CHAPITRE XII
Henry Faraud continue l'étude des langues. — Il conçoit le projet de se construire une maison et une chapelle, — met la main à l’œuvre; — l'édifice s'élève. — Il reçoit une députation de sauvages. — Leur stupéfaction à l’aspect du monument. — Leurs discours. — Le missionnaire leur promet une visile.
Je me remis donc à l’étude des langues avec plus de courage et de ténacité que jamais. Mes succès me donnèrent bientôt la confiance de faire des progrès plus rapides, et cette certitude m’enhardit à exécuter un projet, que j'’osais à peine concevoir naguère. Ce projet, qui aurait été une folie si Dieu n’en avait pas été l’inspirateur, consistait à créer sur la plage d’Atthabaskaw un établissement autour duquel viendraient se grouper les familles sauvages au retour de la chasse. :
Quels moyens avais-je pour entreprendre un pareil travail ? Aucun. — Je me trompe ; j'avris foi dans le secours de Dieu, j'avais la volonté de le servir, le courage de la jeunesse et l’amour de l'humanité : mes devoirs de missionnaire.
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Je ne pouvais demeurer plus longtemps dans le poste où j'avais reçu l’hospitalité, où j'étais presque un embarras. Cette situation précaire ne me laissait aucune liberté d’action.
Non loin un large plateau granitique dominait le lac et la plaine. Ce plateau me parut convenir singulièrement à l’accomplissement de mon dessein. En face est une large baie formée par le lac Atthabaskaw et la rivière des Esclaves, derrière lesquels s’élendent des plaines marécageuses.
C’est là que je rêve une cité florissante. J'y vois déjà surgir des églises, des maisons, des châteaux ; je rêve de dessécher les marais, d'ouvrir des canaux, abattre les grands arbres et de tirer des en-
trailles de cette terre, que la neige couvre huit
mois de l’année, de quoi entretenir le personnel d’une mission.
Le 6 mai 1850, je partais résolûment une hache à la main pour la forêt voisine, accompagné de deux jeunes sauvages dont j'avais fait mes serviteurs. Malgré mon peu d'expérience dans le métier de bûcheron, j'élais parvenu au bout de la journée à abattre quatre beaux pieds de chêne; mes deux serviteurs s'étaient occupés à en couper les branches. et ainsi allégés, nous pûmes le lendemain les amener sur le haut du plateau.
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Ce travail dura une quinzaine de jours. Bientôt j'eus réuni les gros bois nécessaires à une maison et à une chapelle.
Mes doigts couverts d’ampoules. durant les premiers jours se durcissaient peu à peu, et je pus commencer à équarrir des charpentes.
Pendant que mes deux sauvages travaillent à scier les planches, je dresse une tente où j'installe une véritable boutique de menuiserie et d’ébénisterie: je confectionne des fenêtres, des portes, des bancs; je fais des tables, des chaises, des lits et d’autres meubles aussi commodes que nécessaires. A la fonte des neiges je nivelle la place où j'ai le projet de m’établir.J’enarracheles arbres etles broussailles, enfin je construis ma maison, et à côté d'elle une grande salle qui me servira provisoirement de chapelle.
Après sept mois de ce rude labeur, j'étais parvenu à créer un premier établissement auquel il ne manquait, pour être habitable, que des détails d'intérieur.
J'étais occupé à l’organisation de cet intérieur, lorsqu'il m’arriva une députation de tous les sauvages qui habitent les bords du grand lac des Esclaves. Ils venaient m'inviter à les visiter.
C’étaient des vieillards qui, avec un costume plus civilisé, auraient pu recevoir la qualification de vénérables.
A l'aspect de ma maison, ils s’arrétèrent ébahis.
Je leur expliquai comment, seul, j'étais parvenu à laconstruire. Ils poussèrent descris d’étonnement.
Ces braves gens faillirent me donner del’orgueil.
Jeleur montraiégalement,et peut-êtreavec une cer- Et taine vanité d'artiste, lesmeublesquej'avaisfabriqués. We TA Quand ils eurent bien tout admiré, tout touché, | bien questionné, un des ambassadeurs me dit :
— Regarde mes cheveux blancs; bien d’autres de | nos frères sont plus vieux que nous, les laisseras-tu he mourir sans qu’ils voient, sans qu’ils entendent le parleur du bon Dieu? Nous sommes mauvais vivants sans doute, mais nous avons ouï dire que le bon Dieu t’avait donné une eau qui efface les mauvaises actions. Viens, tu nous laveras... Nos frères te font dire qu’ils sont prêts à faire tout ce que tu voudras. Ne laisse plus nos enfants mourir sans baptême et nos vieillards se pher pour toujours sans avoir eu la seule consolation qu’ils désirent, celle de voir, toi qui es Dieu, — toi qui es le parleur du Puissant.
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