CHAPITRE XI
Arrivée des hommes à poil. — Leur naïveté. — Leur curiosité, — Le missionnaire commence à se faire comprendre en langue montagnaise. — Arrivée denouveaux sauvages. — Il leur apprend à lire. ;
Dans les premiers jours de janvier 1830, ii m'arriva, des bords de la mer Glaciale, environ cent cinquante sauvages, qui, tout en apportant le produit de leur chasse, venaient dans la pensée d'entendre parler de cette religion qui, leur azait-on dit, «rend les hommes heureux et les fait vivre longtemps. »
C’étaient bien là les sauvages tels qu’on peut se les figurer. Couverts de la tête aux pieds de peaux de caribous, ils auraient plutôt ressemblé à des animaux féroces qu’à des êtres humains, si le coutelas qui pendait à leur ceinture, leur carquois, leurs arcs et leursflèches, n’avaientindigué que c’étaient là des chasseurs.
Jamais vacarme pareil à celui que firent ces sauvages en entrant dans le poste, criant, hurlant, comme des démons, frappant aux portes, gesticulant comme des forcenés ; un instant je leur crus des dis positions hostiles.
C’étaient pourtant des hommes francs et naïfs, de ces natures primitives chez lesquelles il ne fau-
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drait qu’une bonne semence pour faire éclore des épis nombreux.
À peine je m'étais montré, qu’au premier signe : ils cessèrent leur tapage, et, s’'approchant de moi, s’assirent sur leurs talons, prêts à écouter ce que j'allais leur dire, ou plutôt ce que j'allais leur répondre, car l’un deux qui me parut leur chef me dit aussitôt : |
— Tu es venu pour nous parler de Dieu, l’as-tu vu?
— Non, je ne l’ai pas vu, mais je connais sa parole.
— Mais si tu ne l’as pas vu, comment peux-tu le connaître ?
— On le connaîl par ses œuvres, et surtout par ce qu'il a dit lui-même. Du reste, il habite le ciel, c’est là que nous le verrons et que nous serons heureux avec lui.
—Qu'est-ce qu’on mange dans le ciel? y a-t-il des caribous, des orignaux, des poissons ?
— Il y a tout ce qui est beau, tout ce qui est bon, puisque le bon Dieu, notre père, nous dit que nous y posséderons tous les biens sans exception.
— Oh! alors je veux y aller, car je suis souvent malade, je jeûne faute de pouvoir travailler et je serai bien content d’être dans un lieu où l’on mange bien sans rien faire.
— Instruis-toi, tâche de connaître la religion, et Dieu, qui est plus riche que tous les commerçants, te donnera tout ce qu'il faudra sans avoir la peine de compter. ; .
— Oh! oh! s’écria le sauvage, ce sera bien commode de vivre dansle ciel! A-t-on des habits de drap fin dans le ciel ? R
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VOYA(2S ET MISSIONS.
— Puisque c’est Dieu lui-même qui se charge de nous vêtir, ne te mets pas en peine de quelle qualité seront tes habits, ils seront beaux et bien faits.
— As-tu été quelquefois dans le ciel, toi? As-tu vu ceux qui y demeurent? Comment sont-ils habillés ?
— Jé ne les ai point vus, mais Dieu nous à dit qu’ils sont revêtus d’habits aussi éclatanis que le soleil.
— Oh! alors, fit le sauvage en poussant un gros éclat dé rire, ilne doit pasfaire froid dans ce pays-là ?
— Il n’y fait ni froid ni chaud, on y est dans une température égale.
— Y a-t-il de la neige ?
— Il ne peut pas y en avoir, puisqu'il n’y fait pas froid.
— Alors j'aime mieux rester sur la terre, parce qu'à l'automne, si la neige se fait trop attendre, je m'ennuie,
— Oui, lui dis-je; mais comme tu ne peux pas toujours rester sur la terre et que dans le ciel Dieu donne tous les biens, on ne s’y ennuie jamais : il faut donc prier Dieu, le servir, être bon, non-sevulemen, Lour gagner le ciel, mais aussi pour éviter la maison du démon, YEDADIYI KOUNWE.
— Je ne veux pas aller à la maison du démon, s’écria le sauvage.
— C'est précisément pour t’en garantir, toi, et tes compagnons, que je suis venu ici. Je veux vous apprendre à faire le bien et à éviter le péché.
— Je ne sais quels péchés je commets; de temps en temps quand ma femme me fait mécontent, je lui