CHAPITRE VI
Comment chassent les sauvages. — L’orignal. — Le caribou. — Chasse d'été. — Chasse d'hiver. — Superstition des chasseurs,
Dans la tente du sauvage la femme a le soin exclusif du ménage. C’est elle qui charrie le bois, le coupe, prépare les viandes, fait les souliers, raccommode les habits.
Le père part ordinairement le matin, son sac sur le dos, son fusil à l'épaule, sa petite hache, son pot à boire, son sac à tabac et sa pipe pendus à sa ceinture.
Il parcourt dans sa journée tous les lieux où il a dressé des piéges pour les petits animaux à fourrures, tels que le renard, le fécan, la martre, le carcajoux, l'herminette, etc., etc., et ne s’en retourne chez lui qu’à la nuit.
Quelquefois il suit à la piste les gros animaux, tels que l’orignal, le bizon, le cerf et le cartibou.
D'après les usages, le sauvage ne peut revenir sans avoir fait sa chasse ; aussi, quand la nuit le prend avant d’avoir atteint la proie qu’il poursuit, il couche sur le lieu même, sans allumer de feu pour ne pas effaroucher les animaux, et, s’enveloppant alors, le mieux qu’il peut, dans une petite couverture qui ne le quitte jamais, il s'étend sur la neige, à l'abri
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d’un arbre ou d’un pan de rocher. Si le lendemain la chance n’est pas meilleure que la veille, il couche: encore de la même manière sur un autre point.
En retournant sans avoir fait chasse, il serait appelé lâche et maladroit, Ce point d’amour-propre est commun aux chasseurs de tous les pays, à ceux de France surtout.
Les sauvages passent, s’il le faut, quatre à cinq jours sans manger, ils mourront de faim plutôt que de retourner sans gibier ou sans fourrure, car les usages de ces contrées ne permettent pas à un chasseur de porter de provisions.
C’est encore là une des causes qui abrégent leur vie et ruinent en peu de temps les plus robustes santés.
‘ Le sauvage, pour tteindre l'animal qu’il cherche, surtout l'orignal, qui est le plus farouche et le plus méchant, a besoin de savoir distinguer, soit par la vue, soit par le tact, depuis combien de temps il est passé et la distance approximative qu'il a dû parcourir.
Quand cette première observation est faite, il remarque la trace laissée par l’animal sur la neige, il porte surtout son attention dans la direction du vent, et, faisant alors un demi-circuit dans le sens opposé, il ne perd que rarement la piste.
Quelquefois ce n’est qu'après avoir fait une vingtaine de ces demi-circuits, qu’il arrive à l’endroit où repose sa proie.
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L'orignal est myope, mais il n’est pas sourd, et connaît instinctivement les bruits accidentels.
Le vent agite la forêt, déracine les arbres, l’animal insoucieux en apparence dort.
Le sauvage l'aperçoit, tend son arc, casse une branche, l’animal l’entend, le comprend... se lève... s’étire..…. au même instant un trait mortel. lui perce le cœur.
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Quelquefois c’est le caribou que poursuit le sauvage, Ces animaux, réunis ordinairement en troupeaux assez nombreux, vivent entre 55° et 65° de latitude N., dans les vastes contrées inculles qui bordent la baie d'Hudson.
Le caribou, à l’opposé de l’orignal, a de mauvaises oreilles, mais il a de bonnes jambes. Les sauvages disent qu'il a des ailes. Il faut, pour l’atteindre.. connaître avant tout, ses instincts.
Il y a deux moyens.
En été où en automne, les sauvages, qui distinguent parfaitement les lieux de passage des caribous, sachant qu’ils ne reculent devant aucun obstacle, ne se détournent jamais du droit chemin etse couchent derrière les grands arbres, non loin du lac que les animaux doivent traverser.
Les bandes de caribous arrivent, se jettent immédiatement à la nage, et, au moment où ils atteignent les bords de l’eau, les sauvages quittent leurs embustades, en poussant un grand cri; les caribous, surpris et effrayés, retournent sur eux-mêmes, s’entremêlent les uns dans les autres, semblables à un
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troupeau qui veut sortir tout à la fois d’une bergerie, et cherchent à regagner le large ; mais, tandis que leurs groupes trop pressés s’éloignent péniblement du rivage, les sauvages lancent leurs canots d’écorces sur le dos des plus vigoureux qui, excités par ce fardeau, nagent au travers des autres, entraînant ainsi dans leur course et canots et chasseurs.
Les sauvages alors, armés de lances, tuent à droite et à gauche tous les caribous qu'ils peuvent atleindre, jusqu’à ce qu'enfin il ne leur reste plus à frap-
per que ceux qui les entraînent, —complices inno- Foi cents de la destruction de leurs frères. ce A AE Après ce carnage, ils ramassent leurs victimes at si gisantes au milieu des flots rougis, les chargent sur . les canots et retournent à leur embuscade. ab | | À IV rig | ] TN Pendant l'hiver, les sauvages procèdent d’une de RCE autre manière. cip EU Recouverts de la peau des caribous, ils vont se rig JE ARR de placer au milieu du lac que leur bande doit traverser. qu’ SN ES Les caribous arrivent précipitimment, passent à C 1h L+ Au el côté des chasseurs, sans paraître y faire attention, l'es 1 ï Lt 1, puis, à une certaine distance, la curiosité les prend, tien A RACE ils reviennent sur leurs pas, regardant leurs frères BE LÉRU inconnus, et vont circuler autour d'eux. Re AMEUTE Profitant de ce moment, les sauvages commencent Li à leur tirer des coups de fusil. Plus les détonations
sont nombreuses, plus la curiosité pousse les caribous à s’approcher des chasseurs qui en font alors un facile carnage.
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ils les tuent tous, mais ordinairement ils atteignent le chiffre de deux à trois mille.
La chasse des caribous est le sujet de quelques superstitions. Le sauvage, chassant et ne pouvant atteindre sa proie, avait coutume de faire noircir le paleron de l’orignal ou du caribou, le perçait dans le milieu et souriait ; il prétendait avoir la force, par ce sourire, de jeter un sort sur les animaux et de les attirer par ses charmes.
Voici à ce sujet une autre superstition non moins absurde, et accréditée néanmoins partout.
Lorsque les femmes mangeaient le mufle de l’orignal, il devait en arriver malheur aux chasseurs.
Les femmes prétendent, avec quelque apparence de raison, que la gourmandise a toujours été la prin-
cipale cause de leur exclusion. — Car le mufle de l’o-
rignal est, sans contredit, le morceau le plus friand qu’il soit possible de trouver.
Ces superstitions sont tellement enracinées dans l'esprit des sauvages, que même ceux qui sont chrétiens se laissent difficilement désabuser.
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