son devoir, pour servir la science, Pour être utile à tous, en tout bien tout honneur.
lT.'i ÉGI.OGI ES.
Votre sans dans la ville a porté sa vigueur, Et fait fructifier là lias linéiques merveilles Qui valent les raisins suspendus à vus treilles, Et les épis de Né mûris s\w VOS guérets.
Mon esprit, en rêvant, a surpris des secrets Qui, changeant un levier, déplaçant un rouage, Ont décuplé la force, ont abrégé l'ouvrage. Ali ! père, ce qu'on fait, seul pour soi , peut, pour ilix Etant créé, changer la terre en paradis.