XIV PRÉFACE
tellement croissant, qu'il n’a pour limite aujourd’hui que les vastes mers Atlantique, Pacifique et Arctique.
L'Angleterre, qui nous a supplantés partout, qui, plus habile que nous, demeure là où elle a une fois mis le pied, a vu elle-même sa puissance conquérante céder le pas à l'influence des missionnaires français. Ainsi, tandis que la puissante Compagnie ‘de la baie d'Hudson occupe par ses comptoirs tous les grands centres où se réunissent de nombreuses tribus sauvages, nos missionnaires se répandent bien au delà, parmi celles des tribus qui n'ont encore ni l’habitude ni la nécessité de cominercer avec les blancs.
Il y a à peine trente ans, quelques missionnaires, sous la conduite de Monseigneur Provencher, s'étaient réunis au confluent de la Rivière-Rouge, du lac Ouinipig et de la rivière Assinibouane ; de là ils rayonnaient au loin et répandaient partout la semence évangélique, convertissant et kaptisant les sauvages. Aujourd’hui plusieurs évêques se partagent les immenses territoires qui s’étendent de Saint-Boniface de la Rivière-Rouge à l’embouchure de la rivière Mackensie, dans l'océan
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PRÉFACE. XV
Boréal, et de la baie d'Hudson aux montagnes Rocheuses. Aujourd’hui, environ cinquante missionnaires visitent tous les centres de réunion des tribus sauvages, s’élancent mème à la recherche de celles que des habitudes nomades “emportent jusqu'aux extrémités des districts confiés à leurs soins.
Les voyez-vous, ces courageux apôtres de la civilisation chrétienne, remontant ou descendant les rivières, côtoyant ou traversant les lacs, gravissant les montagnes, pénétrant dans les forêts, suivant enfin à la piste la brebis égarée, tantôt en canot, tantôt à la raquette, toujours avec la même ardeur, la mème foi, Ië mème dévouement.
Tels, au quatrième siècle, les apôtres bretons, sous la conduite de saint Patrice, s’en allèrent civiliser l'Irlande, la croix d’une main et l'alphabet de l'autre.
Ce qui nous saisit d’admiration en jetant les yeux sur la vaste étendue des possessions britanniques de l'Amérique septentrionale, c’est que du Labrador à l’île Vancouver, c’est-à-dire de l’Atlantique au Pacifique, nos missionnaires ont en partage tous les peuples sauvages disséminés sur un rayon de plus de mille lieues.
PRÉFACE
Ce n'est donc pas sans peine que cette poignée d'apôtres parvient à s'acquitter, dans l’ordre du possible, de la sublime tâche qu’elle s’est imposée. La lecture de ce livre donnera au lecteur une idée des fatigues et des périls que doivent braver les missionnaires pour inculquer dans l'esprit des indigènes quelques vérités fondamentales, et répandre le ferment civilisateur sur cette terre de la barbarie. Il leur a fallu se livrer sans grammaire à l'étude de langues différentes, dont le nombre égale presque celui des tribus.
Dans le cours de ce livre, toutes les fois que l'occasion s’en est présentée, nous avons félicité l’Angleterre, dont l'honorable Compagnie de la baie d'Hudson, loin de mettre aucune entrave au zèle des missionnaires catholiques, favorise au contraire leur action et leur influence auprès des peuples auxquels ils vont porter l'Évangile.
Et, en effet, cette Compagnie n’a jamais cessé de prêter son appui et des secours matériels aux missionnaires en leur fournissant abris, canots, vètements et nourriture de la manière la plus courtoise et la plus bienveillante. Il est vrai que ceux-ci favorisent, du moins indirectement, mais avec
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