CHAPITRE III
Pourquoi les sauvages ont le teint cuivré. — La tente riche. — La tente pauvre. — Veuves et orphelins. — Charité des sauvages. — Leur culte, — prière sauvage.
Les sauvages demeurent de longs mois consécutifs enfermés dans leurs tentes, vivant accroupis autour d’un foyer fumeux. C’est à l'influence prolongée de cette atmosphère qu'ils doivent leur teint cuivré ou d'un blanc sale.
Il y a chez eux, comme partout, les tentes riches et les tentes pauvres.
Quand le sauvage a fait bonne chasse et bonne pêche, il a alors beaucoup de viande pour manger, et il est riche.
Celui, au contraire, qui n’a pas été heureux à la chasse ou à la pêche, est pauvre et peut-être mourra de faim. ï Tel est riche une année qui est pauvre l’année suivante, tout dépend de plus ou moins de chance à la chasse; et ainsi alternativement riche ou pauvre, ne faisant consister le bonheur ou le malheur qu’à plus ou moins manger, — ils deviennent totalement matérialistes.
Habitués à souffrir sans émouvoir leurs semblables, ils les voient souffrir sans être émus.
Quand ils ont de la viande dans leur tente, ils ne
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s'inquiètent pas si la tente voisine est dépourvue.
L'hiver dernier la tente voisine vivait dans l'abondance, et dans la sienne on mourait de faim.
C’est ainsi qu’ils deviennent fatalement égoïstes et insensibles.
Le cri de la miséricorde n’a pas encore retenti aux oreilles de ces infidèles. La charité, cette reine des vertus chrétiennes, n’a pas pénétré dans leur âme. Tous ne sont pas foncièrement cruels, mais presque tous sont indifférents aux maux d'autrui, — L’insensibilité est une cruauté encore.
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Voici un autre exemple de l’égoïsme des sauvages et de leur manque complet de reconnaissance et de charité,
« Un jour un jeune sauvage vint me prier d’aller voir son père malade. — Il fallait faire plus de trente lieues dans la forêt couverte de neige. Je savais qu’à mon refus, le magicien serait appelé. J'avais espoir de convertir une âme à Dieu, je partis accompagné d’un guide.
Mes raquettes aux pieds et mon bâton à la main nous marchâmes pendant plusieurs jours pour arriver à la tente du sauvage. Chemin faisant, je visitai quelques familles renfermées dans les tentes qui se trouvaient sur mon chemin.
Malheureusement nos provisions étaient épuisées alors qu’il nous restait encore une grosse journée de marche.
Nousarrivimes enfin exténuésde fatigue et de faim.
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Je vis le malade, je le consolai, lui donnai quelques médicaments, je lui parlai de Dieu, de la nécessité d’être chrétien pour aller au ciel.
Le sauvage, heureux de me voir, semblait être certain de sa guérison, mais il ne nous offrait pas à manger. |
Mon guide me faisait signe d’en faire la demande, car, ainsi que moi, il avait grand besoin. Voyant enfin qu’on ne nous offrait rien, je dis an malade que depuis la veille nous n’avions rien pris et qu’il voulût bien nous faire donner quelque chose par sa femme.
A celte demande le sauvage rougit, balbutia, et finit par me répondre :
— J'ai bien un peu de poisson et un peu de viande, mais j'en ai besoin pour moi.
Si j'en avais eu la force, je lui aurais failun sermon sur la charité et la reconnaissance. Je me contentai dele supplier de nous donner quelques poissons secs.
Il céda enfin à ma prière en me disant :
— Je te les prête, mange-les, mais à la condition que tu me les rendras quand j'irai chez toi au printemps. »
Ce prêt représente la charité sauvage.
Si le sauvage ne connaît point la charité, il donne parfois la preuve d’une générosité somptueuse. Un viçüx Montagnais disait un jour à un missionnaire :
— Oh ! que je voudrais voir ton vieux père!
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= me ——
— Et pourquoi voudrais-tu le voir? réplique le missionnaire surpris.
— Je voudrais le voir pour le remercier.
— Le remercier, et pour quel motif?
— Pour ne s'être point opposé à ton départ,
— Tu verras mon vieux père au ciel.
— C'est vrai, mais je voudrais le voir pendant ma vie... Si je le voyais, ajouta le sauvage avec orgueil, je lui donnerais mon bonnet.!!!
Cesauvage, en faisant un pareil cadeau, se croyait très-généreux el il l'était en effet, car le bonnet avait par lui-même un très-grand prix. — Une dame de France s’en serait fait un magnifique manchon,
C’est au milieu de ces nations qu’on peut s’écrier en toute vérité: — Malheur aux veuves et aux orphelins.
Quand la nourriture quotidienne leur manque, quand dans la tente délaissée ils ont épuisé leur dernier morceau de viande sèche, les sauvages peuvent passer. entendre leurs gémissements... ils passent.
Bientôt les malheureux, égarés par la faim, sortent de leurtente, et s’en vont sur les bords de la rivière ou au milieu de la forêt... mais la rivière est gelée, des glaçons seuls pendent aux rameaux des arbres, la neige blanchit le sol.
Les sauvages les voient... détournent la tête... et ils passent.
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ture; tantôt on les voit colier leurs lèvres crispées aux jeunes arbustes pour en exprimer le suc, leurs dents s’imprègnent aux branches, les broient avec frénésie pour en arracher la moelle, mais la sève qui donne la vie à l’arbre ne peut la donner à l'être humain; tantôt ils creusent la neige dans l’espoir d’y trouver une touffe d'herbe... l'instinct de la vie lessoutient encore... ils luttent... ils luttent... ils voudraient vivre... mais, hélas! la mort est là qui attend» sa proie. les âcres serrements de la faim leur arrachent un dernier gémissement . .. ils ne luttent plus... Alors ils vont s’accroupir à l’abri d’un rocher ou sur le bord d’une rivière... puis ils meurent.
Le lendemain les sauvages voient leurs cadavres. roidis.. et ils passent.
Les sauvages ont tous le sentimentd’un être supérieur et d’une nouvelle vie. Ils adorent plus particu-
lièrement ce qui frappe leurs sens: le soleil par
exemple. Ils invoquent-plus communément la puissance qu’ils craignent, ils demanderont moins à Diew
de leur faire du bien qu'au démon (Puissant Mau-
vais) de ne pas leur faire de mal. Cela tient à leur caractère lâche et à la peur qu’ils ont de la souffrance. Mais ils n’ont pas de culte extérieur.
Dans leurs prières au Puissant Bon, ils deman-
dent beaucoup de viande, beaucoup de poissons,
beaucoup de fourrures.
Cela tient à leur matérialisme.
Voici une formule de leurs prières :
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« Créateur je ne te connais point, mais je sais que OR «c'est toi qui as fait toutes choses. Fais-moi vivre ie «longten.,ps, accorde-moi beaucoup d’enfants bien a forts, afin qu’ils me fassent bien manger quand je «serai vieux. — Fais-moi découvrir beaucoup de « pistes d’orignaux, de biches, de cariboux, êt, « si je suis poursuivi par la faim, empêche-les de « fuir à ma présence ; enfin Créateur, aie pitié de « moi, afin que jene fasse pas mal, et quand je r1’en «irai dans l'obscurité (la mort), fais que j'aille trou- « ver mon père. »
Dans les iribus converties au christianisme, les Montagnais, par exemple, beaucoup aujourd’hui sont très-pieux, mais ce qui à beaucoup contribué au triomphe de l'Évangile chez ces sauvages, — c'est que parmi ceux au milieudesquelsune missionexiste, le commerce est florissant, les fourrures se ventent mieux, ils ont moins de misère et ils se sentent protégés par le missinnnaire.
NE Nons mettons en fait que la certitude qu’eurent Il Pumuars e lessauvages que Monseigneur Faraud ne les abandon- MT NES nerait pas, quand ils le virent construire sa première si maison àAtthabaskaw, fut une des principales causes de leur conversion. :
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Chez les sauvages où le christianisme a pénétré, la foi est vive et sincère, ces esprits déchus se relèvent, ces âmes avilies remontent vers le Créateur, ces cœurs insensibles s’humanisentparlaprière, — cette pure manifestation de l’amour.
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Le protestantisme a tenté Ce s'établir sur quelqut s points de ce lointain continent : nulle part il n’a réussi. — Le protestantisme est trop froid pou ciriliser les peuples de ces régions de glace, il ne parle qu’à la raison où il ne faut parler qu'aux cœurs. :
C’est surtout par les sentiments que nous pouvons inculquer aux sauvages la vérité religieuse.
Leurs âmes sont malades, leur conscience a besoin du médecin.
Le christianisme seul peut ranimer dans ces cœurs
le foyer éteint, seul il peut régénérer ces âmes créées du même souffle divin que la nôtre.
Voyez-vous ces milliers de sauvages, barbares hier — chrétiens aujourd’hui ?
Hier ils étaient la honte de l’humanité, hier ils étaient abrutis dans la matière, aujourd’hui ils participent à une nouvelle vie : ! — la vie inteliectuelle et quand le son de la cloche retentit dans les déserts, on les voit sortir de leur tente et accourir à ce tempiechrétien où les appelle le Dieu d'amour.