LE K1LS
Vous y pensez, mon père?
LE l'ERE.
Un père pense à tout.
LE FILS
Eh bieti , si ma rosière était de votre goût ! Je l'ai connue enfant, ouvrier chez son père, Chef d'une grande usine où le travail prospère. C'est lui qui fut mon maître; en homme de savoir, Et d'habile pratique, il m'apprit le devoir.
LE LABOUR El H ET SON FILS. 171
Comme j'étais alerte, à l'œil, plein de finesse, Que j'avais de bons bras, il guida ma jeunesse.
Je prenais mes repas ebez lui, malin et soir: L'enfant sur mes genoux venait sauter, s'asseoir; M'appelait son mari; c"est un enfantillage, Mais, cela me donnait du cœur à mon ouvrage.
Rarement on sortait, on allait jusqu'aux champs
Humer un peu d'air pur... ô souvenirs touchants!
Je me sentais admis dans cette autre famille ;
Ce qui m'y rattachait, c'était la jeune fille.
Je lui parlais de vous, de nos champs, de ma sœur,
Et de ma tendre mère; elle, m'ouvrant son cœur,
Me disait, de sa lèvre aimante, épanouie:
« Ta campagne, je l'aime, et la ville m'ennuie. »
LE PÈRE
Pour le coup ! C'est ici qu'elle va s'ennuyer , Car l'état de fermière est un rude métier
Qui laissé un jour ou doux par au à la coqfuette Ces filles de la ville aiment trop la toilette.
le KILS.
Père! elle a de beaux liras exercés au travail;
Les repas d'ouvrier sentent l'oignon et l'ail,
Comme ceux des maçons, moissonneurs ou manœuvres,
Travaillant au soleil, quand dorment les couleuvres.
Elle nous servait tous, balayait la maison,
Relavait la vaisselle, et, sa haute raison
Lui Taisait accepter ces fonctions serviles,
Moins servile, mon père, aux champs que dans les villes.
Kl le était bonne à tous, et ne se rebutait
D'aucun travail, fut il vil; et ne coquelait
Jamais, sinon pour rire: oh! quel sourire affable!
Il vous changeait en homme heureux, un pauvre diable.
Sur sa hanche, parfois, son beau poing se plantait, Elle restait debout, elle nous écoutait :
i.r. i v roi r i: i ii et son ri i.s . I" ï
Le père me parlait toujours de mécanique, De chimie, et parfois, je donnais la réplique; On causait >U^ terrains, de leurs assolements; Nous combinions toujours de nouveaux instruments Pour semer, moissonner et battre, des machines Pour vanner, [tour chauler, pour couper les racines.
Jeanne qui s'enfumait à l'odeur du charbon, Disait de temps en temps : « le foin doit sentir bon ; « A la campagne on fauche, on moissonne, on vendange, « L'usine m'étourdit, j'aimerais mieux la grange, « Kt les petits poulets , et les petits agneaux ; • La campagne m'attire avec ses gais travaux. « Jeune fille, je suis une bonne ouvrière. Quand je me marierai, je veux être fermière; »
El quel œil, et quel bras, et quel coeur! Franchement, Mon père, accordez-nous votre consentement.
174 KG I. (Mil ES.
LE PliRK.
La campagne et la ville ici l'ont un échange, Puissent-elles gagner toutes deux au mélange, F.t de ce croisement voir naître un fruit plus beau ! Enfants! Unissez-vous! J'irai dans mon tombeau, A celle des aïeux mélanger ma poussière, Et je vous enverrai de là-haut la lumière.
Quel que soit l'instrument, Foutil n'est qu'un moyen :
Allez plus ou moins vite, il n'importe, allez bien!
Des générations la force s'est accrue :
Faites par la vapeur avancer la charrue,
Mais n'oubliez jamais, en courrant au bonheur,
Que l'axe, le moyeu, le pivot, c'est l'honneur.
Villourbane, 1H J 186.1.
NOTES
NOTES
i. a. Si cet opuscule n'eût pas été, dans son entier, un monument de la reconnaissance filiale de l'auteur, envers Lyon, sa ville natale, et les campagnes qui l'avoisinent, il n'eût pas manqué d'en dédier la première églogue à M. E. Germain de Saint- Denis- de-Bron,
C'est au milieu de sa naissante et joyeuse famille, loin de tous les bruits discordants, et entouré des soins les plus hospitaliers, qu'il a pu trouver le baume aux douleurs privées, le calme et ce doux loisir qui font naître les vers, pour ainsi dire d'euxmêmes, comme de simples produits de la nature. La Gitana, dans le principe, n'était point destinée à faire partie d'un volume de poésies bucoliques; pourtant, il est facile de s'en rendre compte, elle avait sa physionomie marquée parmi les tableaux de ce genre.
On trouve tous les jours sur les routes qui traversent nos villages, dans les chemins les plus déserts qui aboutissent aux hameaux et aux fermes, ces déshéritées du sort et de l'éducation qui onl, oéanmoins, conservé le type défini d'une race vigoureuse.
Le pâtre dont celle-ci fait la rencontre, la replace tout à fait dans noire cadre.
La difficulté d'exprimer les mœurs des paysans d'aujourd'hui, sans employer le patois et des phrases qui, étant locales, n'iraient pas à tout le monde, a contraint l'auteur d'introduire sa personnalité dans ces petits drames; mais il n'est là qu'à l'état de témoin, de confident, et pour donner la réplique.
On lui pardonnera d'avoir usé de cette licence pour éluder la plus grande difficulté, peut-être, que présentait P églogue moderne.
b. Je crois inutile de rechercher à ce propos, si la France a encore des Gitanas et des Gypsies comme l'Espagne, l'Angleterre, etc.
Je pourrais désigner certaines contrées où il semble que des tribus de cette nature soient restées implantées et isolées, sans mélange avec les voisins.
L'application sévère des arrêtés sur le vagabondage n'a pas entièrement atteint cette sorte de nation errante qu'il appartient aux érndits de classer et de rattacher, comme ils peuvent, à d'anciens peuples dispersés.
On dirait que sa seule originalité l.i conserve. De même qu'on ne touche pas à une pierre druidique, à un débri d'architecture ou de maçonnerie romaine, à une antiquité, en un mot; de même on regarde sans se les expliquer, ces types qui semblent
NOTES
n'avoir d'antre destination q le poser dans l'atelier d'un peintre, d'amuser à leurs dépens les badauds sur la place publique, et de mendier à tout venant
Entretenir do morale ces êtres qui répugnent à toute sociabilité, serait évidemment peine perduo:
Il leur reste pourtant comme un ressouvenir d'une grandeur passée et une intuition merveilleuse qu'on ne saurait définir.
La vie nomade développe leurs perceptions exté-
térieures; l'ouïe, l ■ t vue, l'odorat ont chez oui la même finesse qu'on retrouve dans toutes Icn races de sauvages; avec cola, rusés et agiles, comme les bêles Fauves.
(i • peut arriver à leur for intérieur que par la
sensation, ou l'ascendant irrésistible du beau.
C'est ce côté artistique do leur nature qu'il a paru intéressant de reproduire, et de meure en contael avec la naïveté aussi vraie, mais moins sauvage d'un pâtre île nos campagnes.