I.K PÈRE
Toujours ton paradis sur terre! mais, je pense Avoir trouvé la pie au nid, dès mon enfance, En restant laboureur toujours, de père en (ils. Gomme tu ne l'es plus ; réponds à mes défis : Crois-tu que ton savoir moderne et prophétique Vaille ce sang gaulois et ce courage antique?
i.:: i. \ uouitEun et son fils. 165
LE FILS
.Mon père, savez-vous que Dieu n'a pas borné
Son ouvrage à l'aïeul pas plus qu'au nouveau -né?
S'il a pris du repos après l'œuvre finie.
Il a cédé la place aux humains, au génie.
Les champs sont limités, notre esprit ne l'est pas:
Tout homme qui sait, peut élargir le compas.
LE PERE
Trêve de mots! Allons visiter la campagne,
Et voir, bon an, mal an, ce que la ferre gagne
Ce que gagnent au père, à la mère, à ta sœur.
.Mon travail journalier et ma vieille sueur.
J'ai trois vaches, deux bœufs, vingt moutons, uneànesse.
lue chèvre, un bidet ; c'est toute une richesse.
Les champs, bois, prés, verger, medonnenl tous les ans,
Le fourrage, le blé, les produits suffisants.
Je gaule dix noyers, quand j'ai <\u chanvre, on file,
Et nous ne manquons pas ni de toile ni d'huile.
100 Kdi.lM.l I.S.
Les deux femmes s'aidant, soignenl la basse-cour, Et tout l'intérieur; je suffis au labour.
Pour le teste, il me faut quelqu'un; en conscience Plus d'une fois j'ai dû regretter ton absence : Pourtant, vois la récolte: elle s'annonce bien! Si j'y mets mon labeur, le temps y met du sien.
Le sol maigre autrefois respirait la détresse : Depuis que par nies soins, an par an il s'engraisse, Je lui vois chaque année un air plus vigoureux; Il rajeunit d'autant que je nie lais plus vieux.
LE FILS
Mon père! le lion heur effacera vos rides: .le reviens de la ville avec quelques subsides. Le temps est à l'argent, et j'ai su , Dieu merci ! En gagner qui ne doit rien qu'à mon long souri. A mes privations, à mes bras, à ma peine. Eût-il quelque souillure ou lointaine ou prochaine,
I,E I. A nolUKl I'. ET SON FILS. 1 «17
Ce métal dans mes mains se fût purifié;
Pour le gagner vaillant, j'ai tout sacrifie
Unis l'honneur! c'est mon sang. Ce levier de la guerre
Me fournira le soc à remuer la terre;
Je ne veux pas toucher à votre petit coin.
Cet argent va m'aider à m'étendre plus loin.
Vous ne souffrirez pas de notre voisinage;
Nous serons des voisins qui ferons bon ménage;
Le chez nous restera ce qu'il est, mais j'aurai
Quelques arpents de plus, et vous agrandirai.
Du lorrain que j'acquiers je garde la gérance.
Tout en prenant conseil de votre expérience:
Mais rien ne coûtera pour les nouveaux essais.
De ce que vous savez, de tout ce que je sais,
De ce que j'ai conquis par ma lente industrie,
Le domaine nouveau gagnera, je parie,
De quoi vous dérider au déclin de vos jours,
El vous rajeunirez, rien qu'il voir nos labours.
Vous voyez ce coteau de genêts, de bruyères, D'arbustes hérissé, de ronces et de pierres: La vigne y poussera. Plus bas, sur ces terrains Achetés à vil prix, mûriront de heaux grains :
L'araire j cédera la place à la Dombàle.
(les champs que desséchait le souffle ardent du hâle,
Retournés, engraissés, gardant l'humidité,
Vous auront pour témoin de leur fécondité. Les baux sont à signer, et j'ai deux attelages De bœufs et de chevaux (les plus brillants pelages. Pour ferme, basse-cour, gros et menu bétail, Je trouverai l'argent, je l'emprunte au travail. S'il fallait recourir à des bourses amies, On pourrait, mais j'ai là quelques économies. Mon père! J'ai voulu revenir en vainqueur, Pour sentir palpiter votre cœur sur mon cœur.
LE l'ÈRE.
.Mon fils i ta valeur fait reverdir ma vieillesse, Tu m'ajoutes dix ans de vie et de jeunesse.
LE Fli.S
Que j'aurai de plaisir à venir sous vos yeux Appliquer, agrandir cet art industrieux.