‹ Dix égloguesChapitre 9 sur 28 · C, KG1.0GUES · texte numérisé non relu

C, KG1.0GUES

Il ajouta: « Chez nous, la besogne est pressée,

« La journée est trop courte, on n'a pas un moment,

« Et nous ne regardons jamais ton firmament

« Que pour voir s'il promet le beau temps ou la pluie.

« Le sommeil nous enlève un bon tiers de la vie.

« Et nous travaillons tant, l'été comme l'hiver,

« Qu'au lieu d'aller, le soir, lever le nez en l'air,

« On aime mieux rester les coudes sur la table,

« Devant un vin du cru . qu'on trouve délectable.

« Justement nous soupons avec un braconnier,

« Qui connaît mieux la nuit que le jour, un limier

« Plein d'ardeur, et doué du Qair des chiens >\c chasse.

« Son chien est un barbet qui n'a ni sang, ni race;

« Il a su le dresser à ses tours ; tous les deux

« Ont si tins l'odorat, et l'ouie, et les yeux,

« Qu'au plus léger indice, ils éventent la piste,

« La suivent jusqu'au bout , et rien ne leur résiste.

« Le maître a son fusil, ses collets, et le chien, « Des crocs mal aiguisés, qui ne redoutent rien.

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i 11 ne ferait pas bon que le garde champêtre

« Fît ses veux de travers au chien, pas plus qu'au maître. »

Ce discours ne pouvait m'arracher aux splendeurs Dont la nuit inondait les célestes hauteurs ; Nous rentrâmes au gîte , où la table était mise , Tous les enfants couchés.

La ménagère assise Ne nous parut pas être en ses bonnes humeurs ; Son accueil fut très-froid ; elle fit les honneurs De son ton le plus brusque; elle fut peu charmée De ces exploits de chasse . et se tint enfermée Dans ses réflexions.

Devant le clair foyer Un lièvre rôtissait , présent du braconnier Que je ne voyais pas, caché dans la pénombre ; Le barbet hérissé se leva comme une ombre ; Il vint flairer Maurice et le nouveau venu , Sans aboyer d'abord ; comme il ne reconnut

Ni gendarme, ni garde, il dut nous faire fête; Courut au braconnier, qui caressa la bête, Du geste et du regard , doucement l'applaudit : Par un tressaillement, le chien lui répondit , Comme s'il comprenait.

Or, le fumet du lièvre.

Entrouvrant doucement la narine et la lèvre , On s'attabla.

L'hôtesse entama la leçon Sur l'inconvénient des soupers de garçon, Où l'on crie à tue-tête. Où Ton tache la nappe. Reproche au braconnier ; mais lui riait sous cape Pourtant elle ajouta d'un ton plus radouci : . Au fait, j'aime encore mieux vous voir souper ici « Qu'aller au cabaret faire votre tapage ; « C'est là le grand malheur, la peste du ménage. »

l ne pause suivi! ce discours bien pensé; Maurice était muel . tenait son front baissé :

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J'observais vaguement.

Le lièvre avait un râble Doré par la cuisson ; le braconnier affable, lui homme du métier, fit l'écuyer tranchant, Puis , de l'air jovial , passant à l'air méchant , De son ton le plusrogue, il martela sa phrase, Et fit du cabaret l'éloge avec emphase. Pendant que nous goûtions à la saveur du mel . Sa harangue ampoulée avait bien son fumet.

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