CHAPITRE XVII
I ,nheur de revoir sa maison. —Joie des sauvages à l’arrivée du missionnaire. — Il travaille à la construction d'une église. — Retour des sauvages. — La plupart ont appris à lire dans les déserts. — Leur satisfaction de revoir le père. — Un sauvage exalté. — Les sauvages repartent pour la chasse. — Le missionnaire reprend ses travaux de construction. — Il est fatigué pour la première fois de sa vie, — Les sauvages arrivent de nouveau mieux disposés que jamais à se convertir. — Le missionnaire leur promet de leur faire entendre la voix de Dieu.
Je trouvai monétablissement bien désert, l’herbe avait poussé sur ce sol que nui pas humain n'avait foulé depuis le jour de mon départ. Et cependant je revoyais cette demeure avec une joie indéfinissable. Jeretourzais à Althabaskaw comme on relourne dans sa patrie, je rentrais dans ma maison avec la joie de l'enfant qui, après une longue absence, retrouve le toit qui l'a vu naître !..... Dans cette maison, n'étais-je pas né une seconde fois? — Cette plage déserte, n’était-ce pas la patrie adoptive où m'avait appelé la voix de Dier. ?
Quelques vieillards, quelques femmes et quelques enfants sauvages, tous ceux que l’âge empêchait d’être à la chasse, s'étaient trouvés sur le rivage à l'heure de mon arrivée, et tous m’avaient accompagné au haut de mon rocher. Les paroles d'amour de ces pauvres gens, leurs témoignages expausifs de
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bonheur, ajoutaient encore à ma joie de revoir des lieux qui m'’offraient de si douces consolations.
Le lendemain je disais à mon serviteur:
— En attendant le mois d'octobre, époque de l’arrivée de tes frères qui sont à la “chasse, nous allons travailler à la construction de l’église.
— Mais, père, comment faire? Nous ne sommes que deux pour élever ces gros troncs d’arbre, que nous avons eu tant de peine à faire rouler jusqu'ici, avant votre départ pour le lac des Esclaves.
— Aie confiance et courage, — lui disais-je, nous nous ferons aider par les vieillards. — Il faut qu'au retour des sauvages l’église soit commencée... Travaillons. |
Nous nous mîimes résolûment à l'ouvrage; mes doigts eurent encore à subir de rudes épreuves, mais au bout de quelque iemps ils s'étaient de nouveau endurcis.
Après deux mois de travail, nous étions parvenus à dresser les charpentes et nousavions presque assez de planches pour le couvert.
Mais l’époque de l’arrivée des chasseurs approchait et avec elle l'interruption de nos travaux. — J'étais certain maintenant de pouvoir montrer aux sauvages la carcasse du monument que je leur avais promis. Ma satisfaction était complète.
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E‘était à la fin du mois de septembre, et les chasseurs commençaient à arriver. Tous, à mesure qu'ils apprenaient mon retour, venaient me voir et me
témoignaient leur joie! — Chose surprenante: la majorité maintenant savait lire, les plus intelligents avaient appris aux autres, au milieu des déserts ; — presque tous avaient tenu leur promesse d’étudier dafs leurs tentes, au moyen des tableaux qu'ils avaient emportés.
[II
Un jour qu’un grand nombre de sauvages étaient réunis chezmoi,unede ces âmes ardentes à qui Dicu a départi plus de talents et plus de sensibilité, m'’aborda et me dit :
— « Sois le bien venu, mon père, la courte absence que tu as faite nous availattristés; nous craignions que nos frères du Grand Lac ne teretinssent. Je suis jeune encore, mais il me semble que je ne
me méprends point sur tout ce que je vois; — je:
parle peu, mais je pense beaucoup; — dans deux ans tu as changé tout notre peuple. Je ne vois plus aujourd’hui d'enfants malades, de vieillards infirmes, mourant de faim au pied des grands arbres de la forêt, les jeunes gens en partant pour la chasse, ne condamnent plus à périr ceux des leurs qui ne peuvent pas les suivre ils leur laissent du poisson tt de la viande sèche. Je ne vois plus mes frères s’égorger, ni les jeunes filles traînées dans les bois. Autrefois, je n’entendais invoquer que le puissant mauvais, — je n’entendais que des cris de colère, des chants de vengeance; — aujourd’hui j'entends prier, lire, pérorer. En trois ans tu as changé notre peuple, aussi tout le monde
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Je parle sans doute sans esprit, mais j’ai voulu te dire cela en présence des jeunes gens qui sont ici. Car moi je t’aime beaucoup el je voudrais que tous les autres en fissent autant. Malheureusement les jeunes gens sont tout feu en ta présence, et quelques-uns, aussitôt qu'ils t’ent laissé, n’ont pas une conduite conforme à leurs promesses. »
Je lui répondis:
— Tu as parlé sagement, c’est certainement Dieu qui à mis ces paroles dans ta bouche; continue à parler, quand bien même ce serait pour n’être pas écouté ; tu auras toujours le mérite d’avoir voulu le bien de tes frères, et un jour, quand tu auras fait pitié, tes enfants, qui semblent ne pas t’écouter aujourd’hui, diront : — C’est ainsi que parlait notre père, — et ils pratiqueront après ta mort ce qu'ils semblent ne pas vouloir faire aujourd’hui.
— Tu dis vrai, la vérité vient désortit «de {a bouche, répondit-il. Et tous les sauvages présents de s'écrier :
— Si nous entendions souvent de semblables discours, nous ne serionspas si méchants et nous ne ferions jamais de sotlises.
En ce moment un vieillard un peu exalté se leva et dit:
— Je n’ai nitête ni mémoire, je suis un imbécile, je n'ai pas de facilité pour parler, je ne sais point de discours, mais encore je veux dire un mot. Si notre père prenait un bon bâton et qu'il m'en donnât, quand j'ai fait quelque chose de mal, — je l'en remercierais.
Tous les auditeurs s’écrièrent :
LE — C’est en effet ce qu'il aurait de mieux à faire, We et nous serions tous contents.
Hi — Puisqu’'il en est ainsi, leur dis-je, je vais faire | R fabriquer un gros fouet, il sera prêt pour votre re- R deitr tour, prenez garde.
jL USE — C'est très-bien, exclamèrent les sauvages en f, drone riant; il ya longtemps que tu aurais dû en avoir un. MER Et ils se retirèrent.
La L IV
L'an C'était le 13 octobre, les sauvages partaient pour UNE la chasse, PRE Les voyez-vous, ces rudes enfants des bois, dans h | leur costume pittoresque, composé d’épaisses four- We LAURE Le rures? — Un large bonnet à poil leur couvre le ua front, un carquois rempli de flèches, un fusil de gros [hi ARE calibre sont suspeñhdus à leurs épaules, une hache DE A et deux couteaux pendent à leur ceinturon; — ils jh HE sont là, réunis par groupes de cinquante ousoixante, Le CU attendant dans la plainele moment du départ. Tout Fil FRE à coup les groupes s’ébranlent, se séparent, et, après AR sprtn les dernières poignées de main, on les voit s'ache- Ho miner lentement dans toutes les directions.
nn Du haut de mon manoir je contemplais mes
ji pauvres sauvages qui s’en allaient ainsi rester six LES CE rl mois de l'hiver au milieu des forêts, tous soutenus À FA par l'espoir d'apporter au printemps une quantité RS de fourrures qui les ferait riches pour l’année. qe Ils étaient environ deux mille. La veille je leur avais donné ma bénédiction; j'avais distribué à
chaque groupe des tableaux où j'avais tracé, en caractères de leur langue, des prières et des préceptes de morale, en leur faisant promettre de me les rapporter au retour, c'est-à-dire au mois de mars suivant.
Presque tous savaient le NOTRE PÈRE, — et j'avais la consolation de les voir partir avec la certitude que le soir, groupés dans leurs tentes, ils réciteraient en commun cette sublime prière.
Au milieu des déserts, — quand la neige trop abondante empêchera les sauvages de chasser l’orignal ou le caribou, — quand le froid aura glacé la rivière, ces hommes de la nature auront enfin une formule pour élever leur âme vers le Créateur. Ils auront aujourd’hui le sentiment de l’amour, eux qui n'avaient jamais eu que le sentiment de la crainte. Ils diront: — « Notre père qui êtes aux cieux, que votre nom soit sanctifié! » Eux qui n’ont jamais cru qu’àla viematérielle, ils diront: — « Mon Dieu! que votre règne nous arrive. » Eux qui n'ont jamais obéi qu’à leurs sens, ils mettront la volonté de Dieu au-dessus de leur volonté, et ils diront: — Mon Dieu! que votre volonté soit faite sur la terre et dans le ciel. Leur nourriture quotidienne, seule nécessité de leur existence, c’est à Dieu qu’ils la demanderont.… Eux chez qui le pardon des offenses est considéré comme une lâcheté, ils diront : — « Mon Dieu, pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés.
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