‹ Dix-huit ans chez les sauvages [microforme]Chapitre 8 sur 100 · A EDGE D D · texte numérisé non relu

A EDGE D D

BIOGRAPHIE pas un seul jour d'aller rendre visite à son père et à sa sœur, qu'elle ne pouvait voir, hélas ! qu’à travers les barreaux de la prison.

Madeleine espérait toujours la fin de la captivité de ses parents, son âme innocente ne pouvait concevoir comment on pouvait trouver des coupables dans cette chasle sœur et dans ce noble vieillard.

Combien onteu cetteillusion à cette fatale époque!

Combien ont dit : — Nous sommes forts de notre innocence, et qui le lendemain portaient leur tête à l’échafaud !

Mais Henriette Faurye ne se faisait pas illusion, — elle comprenait son crime... elle avait refusé le serment... :

Après quinze jours de prison, elle fut jugée en compagnie de cinq religieuses. — Courage, avait dit Henriette à ses sœurs, en apprenant qu’elles allaient päraître devant le tribunal : — Voici le moment du triomphe.

Arrivée devant les juges, son courage et sa modestie ne se démentirent pas un instant.

Un juge, ému de compassion, lui dit :

— Allons, Henriette, prête serment, — tu es encoresijeune... pourquoi vouloir mourir? Un mot... un signe de tête... et demain tu retourneras auprès de ta mère.

— J'ai fait un serment à Dieu, répondit-elle, je n’en prêterai pas d’autre.

Un instant une de ses compagnes semblä faiblir.

— Courage, lui cria Henriette, voilà les portes du ciel qui s'ouvrent pour nous recevoir.

Et, à mesure qu'une de ses sœurs allait être interrogée, elle lui disait :

— Courage, ma sœur, c’est Dieu qui va nous juger.

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Puis, prenant une poire qu’elle avait couservée du repas de Ja veille, elle en fit cinq morceaux qu’elle distribua à ses compagnes.

Ce fut la dernière communion des martyres, la sentence de mort fut prononcée.

Du tribunal révolutionnaire à la guillotine, il y avait peu d'intervalle, et l’échafaud était en permanence. — Le même jour de leur condamnation, à six heures du soir, les victimes s’acheminaient vers le lieu du supplice.

Elles marchaïent en chantant les litanies de la sainte Vierge.

Ces chants attirèrent l’attention des prisonniers.

Tout à coup, une tête chauve apparait à travers la lucarne d’un cachot..… Un cri de désespoir se fait entendre...

C'était le père d'Henriette, — César Faurye, — qui venait de voir son enfant allant au supplice.

Les prisonniers l’arrachèrent à ce spectacle horrible, et le vieillard s’affaissa anéanti.

Bientôt les glorieuses chrétiennesarrivaient au pied de l’échafaud, ou plutôt de l’autel où elles allaient être sacrifiées.

Alors une religieuse dit à Henriette :

— Ma sœur, nous n'avons pas fini de dire nos vépres.

— Eh bien ! répondit la courageuse fille, nous les finirons au ciel,

Le bourreau, surpris de cette fermeté, lui dit :

— Voyons, Henriette, tu as encore le temps, prête le serment qu’on exige, et ce soir tu viens souper avec nous.

— Ce soir je souperai avec les anges, répondit la {| martyre d’une voix solennelle et en montant les mar- | ches de l'échafaud.

En ce moment une rumeur extraordinaire se fit | au milieu de la foule, dont les flots pressés s’écartè- | | rent... et tout à coup une jeune fille se précipite | près de l’échafaud en criant :

— Henriette!

C'était Madeleine.

| Ignorant la condamnation desa sœur, elle arrivait | de Sérignan à son heure habituelle.

Henriette avait entendu la voix de Madeleine, et du haut de l’échafaud elle la vit pour la dernière fois. Alors la victime parut comme transfigurée, — son | front semblait entouré d’une auréole divine. ll L, fi Elle jeta un regard d’amour sur cette sœur bien- LE aimée, puis, levant les yeux au ciel, elle lui cria : {| — Adieu, Madeleine, — embrasse notre mère... au revoir dans les cieux où je vais t’attendre.

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