LIT
Les légendes des diverses tribus sont à peu près les mêmes en substance; la forme seule diffère suivant leur génie propre, mais, tout absurdes qu’elles paraissent, peut-on douter que ces peuples n'aient en connaissance du déluge universel et de la venue du Messie? Comme tous les peuples de l’antiquité, ilsne connaissent l’histoire des âges que par transmission orale, et c’est ainsi que les faits réels, en traversant les siècles, finissent par devenir fabuleux.
En voici un exemple :
Les Européens ont découvert l'Amérique. Comment l’ont-ils découverte ?.. Un vieux sauvage va nous l’apprendre à sa manière.
L'OURS BLANC (légende).
Il y a longtemps, un ours blanc venait faire la
guerre à nos pères.
Nos pères n'avaient alors que des flèches de
35e DIX-HUIT ANS CHEZ LES SAUVAGES.
pierre, tant ils étaient pauvres, et ne pouvaient pas tuer l’ours; mais un jour ils se réunirent tous et lui Jancèrent tant de flèches que l’animal irrité chercha son salut dans la fuite.
Il entra dans la mer et passa plusieurs .années sous les eaux, se nourrissant de poissons.
Fatigué de cette demeure, l'ours voulut voir le soleil, il marcha,... marcha longtemps sans savoir où il allait, puis il arriva à l’autre bord du grand Lac et sortit de l’eau.
Les Français, ayant aperçu cet ours blanc couvert de flèches de pierre, comprirent combien nos pères étaient pauvres, et les prirent en pitié.
C’est pourquoi ils vinrent dans leur pays.
LE DÉLUGE (Légende).
Voici un récit des ancêtres.— Des hommes ingrats envers Dieu, qui leur avait donné le soleil, la lune, les étoiles, Les lacs et les rivières, voulurent se créer des dieux à leur image; — ils prirent des blocs de granit, en firent des statues gigantesques, — mais ces stalues ressemblaient à des monstres, —ilsen eurent peur pendant quelque temps, puis ils les adorèrent afin qu’elles ne leur fissent point de mal; — alors Dieu, qui ne leur avait jamais fait que du bien, voulant les punir, résolut de les détruire.
Les rivières, les lacs, les mers se gonflèrent progressivement, les montagnes disparurent sous l’eau, toute la surface de la terre fut inondée. Les animaux moururent, les hommes se noyèrent.
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Mais un homme qui n’avait point peur des statues hideuses et qui neles avait point adorées fut sauvé ; — c'était ETCIÉ (le grand-père).
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Etcié s'était embarqué dans un grand canot, qu’il avait eu soin de remplir de viande.
Il navigua pendant plusieurs jours, et alla loin, bien loin, sans jamais trouver de rivage. Chemin faisant, il rencontra une loutre qui n’était pas encore morte, il en eut pitié et la prit dans son canot; — puis il rencontra un Caribou qui allait périr, n'ayant plus la force de nager; le grand-père en eutencore pitié, etil le prit aussi dans son canot.
Bientôt, las de voguer sur la surface des eaux, ne sachant de quel côté se diriger pour retrouver la terre, l’homme prit la loutre et la fit plonger. Au bout de peu d’instants, l’animal revint portant à sa gueule et à ses griffes un peu de vase. Etcié lui arracha de suite cette vase, la plaça dans le creux de sa main, et se mit à souffler dessus.
Tout à coup cette terre commença à prendre du développement ; quand elle fut trop pesante pour étr soutenue, il la déposa sur l’eau en la suspendant, ei coatinua à souffier dessus jusqu’à ce qu’elle se ‘st 7‘ :ndue comme une petite ile.
Quand cette île fut devenue assez spacieuse, pour que son œil ne pût plus la mesurer, il cessa de souflle: et se prépara à débarquer.
Mais le grand-père, qui était un homme réfléchi, voulut, avant de quitter son canot, bien s'assurer si
cette île était assez grande, et il envoya le caribou pour en faire le tour. L'animal revint promptement ru et l’homme en conclut que celte terre était encore LAURE trop petite pour l’habiter,
; Il continua donc à souffler jusqu'à ce que des rivières, des lacs, des mers, des arbres, des plantes apparussent de nouveau : et alors il débarqua.
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LE FILS DE DIEU (/égende).
I! fut un temps où le Puissant Bon, père qui habite dans les cieux, mécontent des hommes, leur retira tous les caribous.
Les hommes s’en revenaient donc tristement des bords de la mer Glaciale et s’en allaient chercher fortune sur une terre nouvelie, quand une vieille grand’mère qui les suivait péniblement de loin, ayant remué avec son pied des crottes de caribous, s’entendit tout à coup appeler par une voix enfantine : ASSET cette voix disait :
ARS JE —- Grand’mère, je viens pour faire du bien aux 4 hommes, mais je suis tout petit, veux-tu prendre + 1 soim de moi?
Elle regarda et aperçut un petitenfant long comme lepouce. La grand’mère, ayant pitié de cette inno- NS SEE cente créature, la prit et iui promitd’en avoir le plus fe grand soin; puis, réfléchissant qu'elle n'avait rien LE elle-même pour manger, elle dit à l’enfan! :
— Je te promets, pelit, de te garantir du froid; mais comment te ferais-je manger; je n’ai rien?
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— Je suffirai moi-même à nos besoins, répondit l'enfant, je ne demande qu’à rester avec toi.
Or, le soir étant venu, on dressa les tentes, et l'enfant, qui était seul avec la grand’mère, lui fit cette confidence :
— Je viens pour faire du bien aux hommes, je ramènerai l'abondance parmi eux, seulement j’exige qu'ils me payent un tribut : ils me donneront toutes les langues des caribous qu'ils tueront; s'ils sont fidèles, je resterai longtemps parmi eux et ils ne manqueront de rien. Va et répète-leur mes paroles.
La grand’mère alla de suite trouver les sauvages, et leur répéta ce que l’enfant avait dit. Tous consentirent à payer le tribut, et dès le lendemain les caribous reparurent.
L'enfant restait avec la grand’mère, et ilfut appelé BELCHUNGE-NELCHIAN (nom qui veut dire : la grand'mére l'a élevé).
En peu de temps il avait grandi, il était long comme le bras, |
Chaque jour lenfant sortait seul et s’en allait dans la forêt, et chaque soir, en rentrant, il disait à la grand'mère :
— Où sont mes ianguües ?
Pendant un certain temps, les sauvages furent fidèles à payer le tribut, mais enfin, l'abondance affaiblissant la recomnaissance, ils n’apportaient plus que quelques lamgues à l’enfant, devenu grand comme les autres hommes.
Ce que voyant, Belchunge-nelchian dit un jour à la grand’mère :
— Tu vois, grand’mère, c’est toujours l’histoire du temps passé, l’abondance nuit, on m'oublie parce qu'on est trop bien. Je ne puis plus rester avec ce peuple, et, si le tribut n’est pas payé rigoureusement, je l’abandonnerai.
Plusieurs années s’écoulèrent, et enfin le tribut journalier, qui allait toujours en diminuant, était réduit à cinq ou six langues. Belchunge-nelchian dit alors à la grand mère :
— C’en est fait, je pars... je n’abandonnerai pas entièrement les sauvages, mais je leur ferai sentir leur ingratitude.
La grand’mère voulut s'opposer à son départ; elle le supplia même de ne pas abandonner sa nation. | |
— C’en est fait, répéta-t-il, suivez-moi si vous pouvez; je pars.
Il partit. La grand’mère, qui l’aimait beaucoup, tenta de le suivre; mais, comme elle était bien vieille, elle bronchaït à chaque pas, et enfin elle fut obligée de s'arrêter. ‘
— Sois tranquille, grand’mère, lui répéta l’enfant une dernière fois, je n’abandonnerai pas entièrement les sauvages.
Bientôt Belchunge-nelchian disparut du côté de la mer Glaciale, et il alla habiter au milieu des bœufs musqués, qu'il rendit dociles à sa voix. Quand il fut las de vivre, il s’incorpora à ces paisibles animaux, et leur donna, en récompense de leur docilité, l’intelligence de la parole humaine.
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Lorsqu'une grande disette se fait sentir parmi les sauvages, ils se dirigent vers les côtes inhospitalières de la mer Glaciale, et ils appellent les bœufs musqués.
Ces dociles animaux entendent leur voix et se rendent à leur appel. Les sauvages alors se contentent d’en tuer quelques-uns, pour apaiser leur faim, et laissent les autres en paix.
— N'est-ce pas, disent-ils, le FILS DE DIEU, qui est allé habiter parmi eux, et qui leur donne cette intelligence ?
L'ENFANT DE BÉNÉDICTION (/égende).
Une jeune fille trouva un petit enfant sur la terre qu'habitent les caribous; il était couché sur un peu de mousse au bord d’une rivière. Cette jeune fille abandonnée, elle aussi, par des parents barbares, prit l’enfant, l’enveloppa d’une peau de caribou et résolut de lui sauver la vie.
Tous deux vivaient bien misérablement, ne se nourrissani que de racines et de fruits sauvages, dont elle exprimait le jus dans la bouche du pauvre petit; aussi l'enfant ne grandissait pas, el la jeune fille disait :
S'il pouvait grandir vite, il aurait soin de moi quand je serai vieille.
Elle ignorait encore quel était son trésor; elle ne
savait pas que ce petit être chétif était l’ENFANT DE